Ars Magica : Les Enfants de Drachenfels

LE DEBUT DU COMPAGNONNAGE - DANKMAR

Année 1222

Printemps 1222 : Dernière saison à Drachenfels

Le premier jour du printemps, devant l’autel de Woden, Gladez demande à Finley de chercher une jeune pousse, avant de lui enseigner les mystères druidiques. Elle lui confie la connaissance et les secrets des druides en lui citant des Vérités et en lui faisant part de la sagesse populaire. Tout ce qui est lié à la nature est lié aux énergies magiques qui s’en dégagent, et un druide peut en tirer des forces magiques pour réaliser ses sortilèges.

Pendant ce temps, à Drachenfels, Herodius continue la lecture du De Silvae Mysteriis, qu’il va toutefois devoir interrompre avant la fin, car notre départ est prévu pour l’été.

Tiliann lit le De Gladio Parmaque : Ars & Usus Personalis Extentaeque Protectionis In Magia Hermetica, qui, comme son nom l’indique, traite de la parma magica.

Quant à Oriane, elle profite de chaque instant passé avec sa mater, et cette dernière lui enseigne quelques un de ses sortilèges. Sénèque écrivait à son ami Lucilius que c’est lorsqu’ils passent que les fruits sont les meilleurs, et la jeune Bonisagus vérifie cette assertion chaque jour. Après tout, 22 ans, c’est tellement peu…

Eté 1222 : Le temps des adieux

Même si elle n’a désormais aucune envie de partir, Oriane prépare tout de même son départ. Nostalgique par anticipation, elle retourne dans la grotte de Varkos, où elle en profite pour récupérer un bout de roche, histoire de conserver un lien mystique avec (un lieu situé hors de l’aegis de) Drachenfels. On ne sait jamais, ça peut servir…

Oriane va également faire ses adieux à l’ermite. Vu son âge apparent, il n’est pas sûr qu’il soit encore vivant dans une quinzaine d’années, et la jeune Bonisagus a le cœur serré en l’étreignant.

Oriane a une longue conversation avec sa mater. En effet, à la suite de sa discussion avec Xavier de Mercere, la jeune mage a eu une (nouvelle) idée de recherches : créer une sorte de parma magica inversée, qui empêcherait le Don d’affecter les autres personnes. Evidemment, en plus de bloquer l’influence du Don, il est probable que la parma inversée bloquerait les effets magiques sortants, mais le mage pourrait l’abaisser (comme une parma classique) pour lancer des sorts. Cela serait évidemment une grande avancée, tant pour l’Ordre en général que pour la Guilde du Pommier en particulier, surtout si cette parma inversée pouvait se cumuler à la parma magica de Bonisagus.

Selon Conscientia, il s’agirait-là d’une percée hermétique, la seule depuis que Bonisagus a créé la parma magica. Connaissant la propension de sa filia à se passionner pour mille sujets différents et à se disperser facilement, Conscientia préfère la prévenir : inventer un tel rituel (qui se situerait en dehors de la théorie hermétique au sens strict) impliquerait un travail similaire à celui de Bonisagus, et cela occuperait probablement toute l’existence d’Oriane, sans que cette dernière soit pour autant assurée de réussir. A la place, sa filia pourrait arriver à un résultat presque similaire en inventant un rituel rego vim inspiré de la parma magica, comme Notatus a créé en son temps l’Aegis du foyer. Il s’agirait-là d’une percée majeure, qui occuperait probablement l’essentiel de la vie d’Oriane, mais qui semble toutefois légèrement plus réalisable.

En grommelant, Oriane reconnaît qu’elle n’a, pour le moment, pas l’intention de passer le reste de sa vie dans un laboratoire à étudier le même unique sujet, et qu’elle préfère se consacrer à la recherche de ses origines, et aussi du Dragon Primordial des Hespérides qu’aurait rencontré Trianoma, et donc des origines de l’Ordre. Conscientia, de son côté, ne semble guère trouver cet objectif plus accessible que la parma inversée. Mais bon, qui ne tente rien n’a rien, songe la jeune Bonisagus, et quitte à poursuivre un objectif irréalisable, autant en poursuivre un qui permet de découvrir le monde. Et puisque j’ai parfois légèrement tendance à me disperser, autant avoir des rêves suffisamment grands pour que je ne les perde pas de vue pendant que je les poursuis… ;)
Note d’Oriane pour plus tard : profiter du compagnonnage pour apprendre à jouer aux échecs.

Oriane demande également à Conscientia sur quoi elle compte travailler dans les années à venir, au cas où, au cours du compagnonnage, elle trouverait quelque chose qui pourrait intéresser sa mater. Conscienta lui explique qu’elle poursuit les travaux de sa propre mater, Giuletta, qui elle-même poursuivait les travaux de Conciatta de Bonisagus.

Alors qu’elle n’était âgée que d’une cinquantaine d’années, Conciatta a réalisé une des rares percées majeures de l’histoire de l’Ordre en démontrant que les quatre dimensions (magique, féerique, divine et infernale) peuvent être affectées par l’art vim. Après sa découverte majeure, elle a naturellement voulu poursuivre ses recherches, mais cela a suscité des jalousies au sein de l’Ordre, certains mages estimant manifestement qu’une découverte de cette ampleur était largement suffisante pour une seule personne. De ce fait, Conciatta n’a pas publié ses recherches ultérieures. Elle aurait travaillé sur des sortilèges pouvant affecter les quatre dimensions à la fois et aurait même trouvé un moyen d’annuler l’effet des auras divines sur la magie. Conciatta a beaucoup voyagé, notamment au cours de la première partie de sa vie. Elle s’est mariée à Currito de Jerbiton, qui l’a accompagné dans ses pérégrinations, puis ils se sont installé dans le Tribunal Ibérique, non pas dans une alliance, mais dans une tour nommée Torre No Vista.

Vers le milieu de l’été, Gladez et Finley reviennent à Drachenfels tandis que nous effectuons nos derniers préparatifs.

La veille de notre départ, nous organisons une belle fête d’adieu avec nos amis et nos parentes, à qui nous offrons les cadeaux préparés l’année précédente.

Eté 1222 : Voyage vers Dankmar

Le début du voyage

Le lendemain, les 24 candidats au départ se réunissent autour de nos trois chariots et notre convoi s’ébranle en direction de Pfalz.

Nous prenons donc la route vers la première alliance de notre compagnonnage, Dankmar. Nous passons en vue de Remagen (sur l’autre rive du Rhin) puis nous dirigeons vers Koblenz où nous pensons passer la nuit. Nous installons notre campement en périphérie et allons visiter la ville, essentiellement marchande, abritée derrière ses vieux remparts à l’intersection de la Moselle et du Rhin. Oriane et Isabelle se concentrent plus particulièrement sur l’impressionnante basilique Saint Kastor, qui abrite les reliques du saint de même nom, l’évangélisateur de la vallée de la Moselle.

