Ars Magica : Les Enfants de Drachenfels

UN PETIT TOUR EN IRLANDE

Années 1224-1225

Printemps 1224 : Dernière Saison à Durenmar

Carnets roses

Au terme d’un accouchement long et difficile, qui nécessite l’intervention de la sage-femme de l’alliance ainsi que des sorts de soins incantés par Finley, Alba donne naissance à un garçon bien portant. Sigurd ne manifeste pas d’enthousiasme excessif et consacre le printemps à faire de la copie pour la Bibliothèque. Les parents n’ayant guère d’idée de prénom pour le moment, ils se décideront ultérieurement. (Ca ne sera probablement pas Désiré, songe Oriane en soupirant. Pourquoi pas Jean, la voix de celui qui, comme moi, crie dans le désert ?)

Au fil des semaines, Isabelle s’inquiète que le fils de Sigurd ne soit toujours pas baptisé. Oriane la rassure en lui disant que, dans l’alliance, la mortalité infantile doit être faible. Elle propose toutefois à Sigurd d’aller faire baptiser son fils dans un village tout proche (il y en a un à une journée de voyage), mais le jeune Ex-Miscellanea ne semble pas pressé et le baptême est repoussé après notre départ.

Par ailleurs, les efforts de Finley et Tiliann portent enfin leurs fruits, et Tiliann tombe enceinte.

La vie de Mercere

Wolfgang lit le Mercere – De Vita Operibusque Fundatoris (Mercere : Vie et Œuvres d’un Fondateur), un tractatus d’Aldico de Mercere.

L’auteur y explique qu’on ne connaît pas les origines de Mercere et qu’on ignore où il a appris la magie, mais qu’il existe plusieurs théories sur le sujet : Mercere aurait été un descendant de Circé et d’Ulysse, ou d’autres héros selon les versions ; il aurait été une incarnation médiévale du Dieu Mercure ; à l’âge de vingt ans, il aurait déjà voyagé à travers toute l’Europe.

Mercere aurait été le premier à rejoindre la cause de Trianoma, et il aurait prêté serment de la servir loyalement, elle et son Ordre. Ils auraient même été amants. Il aurait voyagé à travers toute l’Europe avec Trianoma pour trouver les autres Fondateurs. Mercere a enseigné à Bonisagus la magie qu’il connaissait, notamment des rituels mercuriens de fertilité et la magie des change-formes. Les deux hommes seraient devenus amis. Le Don de Mercere était réputé faible.

Mercere s’installa à Harco. L’alliance devait être un lieu de rencontre, d’échange et de commerce. Craignant que l’Ordre ne se fissure du fait de la distance entre les mages, Mercere entrepris la création de portails magiques ; c’est d’ailleurs lui qui a apporté à l’Ordre le rituel de Portail d’Hermès. A l’origine, toutes les domus magnae étaient ainsi reliées à Durenmar. Mais le fonctionnement des portails d’Hermès s’est avéré plus complexe qu’il n’y paraissait au premier abord, et au fil du temps, certains portails sont tombés en panne et personne n’a pu les réactiver.

Impressionné par sa rencontre avec Bonisagus, Mercere aurait promis à ce dernier des droits sur ses apprentis. Et de fait, il a confié à Bonisagus ceux qu’il a trouvés, et n’a conservé comme apprentis que ses propres enfants. Mercere se considérait comme un Bonisagus en tout sauf en nom.

Mercere perdit le Don lors d’une de ses visites à Durenmar : il travaillait avec Bonisagus lorsque son Don fut détruit dans un accident de laboratoire. Les causes de cet accident sont sujettes à conjectures : certains estiment que le Don de Mercere, ou sa parma magica, étaient trop faibles ; d’autres croient que Mercere aurait abandonné son Don volontairement. Bonisagus a tenté de restaurer le Don de son ami mais il n’y est pas parvenu. A la fin de sa vie, Bonisagus considérait d’ailleurs que c’était là son plus grand échec, et un signe du mal inhérent au monde que la magie puisse détruire si aisément ce que Dieu seul peut créer.

Après cette tragédie, la personnalité de Mercere changea drastiquement. Tout d’abord, il disparut pendant une décennie, au cours de laquelle il aurait essayé de retrouver son Don. Lorsqu’il revint, il adopta des vulgaires qui le servaient pendant quinze ans comme des apprentis mages. Il les appelait ses enfants, et leur prodiguait des enseignements. Il leur faisait prêter serment et leur inculquait que leur devoir premier était de soutenir et de supporter la vision de Trianoma.

Cela suscita des problèmes au sein de l’Ordre, car certains mages estimaient qu’il fallait posséder le Don pour jouir du statut de mage hermétique. Une majorité de magi penchait pour une révision du Code, afin que soit explicitement indiqué que le Don était requis pour devenir membre de l’Ordre. Trianoma prononça alors un discours enflammé en faveur de Mercere : depuis lors, les mages de la Maison Mercere possèdent le privilège exceptionnel de pouvoir prendre des vulgaires comme apprentis. Mercere promit qu’ils prêteraient le Serment d’Hermès, serviraient l’Ordre de manière désintéressée et respecteraient ceux qui possédaient le Don.

Mercere mourut peu après. Son corps fut incinéré selon les rites du Culte de Mercure, en présence de plusieurs fondateurs, dont Trianoma. Selon certains témoins, un être aux sandales ailées apparut dans la fumée du bûcher funéraire et emmena Mercere avec lui. Depuis lors, Mercere vivrait parmi les Dieux.

Activités printanières

Oriane lit le De Parma Hermaetica, un tractatus sur la parma magica de Hariste de Tytalus.

Eté 1224 : compagnonnage étendu

Au début de l’été, une Toque Rouge nommée Brian arrive à Durenmar. Il vient du Tribunal d’Hibernia et a un message pour le Prince. La missive apprend à Aedh le décès de son père, survenu il y a quelques mois. Il doit rentrer au Connacht aussitôt que possible et, malgré les réticences de Sigurd qui propose de le laisser voyager seul, Oriane décide que nous devons accompagner le Prince chez lui et propose aussitôt des modifications substantielles à notre itinéraire.

- Quelque part, on peut comprendre les réticences de Sigurd, résume Wolfgang, car cela termine notre compagnonnage à Durenmar. Oriane propose un changement de plan et donc d’aller en Irlande aider le Roi Aedh, passer ensuite en Ecosse pour trouver quelque part une mage Tremere, et enfin reprendre notre compagnonnage en sens inverse…
- C’est vrai qu’étant en Irlande, ce serait dommage de ne pas aller en Ecosse, fait remarquer Oriane, bien décidée à profiter de l’occasion pour rencontrer l’héritière des Volshebnii Mechtateli. Ensuite, il me semble avoir entendu Finley proposer de faire un tour par la Bretagne, avant de reprendre le compagnonnage par Waddenzee, puis Heorot, Crintera, etc. Bref, le même qu’avant, mais à l’envers…
- Ca va effectivement quelque peu perturber notre programme de compagnonnage, intervient Tiliann en se joignant à la conversation. Non, soyons honnêtes, ça le fait voler en éclats ! Si je comprends bien, la décision d’aller en Irlande avec Aedh est déjà prise… Hum, c’est effectivement une occasion à ne pas manquer, et bien tant pis pour la Cour de Printemps, on la visitera la prochaine fois qu’on passera dans le coin… dans quinze ans. Ca va me laisser un peu plus de temps pour trouver une idée de cadeau… Ceci dit, ils vont faire la gueule à Wachterburg, eux qui s’attendaient à recevoir un tractatus sur les auras divines d’ici un an ou deux.
- On n’a pas exactement voté, avoue Oriane. Mais bon, le Prince nous a aidés sans hésiter lors de notre premier voyage en Irlande, il a sauvé la vie d’Isabelle et de Sigurd, et c’est un de nos compagnons de route. On ne peut décemment pas le laisser repartir en Irlande tout seul ! Sans compter que, le temps qu’il arrive dans le Connacht, plusieurs mois se seront écoulés depuis le décès de son père, et il risque d’avoir besoin d’aide pour recouvrer son trône. Si ça se trouve, tout se passera très bien, mais on ne sait jamais : après neuf ans d’absence du Prince et six mois de vacance du trône, quelqu’un s’y sera peut-être déjà installé… Ceci étant, Sigurd pense que certains préféreraient peut-être rentrer à Drachenfels, d’autant qu’on va y passer en descendant le Rhin. Pour ma part, je ne le crois pas : nos compagnons de voyage étaient volontaires pour découvrir le monde, c’est l’occasion de le faire. Comment hésiter quand, en plus du Saint Empire Romain Germanique et d’un minuscule bout de la Pologne et de la Transylvanie, on vous propose de découvrir l’Irlande, l’Ecosse, voire la Bretagne ? conclut-elle avec un certain enthousiasme.
- Disons qu’après ce que l’on a vu, il y en a peut-être certains qui sont un peu moins enthousiastes… grommelle Sigurd. Bien sûr, on va aider le Prince. C’est juste trois ou quatre ans qui partent en fumée. Après on peut inventer le compagnonnage international : en résumé, toutes les alliances sauf celles de notre Tribunal… On apprendra quand même des trucs…
- Oui, d’autant qu’on ne vote jamais, fait remarquer Wolfgang non sans une certaine justesse : on s’adapte plutôt aux envies et aux desiderata d’Oriane… Ceci étant pour ma part je ne suis pas contre filer un coup de main au nouveau roi d’Irlande. Etant pour ma part un peu Irlandais, je lui dois bien ça ; et comme je suis aussi un peu Ecossais, je ne peux qu’approuver l’escapade en Ecosse. Et puis, deux saisons de copie, c’était déjà suffisamment barbant. Le seul truc c’est qu’il faudra que vous prépariez les potions de longévité pendant notre compagnonnage.
- Grrmmm. Je suis simplement la voie (voix ?) de l’éthique, grommelle Oriane, reconnaissant à contrecœur qu’il y a quelque véracité dans les paroles du jeune Mercere. Et puis, je n’y suis pour rien si les républiques ne sont plus à l’honneur en ce moment, plaisante-t-elle. Bon, ceci dit, tu as parlé comme un Irlandais, Wolfgang. Ou comme un Ecossais… Mais il me semble aussi t’avoir entendu dire il y a quelques années que tu étais un peu Breton. Ce n’est pas le moment de l’oublier ! Après tout, il faut bien faire plaisir à Finley… Et je me demande parfois si tu ne serais pas un peu Grec, tant qu’on y est… Quant aux rituels de longévité, il faudra juste penser, d’ici quelques années, à s’arrêter dans une alliance pour les élaborer. Ou dans plusieurs alliances, car il n’y aura pas de laboratoire pour tout le monde en même temps. Après, on peut aussi, selon la tradition, demander à nos parentes de préparer notre premier rituel. Ceci dit, à titre personnel, je ne pourrai probablement pas concevoir un rituel de longévité avant quelque temps : il y a trop d’inconnues dans mon existence pour pouvoir créer un rituel vraiment adapté…
- Oh là là, on n’y est pas encore aux potions de longévité, intervient Tiliann. On n’a même pas 25 ans… On se calme, on respire un grand coup, et on profite du voyage… De toute façon, on va pas y rester 10 ans en Irlande (enfin, normalement), on aura tout le temps de repasser par Drachenfels une fois de retour et de travailler à nos potions… Pour la mienne, je verrai bien une bonne moitié de corpus, pas mal d’auram et peut être une petite pincée d’herbam… Non, moi ce qui m’embête le plus, c’est de ne pas avoir le temps de passer par la Cour de Printemps comme prévu, et de devoir attendre encore plusieurs années avant d’espérer en savoir un peu plus sur mes parents… Mais bon, y’a des priorités dans la vie, j’en mourrai pas !
- Effectivement, on ne peut pas laisser le nouveau roi partir seul, approuve Finley. Il faut qu’on l’aide déjà à rentrer chez lui et peut être à reprendre son trône. Le rituel de longévité risque de compliquer encore un peu le trajet de compagnonnage, mais il faudra bien qu’on retourne à Drachenfels pour le faire, donc il faudra peut-être faire attention à ne pas être du côté de Roznov au moment où on en aura besoin. Un autre souci, c’est peut être Jiphella : on ne lui a pas parlé du compagnonnage étendu et je ne sais pas comment elle le prendra si dans 10 ans on n’a toujours visité qu’une alliance du Tribunal, ou si on ne lui ramène Larinda que dans 30 ans…
- En soi, je suis pour le compagnonnage étendu, acquiesce à son tour Herodius, du moment que Larinda vient et même si ça va être plus compliqué pour que je repasse à Crintera pour continuer mon initiation.
- Il faut bien que Larinda vienne avec nous, le rassure Oriane, le sourire aux lèvres : on a promis à sa mater qu’elle ferait tout le voyage en notre compagnie… Et puis, un bon compagnonnage, ça ne se fait pas en dix ans. J’ai toujours tablé sur un minimum d’un an par alliance en moyenne, soit une bonne quinzaine d’années a priori. Et pour le moment, après deux alliances, on est dans le rythme.
- Et dire qu’on était à deux pas de la Cour de Printemps… soupire Tiliann. Dans combien de temps on part ? demande-t-elle, pleine d’espoir.
- Je pense que la date de départ va dépendre d’Aedh, répond Oriane. Ceci dit, nous n’avons toujours pas de présent pour le Prince Alder…
- Alors ça c’est vraiment dommage. Ca tombe mal. On aurait pu visiter une Cour féerique…
ironise Wolfgang. Il vaudrait mieux ne pas trop tarder. Sachant qu’en route il va falloir trouver un moyen de payer le voyage pour 28 personnes… La bonne nouvelle c’est qu’avec ce détour, vous aurez tout le temps pour trouver un présent pour le Prince Adler. Et vu que vous êtes dans la réflexion pour les cadeaux, vous pouvez déjà songer au cadeau de mariage d’Aedh….
- Tout cela à l’air très alléchant, intervient Herodius, mi-figue mi-raisin. Maintenant je vais pouvoir calculer combien j’ai de temps de vol de chaque alliance jusqu’à Crintera. Ah oui, tant qu’à faire, je veux bien qu’on passe dans le Tribunal Provençal, j’aimerais aller discuter un peu avec la chef du clan Arelie.
- Je vote pour ! conclut Oriane. Avec un peu de chance, la guerre y sera peut-être terminée…