De retour à notre campement, Drewall demande comment s’organiser pour monter la garde pendant la nuit. Herodius peut y participer quotidiennement (de toute manière, il ne se couche jamais de bonne heure), de même que Drewall. Les autres mages se succèderont à tour de rôle pour assurer le dernier tour de garde. Nous tracerons un Cercle de protection contre les animaux, un Cercle du repos tranquille (permettant de ne pas faire de bruit), un sort évitant au feu d’émettre de la fumée et, si nécessaire, un Cercle de protection contre les êtres féeriques des bois.

En début de matinée, nous changeons de rive avant de longer la forêt de Hunsrück, qui héberge la Cour d’Automne. Finley communie avec la forêt et il y repère un lieu important (sans doute l’emplacement de la Cour). Mais comme la Cour d’Automne est peuplée de fées d’Ombre, et qu’en plus ce n’est pas la bonne saison, nous poursuivons sagement notre route.

La Rocher de la Lorelei

Nous arrivons en fin de journée près de rapides sur le Rhin, lieu associé à la légende de la Lorelei : un esprit sur le piton rocheux au milieu du Rhin attirerait les marins pour les y noyer. En double vue, Oriane et Tiliann y repèrent une faible aura féérique, mais pas d’esprit visible. Nous passons une nuit tranquille au bord du Rhin.

Au petit matin, Oriane et Tiliann s’envolent l’une après l’autre vers le piton rocheux pour voir ce qui s’y trouve : Tiliann soulève dans les airs la jeune Bonisagus pour la déposer sur le piton (Voler est vraiment grisant, songe Oriane, mais je préférerais contrôler le sortilège moi-même ; il faut que j’apprenne ce sort un de ces jours), puis elle la rejoint rapidement avec son sort d’Ailes du vent. Après un atterrissage quelque peu imprécis, nous commençons à entendre une voix lointaine et lancinante qui chante une complainte mélancolique. Cette voix essaie de pénétrer notre esprit, et elle réussit facilement à passer nos faibles défenses. Nous ressentons alors divers sentiments, surtout de la frustration et de la haine. Imperceptiblement, nous nous sommes rapprochées du bord sans nous en rendre compte, malgré les cris de nos compagnons restés sur la rive. Nous réussissons heureusement à nous retenir de plonger, et repartons sans demander notre reste, d’autant plus vite qu’une forme humanoïde est en train de se matérialiser à nos côtés sur le piton rocheux.

Oriane envisagerait volontiers de retourner sur le piton, histoire de discuter avec la Lorelei, mais elle se range aux arguments de ses compagnons : il n’est probablement guère prudent d’essayer de s’entretenir avec une fée au comportement si traditionnellement homicide.

Nous continuons donc notre route en longeant les rapides, et nous arrivons à la descente des sept demoiselles. D’après la légende, sept jeunes vierges vivaient au château de Schönburg, et leur père est mort à la naissance de la septième d’entre elles, désespéré de n’avoir pas eu de fils. Les sœurs furent alors élevées par leur tante ; elles organisèrent des fêtes et attirèrent de nombreux soupirants, mais aucun d’entre eux ne sut les convaincre. Les sœurs embarquèrent pour rejoindre les soupirants qui s’étaient réunis sur l’autre rive et leur signifier leurs refus, mais un orage soudain fit sombrer leur navire, et depuis sept écueils rappellent la vanité dont firent preuve ces sept jeunes filles. La double vue ne montrant rien de spécial, nous continuons notre route.

Nous arrivons au village de Baccarat, entouré de vignes, où un bac peut nous permettre de traverser le Rhin. Habituellement, ce bac ne permet d’aller que jusqu’à une ile située au milieu du fleuve, car c’est là que se tient le festival du village, mais Wolfgang réussit à négocier notre passage sur l’autre rive. Nous profitons de notre bref séjour sur l’ile pour constater qu’elle baigne tout entière dans une faible aura magique, et pour aller toucher une pierre gravée dressée à un bout de l’ile (le Doigt de Bacchus qui, dit-on, permet à ceux qui le touchent de bénéficier de bonnes vendanges).

Une heure après avoir traversé, nous arrivons en vue du village de Kaub, que nous nous empressons de contourner afin d’éviter le bailli.

Pfalz

Nous arrivons enfin à Pfalz, et nous nous installons pour la nuit dans une petite clairière à côté de la rivière. Sigurd va souper avec Alba et son mari Gottfried pendant qu’Oriane, Tiliann et Amelle vont saluer les sorcières du village.

Sigurd soupe donc avec Gottfried, Alba et leur fils Constant. A la fin du repas, Sigurd et Alba partent faire une petite promenade digestive. Alba avoue alors à Sigurd qu’elle s’est languie de lui pendant ces cinq années d’absence, et elle espère que ce dernier repassera désormais plus régulièrement.
- Je suis désolé, fait Sigurd, mal à l’aise. J’aurais dû revenir plus tôt…
- Je rêve depuis cinq ans de cette nuit que nous avons passée ensemble ! s’enflamme Alba. C’était différent, cette nuit-là. J’ai essayé de t’oublier dans les bras d’autres hommes de passage, mais ça n’était pas pareil…
- J’essaierai de repasser plus souvent, mais j’ai beaucoup de choses à faire, répond Sigurd, qui hésite à expliquer qu’il va partir en voyage pour une quinzaine d’années.
Lorsqu’il finit par l’avouer à Alba, celle-ci éclate en sanglot et demande à l’accompagner. Ne pouvant résister au charme de la jeune femme, Sigurd se laisse convaincre et lui propose de s’enfuir tous les deux au petit matin.

Pendant ce temps, Oriane invite Laura, Hillia et Jussinia à souper avec la troupe à notre campement, mais les sorcières déclinent l’invitation, car il y a manifestement trop de monde (et trop d’hommes) à leur goût. Par contre, elles proposent à Oriane, Tiliann et Amelle de passer la soirée avec elles. Au cours du repas, Tiliann devine que les trois sorcières pratiquent une magie non hermétique (mais chuuttt…) et on apprend qu’il ne s’est rien passé de particulier au village depuis notre dernière visite.

A l’aube, Sigurd, les traits tirés, vient nous rejoindre et nous demande de but en blanc si nous sommes prêts à accepter une personne de plus dans la caravane. Interloqués par cette requête soudaine, nous lui demandons davantage d’explications. Comme à son habitude, il tente de noyer le poisson, esquivant les questions en expliquant vaguement qu’Alba en assez de vivre au village, et qu’elle voudrait partir en voyage avec nous.