Retour à Drachenfels

D’un commun accord avec Oriane, le groupe décide donc de se rendre en Irlande pour accompagner le Prince. Elena nous prévient toutefois que la traversée risque d’être délicate, car les marins sont très superstitieux et n’apprécient guère les mages (Comme les aubergistes… et les autres, songe Oriane) : il faudra donc soit débourser une somme astronomique, soit posséder notre propre bateau. De plus, il y a peu de chances que nous trouvions un navire suffisamment grand pour voyager tous ensemble : il faudra probablement entre deux et quatre bateaux pour embarquer toute notre troupe. Cependant, avec une dizaine de livres (soit tout de même un sixième de notre pécule de départ), nous devrions pouvoir atteindre l’Irlande.

Après avoir pris congé de nos hôtes (Oriane va notamment saluer Caecilius, Occultes et Xavier), nous quittons Durenmar. Notre première étape nous ramène à Drachenfels : le voyage, d’une dizaine de jours, se déroule sans encombre. Les retrouvailles sont joyeuses, mais nous ne pouvons malheureusement rester que quelques jours, à peine le temps de refaire des provisions et de passer un moment trop bref avec nos parentes, avant de partir pour Anvers.

Alba et Sigurd décident de prénommer leur fils Wilhelm, mais ne le baptisent pas pour le moment.

Julia nous confirme qu’il nous sera plus facile d’acheter nos propres navires et d’engager des marins plutôt que de chercher un capitaine qui accepterait de nous accueillir sur son propre bateau. Par contre, reste à déterminer ce que nous ferons desdits navires une fois arrivés à destination. Aedh suggère de proposer à notre équipage de conserver les bateaux (ce qui semble un bon moyen de convaincre des marins d’embarquer avec nous) et, une fois assis sur le trône du Connacht, il nous fournira navires et équipages pour nous rendre en Ecosse.

Tiliann discute de la féerie avec Scipion, et notamment des présents à apporter dans les Cours. La nature du cadeau dépend bien sûr de la fée à qui on l’offre, mais une performance artistique est généralement appréciée, car les fées peuvent s’en nourrir, à condition que la performance soit exceptionnelle. Dans une moindre mesure, un objet magique peut convenir, la fée pouvant se nourrir du vis qu’il contient. Enfin, le simple fait qu’un mage accepte de s’installer dans une Cour féerique pendant une longue période peut être suffisant, encore faut-il éviter de commettre des impairs durant le séjour, et parvenir à quitter la Cour le moment venu…

La discussion dérive sur l’initiation aux Mystères. Il faut d’abord trouver un mystagogue (un professeur) qui accepte d’enseigner le mystère. Il faut ensuite accomplir une quête qui permet de comprendre le mystère et d’en obtenir les bénéfices, sachant que l’initié reçoit également, au cours de l’initiation, une contrepartie moins positive, comme une vulnérabilité au fer par exemple.

Note de Tiliann : Petit rappel des quatre grandes familles de mystères féeriques.
- Les Mystères Arcadiens sont liés à l’Arcadie : aller en Féerie, ressembler à une Fée, etc.
- Les Mystères du Petit Peuple visent à utiliser la Magie dans un esprit plus féerique.
- Les Mystères des Illusions concernent le Glamour et les illusions.
- Les Mystères de la Nature sont pratiqués par les Traditionalistes de la Maison. Anecdotique et inintéressant selon Scipion.

Finley se renseigne sur la Bretagne auprès de sa mère. Celle-ci lui recommande de se rendre à Brocéliande naturellement, mais aussi à Carnac, Bréat, la Roche-aux-Fées (près de Rennes) et Belle-Ile (qui abrite des sources de vis aquam et herbam). C’est aussi en Bretagne que se trouvait Branugurix, la domus magna de la maison Diedne. Et si nous sommes pris d’une soudaine envie de rencontrer des Tytalus (Quelle idée ! songe Tiliann), on peut se rendre à l’alliance d’Expectatio dans les Monts d’Arrée.

Tiliann, toujours pragmatique, demande ce qu’il se passe quand on découvre une source de vis. Nos parentes nous expliquent que, si on est loin d’une alliance, on peut se permettre d’en récolter, même si c’est délicat : on pourra toujours rétrocéder le vis ultérieurement en plaidant la bonne foi. Par contre, si on est proche d’une alliance, il y a de fortes chances pour que le vis leur appartienne et, dans le doute, mieux vaut ne pas y toucher.

Oriane parle à Conscientia des Volshebnii Mechtateli et de leur magie des rêves. Celle-ci n’en a pas entendu parler mais trouve que c’est une bonne piste. Reste à retrouver la jeune maga qui a refondé le culte, mais normalement, il ne devrait pas y avoir beaucoup de Tremere dans le Tribunal de Loch Leglean.

Oriane va également dire saluer l’Ermite, et discute avec lui de notre voyage. Il a beaucoup entendu parler de l’évangélisation de l’Irlande (et notamment de Saint Patrick, Saint Colomba et Sainte Brigitte), mais il n’a jamais eu l’occasion de se rendre sur place. Par ailleurs, malgré la christianisation de l’île, ses habitants sont encore très attachés à leurs traditions.

Voyage en Irlande

Le voyage

Quelques jours après notre arrivée, nous quittons Drachenfels en direction d’Anvers. Nous arrivons à Cologne au bout d’une journée, puis continuons dès le lendemain à descendre le Rhin. Deux jours plus tard, nous arrivons à Xanten, connue pour la cathédrale Saint-Victor (érigée là où fut enterré le chef de la légion thébaine après le martyre de son unité) mais aussi pour être le lieu de naissance de Siegfried.

Après une visite éclair de Xanten, nous poursuivons notre voyage et atteignons Clèves le lendemain. La ville est surmontée d’un château, le Schwanenburg, d’où émane une légère aura féerique. Le château est mentionné dans le Parzival de Wolfram von Eschenbach, un poème récité par de nombreux minnesänger. Le texte évoque notamment la légende de la jeune Elsa, dont le père décède sans héritier mâle. Elsa subit alors la cour de nombreux prétendants, et l’un deux étant sur le point de la forcer à l’épouser, elle fait appel à un champion pour la défendre. Un mystérieux chevalier en armure blanche arrive sur une barque tirée par des cygnes, défait le prétendant, épouse Elsa, mais la prévient qu’elle ne devra jamais essayer de savoir qui il est. Les deux époux vivent heureux et deux enfants naissent de leurs amours. Mais fatalement, au bout de plusieurs années, Elsa demande son nom au chevalier. Ce dernier, qui ne peut le révéler (probablement du fait d’un interdit féerique), quitte le château et disparaît sur sa barque. Ainsi s’achève l’histoire d’Elsa et de Lohengrin.

Trois jours de péniche plus tard, nous débarquons à Anvers, à la frontière du Tribunal de Normandie. C’est un port de commerce et des bateaux font régulièrement la traversée jusqu’en Angleterre. Sigurd et Wolfgang recherchent des navires à vendre et, au bout d’un mois, nous avons acheté trois cogues. Il ne reste qu’à trouver l’équipage. Sigurd se charge donc de recruter des matelots, pendant que Wolfgang s’occupe des pilotes. Au bout d’un mois supplémentaire, nous avons trois équipages d’une demi-douzaine de personnes pour nous emmener à bon port, équipages qui pourront conserver les navires à l’arrivée en Irlande. D’après les pilotes, le voyage devrait durer entre deux semaines et un mois, selon les vents et l’état de la mer.

Nous appareillons vers la fin de l’été.

Présentation générale de l’Irlande

Pendant le voyage, le Prince nous parle de son pays. Nous allons dans le Connacht, sur la rive ouest de l’Irlande. On va accoster au port de Dún Bhun na Gaillimhe (« le fort à la bouche du Gaillimh »), un fort maritime construit il y a un siècle, qui constitue le port le plus proche de Tuaim, la capitale du Connacht, où Aedh devrait être couronné en tant que Ri Coicid ((« roi d’un cinquième » soit le roi d’une des cinq provinces d’Irlande: Munster, Ulster, Meath, Leinster et Connacht). Le seul titre supérieur à celui de Ri Coicid est celui de Haut Roi (Ard Ri), mais il n’y en a plus depuis quelques décennies à cause de ces enc… d’Anglais. En fait, le dernier Haut Roi d’Irlande a abdiqué à la fin du siècle dernier : il s’agissait du demi-frère du père d’Aedh.

Un clan constitue une famille noble ; chaque clan a un chef ou un roi (un Ri), et un certain nombre de clans font partie d’un Tuath (« tribu » soit une grande famille de clans). Un roi peut aussi régner sur plusieurs lignées. Enfin, aucun roi, quelle que soit sa place dans la hiérarchie irlandaise, ne peut revenir sur les décisions d’un autre roi.

La noblesse est constituée de plusieurs strates : les Derbfine constituent la haute noblesse ; les Grad Flatha rassemblent les autres nobles, ce qui inclut également les prêtres, les moines, les juges, les docteurs et les poètes, ainsi que les plus riches des fermiers libres. Les filles et les garçons de noble naissance sont souvent élevés dans d’autres familles en tant qu’otages. Chaque homme libre possède une valeur d’honneur, qui permettra de prévoir sa rançon en vaches (les vaches constituant une mesure de la puissance d’un seigneur).

Parmi les roturiers, les Daorcheile, on trouve les fermiers libres (Boaire) qui ont plusieurs vaches et un lopin de terre qu’ils pourront peut-être racheter un jour ; les fermiers non libres (Bothach), qui ont une vache et un lopin de terre qu’ils louent mais ne pourront jamais acheter ; et les esclaves. Le type de fermage est souvent héréditaire.