Alors qu’il peine à nous convaincre, Alba, portant un petit baluchon, nous rejoint dans la clairière et reste tétanisée par l’aura inquiétante d’Oriane et des autres mages. Alors que Sigurd peine à la calmer (Alba se réfugie dans ses bras), Tillian se présente (Bonjour, moi c’est Tiliann ! lance-t-elle en souriant), faisant sursauter la villageoise, effarée par les ailes de la fée. Elle est suivie de près par Moustache (Et moi, c’est Moustache !) qui achève de terroriser Alba.
- C’est un démon ! lance la jeune femme en fixant le chat ailé (et parlant).
- Il est très gentil, tente de la rassurer Sigurd, toujours ambigu.
- Ce n’est pas grave si ce sont des démons. Je prendrai sur moi ! affirme courageusement Alba, toujours blottie dans les bras de son amant.
- Mais non, Moustache est une fée, tente d’expliquer Sigurd.
- Miaou, fait Moustache, peu convaincant dans son rôle de chat normal.
- Ce n’est pas grave, déclare Alba. Pour toi je supporterai tout ça…
- Viens, je vais te présenter Isabelle, lui dit Sigurd, essayant de trouver une personne rassurante. Isabelle est la pureté incarnée…
- C’est courageux de venir avec nous, intervient Isabelle après avoir été présentée.
- Je ne m’attendais pas à voyager avec tous ces démons, se lamente Alba.
- Mais non, Tiliann est une fée, commence Isabelle, qui entreprend de rassurer la villageoise et de lui expliquer la situation.

Pendant ce temps, la conversation entre Sigurd, Tiliann et Oriane se poursuit. Alba intervient, expliquant que Sigurd et elle ont décidé de s’enfuir ensemble. Pendant que le Prince pousse des soupirs (Depuis quand est-ce qu’on s’enfuit avec les femmes qui réchauffent votre couche ? marmonne-t-il en gaélique tout en s’éloignant), Oriane interroge Alba sur Gottfried et Constant, mais la villageoise affirme que son fils est désormais adulte (il doit avoir une quinzaine d’années) et que son mari n’a pas besoin d’elle et se remettra vite de son départ (Garcinda s’occupera de lui faire la cuisine, conclut-elle, pragmatique). Oriane, manifestement incapable de croire qu’Alba a pu succomber au charme de Sigurd, tente de trouver une explication plus rationnelle :
- Vous avez des problèmes avec votre mari ? interroge la Bonisagus avec hésitation. Il est violent avec vous ?
- Ah non, tout va bien, répond Alba, surprise par la question.

Oriane et Tiliann demandent également à Sigurd s’il a réfléchi aux conséquences de ce qui ressemblera à un enlèvement aux yeux des villageois. Les deux jeunes magiciennes estiment qu’il faudrait justifier le départ d’Alba pour ne pas nous retrouver avec le seigneur local et ses hommes à nos trousses. Oriane préconise qu’Alba explique directement la situation à son mari (regard horrifié de la villageoise) ou lui laisse au moins une lettre (Je ne sais pas écrire, avoue Alba).

Sigurd et Alba s’impatientent de voir le départ ainsi retardé.
- C’est bizarre ! lance à Tiliann le jeune Ex-Miscellanea, quelque peu excédé par nos hésitations. D’habitude, tu agis toujours inconsciemment, et là tu cherches à être prudente. Et tu admettras que tu n’as pas le sens de l’orientation !
- Oui, mais qu’est-ce que ça a à voir ? réplique la jeune Merinita.

En désespoir de cause, Sigurd va chercher De Rostre, le troubadour (soupçonneux à l’idée de suivre le jeune mage dans les bois), afin qu’Alba puisse lui expliquer de vive voix la raison de son départ. De Rostre reste dubitatif et refuse de servir de messager pour nous innocenter le cas échéant : il ne se voit pas vraiment expliquer à Gottfried et à Sire Tamitha qu’il savait qu’Alba allait quitter le village, mais qu’il n’a rien fait pour l’en empêcher.

Finalement, Oriane finit par convaincre Alba et Sigurd d’attendre que notre caravane soit partie avant qu’Alba ne disparaisse, afin que personne (hormis le troubadour…) ne puisse faire le lien entre nous et la disparue : nous allons nous éloigner de Pfalz d’une à deux semaines avant que Sigurd ne revienne chercher sa compagne. C’est donc sans Alba que nous quittons le village. En chemin, Sigurd commence à s’entrainer à monter à cheval afin de pouvoir revenir chercher son amante.

Bingen

En sortant du village, nous apercevons une île où se dressent les ruines d’un manoir (des brigands sont censés y résider, d’après ce que nous avait dit le bailli de Kaub il y a six ans). Pendant la journée, nous passons à côté d’une seconde île (qui nous donne froid dans le dos) avant d’arriver à Bingen en début d’après-midi. Nous nous y arrêtons jusqu’au soir pour nous recaler dans notre voyage, et ainsi faire coïncider nos arrêts du soir avec l’arrivée dans les agglomérations.

Un château tout neuf (le bourg Ehrenfels) surplombe la ville, juste en face de celle-ci. Un peu plus loin se dresse le monastère de Rupertsberg, récent lui aussi, fondé par Hildegard von Bingen.

Isabelle et Sigurd vont visiter le monastère et sont accueillis par une sœur qui les fait entrer. A l’intérieur, il y a une petite chapelle où il est possible de se recueillir. Le monastère possède quelques-uns des traités de médecine et de musique écrits par Hildegard et, dans la crypte qui abrite les reliques de la mystique, Sigurd sent que la magie est étouffée, ses sens semblent exacerbés, les détails plus précis et plus colorés qu’habituellement. Isabelle pour sa part ressent un profond sentiment de recueillement provoqué par la sainteté du lieu. Pour la première fois de sa vie, c’est sans la moindre arrière-pensée que Sigurd regarde Isabelle pendant qu’elle adresse ses prières au Tout-Puissant.

Intriguée par le compte-rendu de cette visite, Oriane décide d’y aller à son tour, accompagnée d’Isabelle : cette dernière est suffisamment convaincante pour permettre à Oriane d’accéder à la crypte, où elle ressent la même chose que Sigurd. En double vue, elle constate la présence d’une aura divine aussi puissante que celle d’une cathédrale, mais d’une nature différente. En effet, les auras qu’a ressenties Oriane dans les villes, les églises ou les cathédrales donnaient l’impression à la jeune Bonisagus de se trouver enveloppée dans du coton, et sa vision en double vue était moins claire et portait moins loin. Ici, au contraire, tout semble plus net, même en vision normale, un peu comme dans un regio. Conscientia avait vaguement évoqué ces différentes auras divines lors de notre premier voyage à Remagen, au cours de l’été 1211, mais Oriane n’en avait jamais fait l’expérience auparavant. Cette aura a l’air plus réelle, plus divine d’une certaine manière, que les autres auras divines, comme si ces dernières n’étaient issues que de la présence quotidienne des croyants, engendrée par une foi ordinaire en quelque sorte, alors que celle de la crypte était née de la présence d’un être véritablement béni. Oriane regrette d’être née trop tard pour rencontrer Hildegard et se dit qu’il serait intéressant d’étudier ces vraies auras divines, et aussi de rencontrer un Ange ou un autre résident des Royaumes Divins. De plus, Oriane remarque qu’émane d’Isabelle quelque chose de particulièrement… inspirant ; la sérénité que dégage son amie semble presque tangible. L’ambiance est extrêmement paisible et agréable, et la jeune mage comprend pourquoi des gens décident de se retirer dans des monastères. Oriane profite de cette proximité manifeste avec le Divin pour prier pour l’âme de Sigurd : puisse-t-il se détourner de la voie de la damnation et emprunter avant qu’il ne soit trop tard le sentier de la rédemption.