Le droit d’aînesse n’existe pas en Irlande : chacun peut choisir son héritier. Au cas particulier, Aedh a été désigné par son père comme héritier légitime, et ce dernier a même négocié sa succession auprès des Anglais, afin d’obtenir le soutien de la Couronne.

Le Connacht, en échange d’une promesse de vassalité et de féauté, est peu touché par l’occupation anglaise. Les Anglais restent donc plutôt en périphérie de la province. Ils sont représentés par le Justicar d’Irlande, Geoffroy de Mareys qui dispose d’une autorité locale conférée par le roi Henri III d’Angleterre.

Aedh ne sait pas vraiment quelle sera la situation à notre arrivée. Un de ses cousins s’est peut-être emparé du trône, ou pourra décider de se rebeller ultérieurement. Quoi qu’il en soit, nous devrions être fixés assez rapidement. Précision importante, ce n’est pas parce que deux personnes sont mariées que leurs familles sont nécessairement alliées.

Au niveau de la religion, l’église catholique est la plus représentée, mais peu de mariages sont célébrés devant un prêtre, sauf chez les nobles, et généralement dans le but d’améliorer les relations avec le clergé.

L’année est découpée en deux saisons seulement : été et hiver (Ben et le printemps alors ?! se désole Tiliann). Aedh nous parle également du shinty, un sport assez violent opposant deux équipes et dont l’objectif est d’envoyer une balle dans les buts adverses en la propulsant à l’aide de crosses de bois. Les autres jeux locaux consistent notamment en des lancers de troncs d’arbre, ce qui ne semble guère dans nos cordes.

Il n’y a pas beaucoup de mages de l’Ordre dans le Connacht, un accord avec les druides locaux spécifiant que les alliances hermétiques devraient rester aux frontières de la province. Les mages que nous pourrons rencontrer dans le Connacht seront sans doute des mages parallèles ou itinérants.

Les mages locaux sont appelés druides et sont reconnus comme tels, mais cela reste très mystique pour la population. Saint Colomba, Saint Patrick et Sainte Brigitte sont les trois principaux saints d’Irlande. Il y a quelques peuples magiques comme les géants. Les bardes sont très respectés, presque autant que les druides, et certains ont également des capacités magiques. Il y a même des écoles bardiques en Irlande, qui accueillent essentiellement des hommes (même s’il n’est théoriquement pas impossible de croiser une femme barde).

Enfin, la prononciation en gaélique des noms de nos Maisons est quelque peu particulière, même si on arrive tout de même à les reconnaître : Bonaosagas (prononcé « Bonisogus »), Ghionaocas (prononcé « Giurnicus »), Marcaere (prononcé « Moceru »), Tréamaere (prononcé « Tremeu »), Bionaere (prononcé « Biorneru »), Criothamon (prononcé « Criumun »), Merinite (prononcé « Merinitiu »), Bheardaoiteas (prononcé « Verditius »), Flambo (prononcé « Flonboe »), Iarbiteon (prononcé « Tcharbiutiun », Taotalas (prononcé « Titulus ») et t-Eigse Measceal (prononcé « Tchéchou Miescul »).

Arrivée en Irlande

La traversée se passe à merveille, même si quelques passagers ont le mal de mer. Nous bénéficions de vents favorables et arrivons en vue des côtes du Connacht à la toute fin de l’été, après 16 jours de mer. Nous accostons au port de Dún Bhun na Gaillimhe. La forteresse, bâtie en bois, surplombe la baie de Gaillimhe d’un côté et le Lough Gaillimhe (un grand lac) de l’autre.

Après une journée de route à travers une région étonnamment verte, nous atteignons Tuaim, la capitale de la province. C’est une petite ville assez agitée dans laquelle se dressent cinq monastères. Nous nous installons au palais royal, construit en pierre, c’est un château assez récent (construit en 1164 d’après Aedh), pendant qu’Aedh va prendre connaissance de la situation.

Le Prince reçoit les membres de son clan, les envoie rechercher les otages dans la région et prépare son couronnement. Son père, Cathal, a négocié directement avec la couronne d’Angleterre pour qu’Aedh soit reconnu comme le successeur légitime du trône du Connacht. Il a même obtenu que des terres auparavant possédées par William de Macy soient rétrocédées au Connacht.

La population de la cour devient beaucoup plus jeune avec notre arrivée et celle des otages. La population noble augmente également avec le retour des compagnons d’Aedh.


h3. Automne 1224 : Couronnement et mariage

En automne, Tiliann donne naissance à un petit garçon, qui s’avère posséder le Don !

Au palais, nous faisons la connaissance du barde de la cour, Lugaid Connachtach, l’Ollamh (qui se prononce Oliv) du Roi. Il a la cinquantaine, des cheveux blancs, des sourcils broussailleux et des yeux d’un bleu de glace. Lugaid connaît un peu le latin, ce qui lui permet de s’entretenir avec nous, notre gaélique laissant à désirer. Oriane va le saluer et discute longuement avec lui.

Lugaid était le barde du père d’Aedh, avant de se mettre au service du fils. Régulièrement, le soir, il vient conter des histoires et jouer de la musique, fascinant la cour par son talent. Comme Scipion, il possède un don qui rend ses prestations particulièrement vivantes et immersives. Il maîtrise également l’ars memoriae, ce qui lui permet de mémoriser des centaines des récits.

Il existe différentes écoles bardiques en Irlande, la plus réputée étant celle du Connacht. En effet, la plupart des Hauts Bardes (les bardes du Haut Roi, lorsqu’il y en avait un) sont issus de cette école (l’école de Dromnea), fondée il y a six siècles par un maître barde qui avait reçu le don de poésie en buvant le lait d’une vache féerique. Le dernier Haut Barde est mort en 1218 : il réglait notamment les différends entre bardes et non-bardes, influençait les courants de la poésie, et était le seul à disposer du pouvoir de retirer son titre à un barde. Devenir barde nécessite au moins neuf années d’études dans une école bardique, voire davantage pour devenir un maître barde. On peut parfois croiser des fées qui se font appeler maître barde, souvent à raison. Les bardes peuvent voyager sans encombre dans la région, bénéficiant de la tradition d’hospitalité, et même les brigands n’osent s’en prendre à eux.

Oriane interroge naturellement Lugaid sur d’éventuelles histoires de dragons, mais le barde lui dit qu’il n’y en a guère en Irlande. Au passage, il n’a pas non plus entendu parler d’un petit drake nommé Varkos…

En ce qui concerne les sorciers de la région, ils sont généralement très farouches et peu disposés à rencontrer des mages de l’Ordre d’Hermès. Toutefois, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Tuaim, plusieurs sorciers travaillent ensemble (ce qui est tout à fait exceptionnel) et vivent dans les environs du village d’Oireadh. Ils accepteraient peut-être de nous rencontrer…

Aedh est couronné roi un mois après notre arrivée, il épouse Rivannon peu après, et le ventre de la reine commence à s’arrondir.

Tiliann passe la saison à s’occuper de son bébé, et en profite pour apprendre des rudiments de gaélique en discutant avec les servantes du palais.

Finley part récolter des plantes pour renouveler son stock ; il se rend compte qu’elles sont particulièrement propices à son art, et qu’il doit être aisé de trouver des sources de vis dans la région. Il apprend lui aussi des rudiments de gaélique.

Oriane consacre toutes ses soirées à écouter les contes et les chants des bardes, exerçant son oreille à défaut de comprendre encore toutes les paroles. Lugaid accepte de devenir son professeur, le barde étant agréablement surpris par les connaissances musicales de la jeune mage.

Wolfgang apprend l’étiquette locale en fréquentant assidûment la cour. Quant à Sigurd, il découvre lui aussi le gaélique.


h3. Hiver 1224 : jours paisibles à Tuaim

Le début de l’hiver est froid et humide, mais il ne neige pas. Elsa finit par se lasser de ce climat, et la neige commence à tomber, ce qui permet à Frostie de nous rejoindre…

Sigurd, Finley et Tiliann poursuivent leur apprentissage du gaélique. Oriane progresse en musique, et Wolfgang dans l’art du conte.

Rivannon accouche à la fin de l’hiver d’un petit Tagd Dall. A la même période le ventre de Tiliann s’arrondit à nouveau.

Sigurd et Alba font baptiser le petit Wilhelm par l’archevêque du Connacht.

Le pays est plutôt calme, le roi rend la justice selon la coutume locale : un voleur voit ses mains et ses pieds coupés, et un violeur se fait brûler les yeux (une mesure clémente, car il s’agit d’un noble). Gloups !

Printemps 1225 : Révolte dans le Connacht

Une révolte éclate et se répand dans le Connacht ; elle est menée par Aed et Toirdelbach, deux cousins d’Aedh. Le roi est obligé de partir à la guerre et nous conseille de ne pas voyager dans la région. Sigurd se propose pour accompagner l’ost, espérant ainsi remonter dans l’estime du Roi. Les troupes royales rencontrent les forces rebelles, et Sigurd se retrouve au cœur de la mêlée. Il lance les javelots enchantés qu’il avait préparés et met hors de combat quelques ennemis sans être lui-même touché. Il participe ensuite aux soins des blessés de l’armée d’Aedh.

Les autres mages restent sagement au palais. Tiliann passe la saison à étudier la musique avec Senach, un barde senior de la cour ; Oriane apprend le gaélique ; Finley va cueillir des plantes pour maintenir son stock à niveau et fournir des potions de guérison à l’armée. Quant à Wolfgang, il poursuit son apprentissage du métier de conteur.

Rivannon est de nouveau enceinte.

Eté 1225 : Révolte dans le Connacht (suite)

Les hommes d’Aedh sont rejoints par des troupes anglaises, qui viennent soutenir le roi légitime du Connacht. Les combats restent sanglants, mais l’ost royal se rapproche de la forteresse des félons pour en faire le siège. Sigurd est sérieusement blessé à l’épaule lors des combats, mais rien de trop grave cependant. Il rentre néanmoins à Tuaim, et est totalement remis au bout d’un mois.

Oriane et Finley continuent leur apprentissage du gaélique, Tiliann poursuit ses cours de musique, et Wolfgang va écumer les tavernes pour s’immerger dans la culture locale, apprenant au passage quelques jeux de dés. Toujours prudent, il prépare également des chariots pour que nous puissions fuir, au cas où la guerre tournerait mal pour Aedh.

Automne 1225 : l’alliance de Praesis

Au début de l’automne, la révolte est enfin matée, et le Roi termine l’année en s’occupant des otages et autres captifs.

Profitant du retour au calme, Oriane propose que nous allions rendre visite à des mages de la région. Il y a deux alliances hermétiques proches de Tuaim : Praesis, située à une cinquantaine de kilomètres, et Circulus Ruber, sise à environ 75 kilomètres de la capitale. Il y a également le Pacte d’Oireadh qui est à une cinquantaine de kilomètres dans une troisième direction.

Nous décidons d’aller tout d’abord à Praesis, qui se dresse à la limite entre les provinces du Connacht et de Meath. Nous sommes accompagnés par Isabelle, Amelle, Elsa et Brigit…

Praesis

Il nous faut deux jours pour arriver en vue de l’alliance de Praesis, bâtie sur une petite île à la pointe du Lough Ree. Là se dresse une tour de pierre de construction récente, haute de quatre étages, ainsi qu’une vieille tour écroulée, quelques bâtiments en ruines et les restes d’une palissade en bois carbonisée.

Nous attendons sur un petit ponton au bord du lough, et un homme d’une quarantaine d’années, qui parle un latin parfait, vient bientôt nous chercher. Vu la taille de la barque, il faut trois voyages pour effectuer la traversée. Un mage d’une cinquantaine d’années vient nous accueillir : il est vêtu de grandes robes et se présente comme Guillaume de Flambeau. Il nous distribue des glyphes avant de nous faire entrer dans l’alliance. Là une douzaine de mercenaires nous observent attentivement, reluquant surtout les femmes…

Une fois dans l’alliance, nous découvrons un mirador de bois qui se matérialise à l’extérieur des restes de la palissade. Au sommet se dresse un homme d’au moins 2m30, très musculeux, aux longs cheveux blancs, vêtu de cuir clouté, tenant à la main une espèce de lance constituée d’os humains et surveillant la direction de l’ouest. Un peu plus loin, au bord du lac, un crâne est planté au bout d’une pique.