Aux portes de la Cour d’Eté

Nous reprenons la route le lendemain matin, en direction de Mainz, en passant par la Forêt Palatine, qui abrite la Cour d’Eté. Finley nous explique qu’ici la forêt est à la fois féerique et magique. Cependant, ce n’est qu’après avoir dépassé Mainz que nous serons au plus près de la Cour d’Eté ; nous poursuivons donc notre route.

Mainz est une grosse ville commerçante et religieuse, qui abrite notamment l’église Saint-Gothard, qui est l’église privée de l’archevêque, et d’où émane une importante aura magique. Ce dernier, rappelons-le, dispose dans le Saint-Empire Romain Germanique des mêmes prérogatives que le Pape. La cité est un gros carrefour marchand, et les quais sont surpeuplés. En se promenant en ville, Oriane et Isabelle pénètrent par hasard dans le quartier juif. Il abrite une académie de théologie et de droit, mais seuls les hommes y ont accès (Grrmmm). Les deux jeunes femmes passent également devant une synagogue d’où émane une aura divine similaire à celle des églises. Les hommes arborent systématiquement un symbole, cousu sur leurs vêtements, représentant un cercle ou une roue. Et les femmes étant rares dans les rues, Oriane et Isabelle sortent rapidement de ce quartier où elles attirent facilement l’attention.

Le lendemain, nous partons en direction de Worms. Nous nous sommes suffisamment rapprochés de la Cour d’Eté, qui n’est plus qu’à deux jours de marche : Tiliann, Finley, Oriane et Sigurd, accompagnés d’Amelle et d’Isabelle, partent pour visiter la Cour tandis que la caravane s’installe dans les bois.

Nous avançons dans la forêt et, le deuxième jour, nous repérons un cerf de belle taille qui nous observe d’un air supérieur, avant de continuer son chemin. En fin d’après-midi nous arrivons dans une clairière où se trouvent trois petites créatures très minces habillées d’un curieux mélange de vêtements bariolés et d’armures de paille. Nous essayons de leur expliquer que nous venons visiter la région, mais sans vraiment réussir à les convaincre : elles commencent par penser que nous sommes là pour nous enrôler dans leur troupe, puis que nous sommes venus pour nous marier. Finalement, nous parvenons à les persuader que nous sommes bien des mages en compagnonnage, qui sont là pour visiter, découvrir et apprendre.

Ils partent chercher une sorte de chambellan de la Cour d’Eté qui vient nous renseigner : une grande créature longiligne, avec des cheveux multicolores en bataille, affublé d’un mélange hétéroclite de vêtements de très grande qualité. Au fil de la conversation, il nous explique qu’il n’est pas possible de simplement visiter les lieux, et que tout nouvel arrivant à la Cour doit être présenté au Roi. Pour que des étrangers comme nous soient autorisés à entrer, il faut soit venir proposer ses services à Sa Majesté, soit lui offrir un présent royal.

A défaut, il est envisageable d’offrir un présent d’un autre type : les fées se nourrissant de glamour, un spectacle mémorable mettant en avant des valeurs martiales serait probablement apprécié. Malheureusement, cela ne fait pas partie de notre répertoire actuel et, manifestement dépourvus de tout présent digne d’un Roi, nous ne voyons pas quel cadeau nous pourrions lui offrir. Afin d’éviter de commettre un impair diplomatique, nous décidons donc d’en rester là. Une fois de retour à la caravane, nous reprenons la route de Worms, pendant que Sigurd retourne vers Pfalz pour y récupérer Alba.

Comme la plupart des cités que nous avons visitées jusqu’ici, Worms possède une gigantesque cathédrale – la cathédrale Saint-Pierre, bâtie sur un antique château. Sur le mur nord de la cathédrale est gravée l’inscription suivante : Ici fut érigé le Saint Temple des Romains, la Forteresse Royale des Nibelung, le Palais de Charlemagne. La ville abrite aussi un quartier juif. Nous y apprenons que les lois religieuses en vigueur obligent tous les Juifs mâles âgés de plus 7 ans à s’identifier par un cercle cousu sur leurs vêtements…

Speyer

Nous partons ensuite pour Speyer. Oriane et Isabelle en profitent pour visiter la cathédrale, qui fait l’objet d’une curieuse légende. En effet, depuis que la cathédrale est achevée, les cloches sonnent mystérieusement toutes seules à chaque décès d’un Empereur germanique. A la mort d’Henri IV, les cloches n’ont pas sonné, mais ce dernier avait été excommunié par le Pape et contraint à l’abdication à la suite des manigances de son propre fils, qui avait ainsi pu déposer son père et se faire lui-même couronner sous le nom d’Henri V. Cinq ans plus tard, ce dernier demanda au Pape de révoquer l’excommunication de son père ; le corps d’Henri IV fut alors conduit à la cathédrale de Speyer, et les cloches se mirent à sonner à ce moment-là. Lorsqu’Henri V mourut à son tour, les cloches sonnèrent un glas particulier : non pas celui qui retentit à la mort des empereurs, mais le glas correspondant au décès d’un pêcheur qu’on mène à son exécution. En observant le beffroi de la cathédrale, Oriane remarque que, comme la crypte du monastère de Rupertsberg, le clocher est plus net, que plus de détails sont perceptibles, et qu’il en émane une aura similaire à celle de Rupertsberg. Encore une vraie aura divine ! Regrettant de ne pouvoir monter dans le beffroi – la porte est malheureusement verrouillée, et il n’est guère aisé de pratiquer la magie dans l’aura qui baigne la cathédrale – Oriane renonce en grommelant à aller voir les cloches de plus près.

Pendant que Sigurd retrouve Alba à Pfalz, nous prenons la direction Strasbourg et traversons plusieurs petits villages. Nous nous installons finalement aux abords de Strasbourg pour y attendre Sigurd avant de traverser le Rhin. Nous profitons de cette pause pour réfléchir à un moyen de gagner notre subsistance, mais ce n’est pas évident de nous transformer en travailleurs, peu d’entre nous ayant des compétences ayant une valeur marchande…

La Forêt Noire

Lorsque Sigurd nous rejoint deux semaines plus tard, nous traversons le Rhin et pénétrons dans la Forêt Noire. Les deux premiers jours se passent sans trop de problème, même si l’atmosphère devient de plus en plus oppressante. Le troisième jour, nous nous enfonçons toujours plus profondément dans une forêt de plus en plus dense, sombre et silencieuse. Le quatrième jour, la tension au sein de notre petit groupe est palpable, notre avancée se fait dans un silence de plomb, et la nuit est tout sauf reposante, même si personne ne panique encore.

Le cinquième jour, le point de rupture est quasiment atteint. Heureusement, Finley, Tiliann (à l’aide d’un sort creo mentem qui leur inspire du courage) et Oriane parviennent à pousser le groupe vers l’avant, même si tout le monde traine des pieds. Arrivés près de Dankmar, il nous faut encore guider nos compagnons un par un jusqu’à l’alliance, car cette dernière est protégée par un sortilège qui désoriente les vulgaires et les empêche de la trouver.

Eté 1222 : Arrivée à Dankmar

Bienvenue à Dankmar !

Nous parvenons finalement tous au pied d’une haute palissade de bois, et nous demandons l’hospitalité à aux gardes qui protègent la porte.

Nous sommes accueillis par Jiphella, qui est aussi antipathique qu’elle est moche : une vieille bonne femme obèse, au cou épais, avec un quadruple menton et une énorme verrue sur son nez crochu. Beurk ! Son œil gauche est d’une couleur orange-marronâtre tandis que le droit possède un iris rouge sang.
- Que les Compagnons s’avancent ! éructe-t-elle en guise de bienvenue. Que les mages !
Nous approchons en silence, elle nous toise sans aménité et lance : Vous êtes l’espèce de troupe qui s’est produite à Durenmar, hein ?
Sigurd prend la parole et demande officiellement l’hospitalité pour toute notre troupe. Jiphella semble réfléchir un instant à la possibilité de nous laisser dehors, fait la moue, crache par terre et finit par se résigner : Bon, entrez !

Avant de nous laisser pénétrer dans l’alliance, elle nous confie de petits crânes d’oiseaux qui nous permettront d’utiliser notre magie au sein de l’aegis, non sans nous avoir sermonnés pour notre manque de prudence (déjà bien heureux d’être accueillis, nous étions prêts à entrer sans demander notre reste).

Alors que Tiliann pénètre dans l’alliance, Jiphella l’apostrophe tout en désignant Moustache du regard.
- C’est quoi, ça !!?
- C’est à moi, répond prudemment la jeune Merinita.
- Vous y tenez ?
- Oui ! fait vivement Tiliann.
- Alors, évitez de le laisser sortir. Ses cousins de la région pourraient ne pas l’apprécier. Ou trop l’apprécier, conclut Jiphella avec un sourire torve.

A l’intérieur, Dankmar est composée d’austères bâtiments de bois couverts de mousse et de champignons, ainsi que de quatre petites tours carrées en pierre, hautes d’un unique étage. Larinda est chargée de nous accueillir dans ses quartiers (Larinda ! Tu les recevras dans ta tour. On avait dit que tu avais le droit de l’utiliser, sauf lorsqu’il y a des visiteurs !) car l’alliance n’a pas encore eu le temps de bâtir une cinquième tour pour les hôtes inopportuns.

Quelque temps plus tard, les mages sont reçus dans la salle commune par les trois membres de l’alliance :
- la mère de Larinda, Jiphella Ex-Miscellanea ;
- une femme tout en longueur et extrêmement maigre, comme une brindille (30 kg pour 2 mètres), aux traits anguleux, à l’air franchement inquiétant, les cheveux noués en un chignon dressé au sommet du crâne (comme si elle n’était pas assez grande comme ça) : Orphedra de Merinita, la tante de Larinda (Ce n’est pas vraiment ma tante, nous confie la jeune Ex-Miscellanea, mais elle aime que je l’appelle comme ça) ;
- et pour compléter l’horrible trio, une vieille sorcière toute rabougrie d’1m30, vêtue d’une houppelande noire qui ne laisse dépasser qu’un long nez crochu orné de verrues : Schadrit Ex-Miscellanea, Prima de Dankmar et grand-mère de Larinda.

Une fois les présentations terminées (ça aurait pu être pire…), nous allons finir de nous installer. Tiliann, Finley, Oriane, Sigurd, Alba, Wolfgang et Moustache logeront tant bien que mal au rez-de-chaussée de la tour de Larinda, où ils sont quelque peu à l’étroit, le laboratoire occupant tout l’étage (On serait à l’aise à deux ou trois, mais à six, sans compter Moustache, il ne faut pas craindre la promiscuité). Le Prince, Isabelle, Rivannon, Elsa, Amelle, Swanahilde, Arthur et leurs nourrices se voient réserver une des maisons en bois de l’alliance, dont les occupants – une famille de serviteurs – sont délogés pour l’occasion. Nos autres compagnons doivent se contenter de l’étable. Quant à Herodius, incommodé par l’aura féerique qui baigne toute l’alliance (et par la promiscuité de la tour de Larinda), il décide d’aller séjourner dans la forêt, à la limite de l’aura.

Le compagnonnage de Larinda

Quelques jours plus tard, Finley traine Tiliann derrière lui et ils vont frapper ensemble à la tour de Jiphella pour aller discuter avec elle du compagnonnage de Larinda.
- Ah, Hansel et Gretel, qu’est-ce que vous faites-là ? Ah non, c’est quoi vos noms, déjà ?
- Finley et Tiliann.
- Ah oui, Hansel et Gretel, c’était les derniers. Bon, entrez !
Finley et Tiliann expliquent qu’on compte faire le tour de toutes les alliances du Tribunal, et qu’on voudrait que Larinda nous accompagne.
- Ca va vous prendre une éternité, ça, grommelle Jiphella.
- Au moins une dizaine d’années, reconnait Finley, optimiste.
- Bon, je vais en discuter avec elle.

Contre toute attente, et malgré l’ampleur de notre circuit, Jiphella accepte sans trop se faire prier, à condition que Larinda fasse tout le trajet avec nous, puis que nous l’escortions jusqu’ici pour qu’elle s’installe définitivement à Dankmar.

En discutant avec Larinda, nous apprenons que l’alliance a conclu un pacte avec des fées de l’Ombre. Dans les environs, il y a surtout des fées d’Ombre qui n’ont pas de forme physique sur ce plan d’existence. Ce ne sont pas des Bockmen comme à d’autres endroits de la Forêt Noire. Ce sont des fées qui se nourrissent de toutes les émotions sombres et négatives. Mais bon, vous êtes en vie, c’est donc qu’elles ont été assez aimables. Quand vous repartirez, Orphedra et Schadrit les préviendront.