Un autre homme sort de la tour en pierre, et invite Guillaume à nous faire entrer pour le repas. Nous pénétrons donc dans le grand hall, au rez-de-chaussée de la tour de pierre, et y sommes accueillis par Ballack de Tytalus, un homme d’une soixantaine d’années, actuel primus de Praesis. Nous sommes bientôt rejoints par un homme vêtu de robes noires agrémentées de symboles gaéliques qui, dans un latin plus hésitant que ses confrères, se présente à nous comme Baetain de Tremere. Enfin, une femme d’une quarantaine d’années arborant des tatouages bleus sur les mains et le visage se joint à nous et se présente comme Cacht de Criamon.

Ballack de Tytalus

Nous expliquons que nous venons du Tribunal du Rhin pour accompagner Aedh, le nouveau Roi du Connacht, et que nous en profitons pour visiter la région. Ballack nous répond en germanique : il est originaire de l’alliance de Fengheld et a quitté le Tribunal du Rhin il y a quelques années. Il nous demande si nous souhaitons nous installer dans la région, et nous lui répondons que nous ne sommes que de passage, et que nous souhaitons ensuite visiter le Tribunal de Loch Leglean et la Bretagne. Guillaume, s’il ne vient pas de Bretagne, est toutefois originaire du Tribunal de Normandie.

Ballack nous explique qu’une bonne partie de l’alliance a été détruite au cours d’une guerre de magiciens, qui s’est terminée deux ans auparavant. Au fil de la conversation, nous finissons par comprendre que l’ancien apprenti de Ballack, Holsner de Tytalus, est venu s’installer en Irlande en 1213. Il a été rattrapé et tué en 1215 après avoir volé la lance d’os (le Cathach de l’alliance), et sa tête a été plantée sur une pique (celle-là même que nous avons aperçu un peu plus tôt, ainsi que se le fait confirmer Sigurd). Ballack l’a appris et, n’acceptant pas un tel manque de respect, est venu venger son ancien apprenti. S’ils l’avaient simplement tué, je n’aurais rien eu à redire, nous explique Ballack. Il a joué et il a perdu, ça arrive. Mais ils ont planté sa tête au bout d’une pique, et je ne pouvais pas laisser passer ça…

Prenant cela comme une offense personnelle, il a donc déclaré une guerre des magiciens à l’alliance. Il a été rejoint par ses compagnons actuels, et au terme de trois années de siège, ils ont fini par vaincre les anciens occupants (des mages hermétiques et des mages parallèles), dont certains sont parvenus à s’enfuir. L’alliance est encore éprouvée par cette guerre et a un peu de mal à se réorganiser. Par contre, Ballack n’a pas enlevé de la pique la tête de son apprenti.

Il n’y a quasiment pas de mage hermétique dans le Connacht, car un ancien pacte réserve cette région aux mages parallèles. Dans les autres provinces, par contre, nous trouverons des alliances hermétiques. Les plus proches sont l’alliance d’Elk’s Run, qui se trouve au sud, dans le Munster, mais à la frontière du Connacht ; et Circulus Ruber, située plus près de la côte. Les autres alliances sont beaucoup plus loin. Il y a en tout 8 ou 9 alliances de l’Ordre sur l’ensemble du Tribunal, et nous devrions y être relativement bien accueillis.

A la demande d’Oriane, Ballack nous explique ce qu’est un Cathach (qui se prononce Cahok). En fait, il s’agît d’un trésor magique qui a été volé à quelqu’un d’autre, qui a une histoire, et qui doit être exposé à l’extérieur de l’aegis du foyer. Dans le Tribunal Hibernien, un Cathach est indispensable pour pouvoir fonder une alliance. Si le Cathach est volé, l’alliance perd tout simplement le droit d’exister. Si un mage vole un Cathach, il doit le conserver et le protéger de toute agression durant un an ; au terme de ce délai, il peut réclamer toutes les ressources et possessions de l’alliance qui le détenait, y compris les jetons de vote. Le Cathach de Praesis est un javelot fait avec les os de Coinchenn, une sorcière monstrueuse tuée par Art, le fils de Conn. Les vols de Cathach sont assez rares, mais cela arrive de temps à autre.

Après le repas, on s’installe tant bien que mal dans la tour en ruine, ouverte à tous les vents, pour y passer la nuit. Le lendemain, on réfléchit à notre programme pour les jours à venir : les deux mages les plus abordables sont Ballack de Tytalus et Cacht de Criamon ; en effet, Baetain de Tremere retourne s’enfermer dans son laboratoire, et Guillaume de Flambeau part en patrouille avec ses hommes.