Larinda elle-même a du sang féerique, ce qui explique ses yeux violet, mais elle ne connaît pas son père. Ce n’est pas nécessaire, nous explique-t-elle, ça ne fait pas partie de la tradition. La tradition doit se perpétuer : un pacte avec des fées, c’est un pacte avec des fées. Mais bon, j’ai encore le temps d’y penser. C’est pour ça qu’il faut que je revienne. Et puis, c’est un devoir vis-à-vis de ma famille…

Du coup, on comprend mieux l’insistance de Jiphella pour que sa fille s’installe à Dankmar : Larinda fait partie du pacte, de même que sa descendance ; il est donc hors de question pour les sorcières de laisser la jeune mage s’installer ailleurs.

On apprend également Larinda est spécialisée dans la magie liée à la nature. Elle a des affinités avec aquam, auram, herbam et animal, ainsi qu’une affinité avec l’art mentem, pour des raisons familiales. Elle est également un peu apothicaire, et elle aime bien fabriquer des potions.

La Guerre du Schisme

Tous les soirs, les mages mangent ensemble tandis que les autres soupent dans une salle à part. Alba, en tant que compagne de Sigurd, est généralement invitée à manger avec les mages, sauf lorsque l’ordre du jour concerne les affaires de l’Ordre.

Un soir, intriguée par une remarque à propos d’alliances disparues faite par Schadrit le jour de notre arrivée, Oriane oriente la conversation sur l’histoire de l’Ordre et explique qu’elle s’intéresse à la Guerre du Schisme mais qu’elle n’a guère trouvé d’information dans les minutes des tribunaux.

Après un instant de silence, Schadrit prend la parole. Ce que vous ne trouverez pas dans les minutes des tribunaux, c’est que lors de la destruction de Waldherz, il y a eu une survivante, qui s’est caché durant plus d’une quarantaine d’années après ces événements. Elle a pris une apprentie et, alors que son apprentie n’était qu’à un ou deux ans de lever le Gant, elle est allée à Durenmar en espérant obtenir le pardon de ses pairs, quatre décennies plus tard. Vous savez ce qu’ont fait les Bonisagus de Durenmar ? Leur pardon a été formidable : ils l’ont bannie de la Maison Bonisagus, faisant d’elle une Ex-Miscellanea. Ils l’ont bannie sans hésiter. Et ce faisant, ils ont bannie son apprentie, qui aurait pu devenir une Bonisagus. Ils ont fait d’elles des Magae Orbi. Tout cela pour s’être rangée, plus de quarante ans auparavant, du côté de Waldherz. Quoi de plus logique. Après tout, les Bonisagus n’avaient pas hésité à exécuter froidement le propre pater de la maga en question, bien qu’il ait été l’avant-dernier apprenti de Bonisagus lui-même. Maintenant, conclut Schadrit en fixant Oriane, vous comprenez pourquoi, même si ce n’est pas de votre faute, je hais tous ceux qui portent votre nom.

Un silence de mort fait suite à cette révélation poignante. Le fondateur de Waldherz, Hercynius de Bonisagus, est donc le parens de la mater de Schadrit (Aschlarandra). Après son bannissement de la Maison Bonisagus, Aschlarandra a fondé l’alliance de Dankmar en opposition et en réaction à Durenmar. Et Schadrit aurait donc, calcule-t-on, pas loin de 200 ans, ce qui en fait probablement la plus vieille mage du Tribunal (Pas étonnant qu’ici le Praeco ne soit pas le mage le plus ancien du Tribunal, songe Oriane).

Oriane essaie bien de poser quelques questions supplémentaires sur les Druides et les raisons de la Guerre du Schisme, mais Schadrit ne veut pas évoquer plus avant cette tragédie : les motivations, les détails, cela est désormais bien loin et sans importance ; seule la flamme glaciale d’une haine inextinguible continue à brûler en elle après toutes ces décennies.

Automne 1222 : Première saison à Dankmar

Le pacte avec Schadrit

Sigurd va voir Schadrit pour lui parler de notre projet de compagnonnage littéraire, et elle ne semble pas opposée à cette idée.

Sigurd en profite pour demander à la vieille sorcière de lui apprendre l’art mentem, dont elle est une spécialiste (C’est elle qui a rédigé le De Summa Imperii dont la bibliothèque de Drachenfels possède une copie). Pendant un instant, le jeune homme ne peut s’empêcher de lui lancer un regard luxurieux qui n’échappe pas à la magicienne. Celle-ci lui demande ce qu’il peut proposer en échange.
- Je suis Ex-Miscellanea, commence Sigurd, mais je suis aussi Rustica. Je ne sais pas si vous connaissez ?
- Non.
Sigurd lui présente rapidement sa spécialité d’Ex-Miscellanea et propose de la lui enseigner, mais Schadrit ne semble guère intéressée : Ce n’est pas à mon âge que je vais apprendre une nouvelle tradition, coupe-t-elle. Par contre, continue-t-elle avec un sourire en coin, je pense vous avoir bien cerné et avoir trouvé une tâche à la mesure de vos capacités. Voyez-vous, ici nous vivons en autarcie. Alors certes, on accouple les serviteurs, mais on manque un peu de sang neuf. De votre côté, vous m’avez l’air vigoureux, peu regardant… Je vous présenterai quelques femmes potables. Certes, elles ne seront pas aussi belles que celles avec lesquelles vous voyagez, mais elles n’opposeront pas de résistance. Ne vous occupez pas de leur mari qui sera là, il ne vous dérangera pas. Et dès que vous vous y serez mis, poursuit Schadrit, vous pourrez venir me voir pour que je vous explique comment vous pouvez faire ce que vous voulez faire : faire oublier ce que vous avez fait, convaincre les gens de faire ce que vous voulez.

Au cours de la nuit suivante, Sigurd tente donc de s’esquiver, mais Alba le surprend, le suit hors de la tour, et Sigurd honore finalement sa compagne plutôt que son pacte avec Schadrit. La nuit d’après, Sigurd est plus discret, et il rejoint deux jeunes femmes qui l’attendent dans un lit, avec leurs maris allongés à côté d’elles. Le jeune mage fait son office, mais les filles ne disent mot et se comportent comme des pantins entre ses mains. Sigurd est tout d’abord surpris par leur absence de réaction, mais il en tire rapidement un plaisir pervers et ne rejoint la tour de Larinda qu’au petit matin.

Les nuits suivantes, Sigurd répète son manège, alternant les partenaires, mais naturellement, Alba, qui partage sa couche, remarque qu’il se lève presque toutes les nuits. Le jeune Ex-Miscellanea varie les explications : besoins naturels à satisfaire, insomnie, promenade digestive. Il finit par expliquer à sa compagne qu’il va étudier la magie avec Schadrit.

Dans jours qui suivent, Sigurd va effectivement étudier l’art mentem avec la prima. Elle lui reproche de ne pas avoir lu le De Summa Imperii (hum, un ouvrage de jeunesse…) que nous avions à Drachenfels (Vous avez de la chance que je sois quelqu’un d’ouvert. Je connais des Bonisagus qui auraient très mal pris que vous ne lisiez pas leur ouvrage en entier avant d’aller déranger l’auteur) mais elle lui dispense tout de même ses enseignements.

Alba n’est pas la seule à être réveillée, ni intriguée, par les disparitions nocturnes de Sigurd. Vu le nombre de personnes entassées dans la tour de Larinda, il est effectivement difficile de s’esquiver sans être remarqué. Une nuit, alors qu’elle est réveillée par une escapade de Sigurd, Oriane décide de le suivre. Elle se glisse à l’extérieur et le file jusqu’à la maison d’une famille de servants de l’alliance. Oriane se rend alors compte qu’elle est elle-même suivie par Alba. Les deux femmes s’approchent d’un volet entrouvert et, entendant les halètements d’un jeune homme, aperçoivent vaguement, dans la pénombre, Sigurd besogner une jeune femme silencieuse. Alba reste figée, littéralement fascinée par le spectacle.

Le lendemain, Alba prend son compagnon à part et lui avoue qu’elle l’a suivi la nuit précédente et qu’elle a assisté à ses ébats.
- Je comprends que tu sois déçue, lui répond Sigurd. Tu peux partir, si tu veux…
- Partir ? Non ! se récrit Alba. Mais participer, je veux bien. A te voir comme ça, la nuit dernière, je me suis sentie toute chose…
Sigurd lui explique alors qu’il préférerait passer ses nuits avec elle, mais qu’il fait ça pour rendre service à l’alliance.

Plus tard dans la journée, Alba, ravie, vient trouver Oriane et lui glisse à voix basse : J’ai parlé avec Sigurd ce matin, avant de lui expliquer que Sigurd couche avec des servantes à la demande de la prima pour renouveler la population de l’alliance. Rassurez-vous, il fait ça pour rendre service, conclut-elle devant l’air effaré de la jeune Bonisagus. C’est totalement normal…

Tellement normal que, au cours des nuits suivantes, Alba accompagne souvent Sigurd dans ses expéditions nocturnes…

La magie féerique et la Guilde du Sureau

Par l’intermédiaire de Larinda, Tiliann réussit à avoir quelques entretiens avec Schadrit et Orphedra, pour discuter de magie féérique et de la Guilde du Sureau.

Les deux sorcières sont très inquiétantes, et semblent en plus prendre un malin plaisir à voir Tiliann poser ses questions en hésitant et en frissonnant. Orphedra encore plus que Schadrit d’ailleurs : elle aime voir ses interlocuteurs avoir peur. Schadrit semble avoir appris un certain nombre de mystères féériques d’Orphedra : elle doit être l’une des rares mages non Merinita à manier la magie féérique par exemple.

Les fées de l’Ombre de la région répondent toutes à l’Esprit de la Forêt Noire : le Roi Sapin de la Montagne Noire. Cet esprit est un être féérique, c’est la raison pour laquelle les auras de la Forêt Noire sont essentiellement féériques. Les mages de Dankmar ont passé un pacte avec le Roi Sapin pour préserver leur alliance, pacte dont la raison première est simple : une haine commune, le Roi semblant détester Durenmar au moins autant que Schadrit.

Ceci étant, les fées de l’Ombre ne sont pas si terribles, si on accepte qu’on va forcément perdre quelque chose en les fréquentant. Le tout est de savoir ce que l’on va perdre selon la nature de la fée. Le problème, c’est que le concept de bien et de mal n’existe pas pour les fées, qu’elles soient d’Ombre ou de Lumière : seul leur rôle importe, alors si on essaye de les fréquenter en tentant de préserver une morale, c’est assez caduc.

Bien sûr, les fées de l’Ombre se nourrissent souvent de sentiments plus sombres que les fées de Lumière. Mais, par exemple, l’énergie sexuelle ou encore la fécondation est souvent quelque chose qui est associée aux fées de Lumière : cela n’empêche que si des gens bien-pensant croisent leur chemin, cela ressemblera souvent à un viol d’après elles.

Concernant la Guilde du Sureau, leur point de vue est assez simple : appartenir à la guilde leur donne un certain degré de protection tout en leur permettant de continuer à étudier la Féérie.

Herodius et Larinda

Au vu de l’aura féérique de l’alliance, Herodius, comme on l’a dit, est très vite retourné séjourner dans la forêt à la limite de l’aura, d’autant que la promiscuité de la chambre ne le mettait guère à l’aise non plus.

Pour occuper sa saison automnale, le jeune Bjornaer se serait bien terré dans la bibliothèque, mais la contrepartie étant de réaliser une copie en échange de la consultation d’un livre, cela lui paraît vite compromis au vu de ses non-compétences de scribe et de l’aura qui l’empêche de se concentrer.

Ne voulant pas déjà abandonner ses amis à peine le compagnonnage entamé en volant vers Drachenfels (Crintera étant elle un peu loin), Herodius finit par porter son attention sur Larinda (ou le contraire peut-être). Les deux mages en viennent à se trouver de nombreux points communs (du moins autant que des discussions entre deux personnes extrêmement laconiques peuvent en faire ressortir), l’Ex-Miscellanea ayant une connaissance du monde et de la société à peine supérieure à Herodius lorsque Gwidion l’amena à Drachenfels.

Ils finissent par décider de s’enseigner mutuellement les arts magiques pendant l’automne et l’hiver. Herodius commence à enseigner l’art herbam à Larinda. Celle-ci s’avère avoir des facilités dans cet art et elle trouve le Bjornaer très bon professeur, arrivant à dispenser son savoir en très peu de mots.

Pendant l’hiver, ce sera ensuite au tour d’Herodius de recevoir les enseignements en auram de Larinda.

Travaux de laboratoire et de plume

Pendant ce temps, Oriane s’installe dans le laboratoire de Larinda pour ré-inventer le sortilège de Repos du soir de Conscientia (un sort qui permet à l’objet touché par le mage – une couverture par exemple – d’émettre de la chaleur) que la jeune Bonisagus n’a pas eu le temps d’apprendre avant son départ, et qui sera probablement bien utile – surtout pour ses compagnons – au cours du voyage. Vu que c’est sa première création (fort peu originale, il est vrai), elle le rebaptise Dormir dans les bras du dragon (Grrmmm. Au moins, pour une fois, il y aura quelqu’un qui dormira dans les bras du dragon, ronchonne-t-elle).

Tant qu’elle y est, Oriane invente aussi un petit sort de lumière, Chandelle sans flamme, version plus modeste de Lampe sans flamme. (Ca pourra toujours servir pour rassurer les enfants songe-t-elle, ou pour lire la nuit, la Paume de flammes odorantes de Conscientia étant, si l’on n’y prend garde, quelque peu dangereuse pour les ouvrages).