Cacht de Criamon

Nous allons donc nous entretenir avec Cacht, qui est originaire du Tribunal d’Hibernie.
- Sur quoi travaillez-vous, actuellement ? lui demande Oriane, qui a toujours été intriguée par les recherches sur l’Enigme de la Maison Criamon.
- Je ne travaille pas, répond Cacht. C’est plus spirituel…
- C’est tout de même de la recherche ? insiste la jeune Bonisagus.
- Non. C’est plutôt des chemins. C’est l’illumination, fait la Criamon, cryptique. J’ai pris une voie peu empruntée, explique Cacht en réponse au regard curieux et inquisiteur d’Oriane. Une voie qui va à l’encontre de la moralité même de la Maison Criamon.
- C’est-à-dire ?
- On fait les choses que les autres Criamon ne peuvent pas faire. On tue, on détruit, pour que les autres n’aient pas à le faire. Mais bon, c’est la voie qui nous choisit, ça n’est pas nous qui choisissons la voie. Quand j’ai appris que Ballack avait mis le siège devant Praesis, je suis venu l’aider, car c’était une bonne occasion de tuer et de détruire. Mais maintenant que c’est fini, je m’ennuie, conclut-elle de sa voix monocorde.
- Et il y a suffisamment de conflits dans le Tribunal pour que vous ne vous ennuyiez pas ? demande Oriane, quelque peu déstabilisée par cette réponse inattendue.
- C’est une voie qui demande de la patience, reconnaît Cacht. C’est la magie qu’ils utilisent qui crée la discorde. Après, il y a des démons, mais il n’y en a pas trop dans la région. Sinon, je peux aider à générer des conflits.
- Si vous n’étiez pas intervenue ici, vous pensez vraiment que d’autres Criamon auraient dû le faire à votre place ? interroge Oriane, quelque peu incrédule.
- Si personne n’était intervenu dans ce conflit, l’univers aurait été un peu moins harmonieux. Moi, je sais gérer la discorde : je l’absorbe. Je la mange et après je peux m’en servir. Parfois, la discorde peut se trouver dans peu de chose, comme manger de la viande par exemple.
- Pardon ? fait Oriane, déconcertée.
- Par rapport à l’harmonie parfaite, la discorde commence vite. La plupart des Criamon sont des ascètes. Moi, je fais tout ce que les ascètes ne font pas : j’ai commencé par manger de la viande, puis la bamboche, des rapports sexuels, et après on commence à détruire les choses. Cette voie est nécessaire pour pouvoir participer à des rites avec d’autres Criamon. C’est quand j’ai atteint la deuxième station de mon mystère que mon Don est devenu aussi criard.

Lassée par notre conversation, elle s’éloigne dans la tour en ruines pour méditer. Oriane s’approche pour l’observer de plus près mais, pendant qu’elle médite, de petits objets autour d’elle explosent, une table en bois tombe en poussière, et nous ressentons son Don malgré la distance et notre Parma. Brrr…

Le lendemain, nous apercevons Cacht dans la cour de l’alliance, s’entraînant à manier l’épée avec les soldats.

Peu désireux de nous attarder plus longtemps, nous repartons vers Tuaim dès le lendemain.

Automne 1225 : la route féerique

En chemin, Oriane, Tiliann et Amelle ressentent une forte aura féerique, qui se situe à 300 ou 400 mètres de notre route. On sent bien qu’il y a un regio, mais pas d’entrée en vue. Pour Tiliann, il n’est pas impossible qu’il s’agisse d’un chemin féerique qui mène probablement quelque part. Si c’est bien un chemin, il faudrait trouver l’une des deux entrées. On pourrait éventuellement forcer le passage et entrer à partir d’ici, mais il risque d’être difficile de faire passer avec nous ceux qui n’ont pas le don de double vue. Par contre, depuis l’intérieur, on doit pouvoir quitter la route facilement.

Nous longeons la route féerique (de l’extérieur, en double vue) pendant une journée (Oriane note en passant que la puissance de l’aura féerique varie d’un endroit à l’autre) avant d’arriver à ce qui ressemble à un seuil. Nous apercevons un village (Rathbeg) à une centaine de mètres de là, ce qui nous permettra de nous repérer si nous voulons y revenir un jour. Nous dressons le camp et nous installons pour la nuit.

Au matin, nous nous engageons sur la route féerique : elle est pavée d’or, et une forêt aux arbres inconnus se dresse de chaque côté du chemin. Soudain, une femme apparaît devant nous. Elle a la quarantaine et s’appuie sur un vieux bâton de marche.
- Qui sont ceux qui veulent emprunter Slighe Assail ? lance-t-elle.
On se présente et la femme nous explique qu’elle est la gardienne de la route.
- Où disiez-vous que mène cette route ? tente Tiliann.
- Je n’ai rien dit. Pff… des débutants, ajoute-t-elle en soupirant. Vous êtes sur une des cinq grandes routes : la route d’Assail, qui part du siège royal et traverse la plaine centrale jusqu’à Roch Crogan. Vous voulez emprunter la route ?
- Oui, répond-on aussitôt.
- Alors l’épreuve vous devez passer.
- Une épreuve, soupire Sigurd, qui semble penser que nous allons forcément échouer.
- Ouais ! lance Tiliann, plus optimiste.
- Bon, l’enthousiasme de celle-ci compense le pessimisme de celui-là, fait la gardienne. Sinon, c’était perdu d’avance. Bon, puisque vous êtes des débutants, je vais vous poser une question facile : Qu’est-ce que la magie ?

La question, très ouverte, nous laisse dubitatifs. Oriane tente une réponse académique, mais ce n’est pas ce qu’attend la gardienne, et la jeune Bonisagus reconnaît volontiers que sa réponse n’est pas convaincante. Sigurd tente une réponse différente, mais sans plus de succès. Tiliann lance alors un petit sort creo auram. C’est mieux mais ça manque d’enthousiasme, commente la femme. Tiliann enchaîne alors avec un sort plus puissant, mais ce n’est pas plus satisfaisant pour autant (C’est juste plus puissant, tranche la gardienne). Puis, Finley tente un sort de creo vim pour rendre magique une pierre, mais ça n’est pas la réponse attendue (Ca manque d’originalité). Tiliann lance alors un sort de magie féerique sur la route, mais cela ne convient pas non plus. Oriane a bien une suggestion, à savoir se faire transformer en statue de glace par Elsa, ce qui, outre l’usage du pouvoir féerique, permettrait peut-être à la Bonisagus de découvrir un indice dans le Palais du Dragon. Mais les autres mages sont peu enthousiastes à l’idée de voir Oriane se faire congeler, et de devoir patienter jusqu’au soir pour qu’elle retrouve sa mobilité habituelle. Bref, à court d’idées, nous abandonnons finalement la route et rentrons normalement à Tuaim.

Quelque temps après notre retour, Tiliann accouche avec difficulté d’une petite fille.

Nous passons la fin de la saison à progresser en gaélique.

Hiver 1225 : second hiver à Tuaim

Rivannon met au monde le petit Cathall Dall, le second fils d’Aedh.

Tiliann progresse en musique, pendant qu’Oriane et Sigurd continuent d’apprendre le gaélique. Finley, de son côté, découvre l’art délicat de l’enseignement.

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GnalsMD

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