De son côté, Finley, dans le cadre du compagnonnage littéraire, recopie un tractatus d’hypnotisme que lui a confié Schadrit : le De Imperio Mentis Corpori (Du Pouvoir de l’Esprit sur le Corps). Voilà un ouvrage atypique qui devrait intéresser le bibliothécaire de Durenmar !

Oriane demande également à Othmar d’effectuer une copie du Codex Draconum, afin de l’offrir, indépendamment du compagnonnage littéraire, à nos hôtesses.

Pendant ce temps, Tiliann lit le Vera Medicina, le tractatus que l’on a apporté de Durenmar et que l’on va laisser à Dankmar. (Il ne faut pas gâcher.)

Hiver 1222 : Seconde saison à Dankmar

Activités hivernales

Tiliann s’installe dans le laboratoire pour inventer un sort creo auram complément ignem (niveau 10) qu’elle baptise Confort d’une brise printanière : une variation sur le thème de la Chambre des brises printanières qui crée un courant d’air de la même façon, mais celui-ci peut être chauffé à la température choisie par le mage pour les longues soirées d’hiver (par contre, la température ne peut pas être abaissé ou régulée, et on ne peut dépasser ainsi la température d’un bon chauffage). Voilà qui va être bien utile pour le voyage !

Larinda enseigne l’art auram à Herodius, et elle se révèle être un aussi bon professeur que le pater du jeune Bjornaer.

Oriane consacre l’hiver à la lecture du Vera Medicina. Chacune son tour…

A la fin de l’hiver, Oriane offre à nos hôtesses la copie du Codex Draconum réalisée par Othmar. Les trois sorcières sont surprises (Vous voulez quoi en échange ? fait Schadrit. Rien. C’est un cadeau. répond Oriane. Grmh, grommelle Jiphella) mais acceptent le présent comme une contrepartie pour nous avoir nourri et logé pendant notre séjour. Il est vrai que, à 24 visiteurs, nous avons sérieusement mis à mal les réserves de l’alliance, et que nous n’avons guère pu – du fait de l’absence de chasseur dans notre groupe – contribuer au renouvellement des provisions.

Le pacte de Sigurd (suite)

Au début de l’hiver, les œuvres nocturnes de Sigurd n’ont guère porté de fruits. Schadrit, qui voudrait bien qu’au moins la moitié des servantes qu’elle a offertes au jeune homme soient enceintes, fait miroiter à Sigurd une autre saison d’études avec elle s’il parvient à obtenir l’aide de ses compagnons.

Sigurd va donc parler au Prince. Aedh se méprend, pensant que Schadrit vient de faire cette proposition à Sigurd, et que ce dernier hésite et lui demande conseil. Le Prince pose quelques questions puis aborde un point crucial : Elles sont consentantes ?
- Pas vraiment, reconnaît Sigurd. Elles ne sont pas très expressives. Je pense qu’elles sont magiquement distraites…
- C’est du viol donc, fait le Prince, contenant sa colère.
- Pas vraiment. Enfin, je suppose qu’on pourrait voir les choses comme ça, répond Sigurd sans se démonter.
- Dans mon pays, on verrait exactement les choses comme ça, tranche le Prince sur un ton glacial. Il va falloir que tu te décides tout seul.
- En fait, continue Sigurd, j’ai contracté un accord avec la Vieille. Je dois lui rendre service pour qu’elle me rende service à son tour. Et j’aurais besoin de quelqu’un pour m’aider…
Comprenant que Sigurd a déjà commencé à rendre ainsi service à Schadrit, et qu’il lui demande de participer de surcroit, Aedh serre les dents de rage :
- Tu trouveras bien quelqu’un d’autre pour t’aider, conclut-t-il d’une voix tranchante comme l’acier.

Dans les jours qui suivent, on remarque que le Prince est en colère, et qu’il garde ses distances avec Rivannon. Ces deux-là ont dû se disputer, pense Oriane.

A la fin de l’hiver, le ventre de Maria et d’Heidi, deux des servantes de l’alliance et partenaires nocturnes de Sigurd, commence à s’arrondir.

Un jour, Alors que Finley, Drewall, Oriane, Larinda et le Prince discutent de la date du départ (au début du printemps ou plus tard dans la saison), Larinda fait remarquer : Peut-être que Sigurd voudra rester jusqu’à l’été, pour pouvoir assister à la naissance de ses enfants, non ?
Devant l’air stupéfait d’une partie de son auditoire (jusqu’ici, seuls Alba, Oriane et le Prince étaient au fait des activités nocturnes de Sigurd), la jeune Ex-Miscellanea explique :
- Nous sommes une petite communauté ici, et les serviteurs se reproduisent toujours entre eux. Alors, ma grand-mère a demandé à Sigurd s’il pourrait apporter un peu de sang neuf en couchant avec des servantes. Alors je me suis dit qu’il voudrait peut-être rester quelques mois de plus pour voir ses enfants…
- Je ne pense pas que Sigurd soit intéressé par les enfants, fait Oriane, songeant à la petite Swanahilde.
- Vous saviez ce que faisait Sigurd ? intervient Aedh, s’adressant à Oriane et lui lançant un regard soupçonneux et courroucé.
- Je l’ai surpris au début de notre séjour, confesse la jeune mage en rougissant légèrement. Mais bon, Alba le sait aussi et ça ne la dérange pas. Et puis, Sigurd est tout de même plutôt beau garçon : je suppose que les volontaires n’auront pas manqué parmi les jeunes servantes célibataires, conclut Oriane avec une honnêteté bien naïve.

Après une longue hésitation, Aedh entreprend alors d’expliquer à la jeune Bonisagus que, il y a quelques mois, Sigurd est venu le trouver en lui expliquant ce qu’il faisait et en lui demandant de l’aider, tout en précisant que les jeunes femmes n’étaient pas réactives. Ce qui semble avoir particulièrement énervé le Prince, c’est que, sachant cela, Sigurd accepte tout de même de prendre part à cette infamie…
Oriane tombe des nues : Vous voulez dire que les servantes étaient sous un effet d’hypnose ? demande-t-elle en songeant au tractatus qu’a copié Finley l’automne dernier.
Sans s’émouvoir, Larinda lui répond que, dans l’alliance, tous les serviteurs sont en permanence sous l’effet d’hypnotisme ou de sorts mentem. C’est plus efficace comme organisation, et puis, ils sont heureux. Ce n’est pas partout comme ça ? conclut la jeune fille, avec tout autant de naïveté qu’Oriane.

Stupéfaite, la Bonisagus repense a posteriori à l’organisation de Dankmar : Jiphella donne les ordres aux servants, Orphedra semble les terrifier (elle a probablement un Don tapageur) et Schadrit ne sort guère de son laboratoire que pour les repas (et encore, probablement par ce que nous sommes-là). Oriane s’est bien rendu compte que les serviteurs semblaient un peu… ternes, mais elle avait mis cela sur le compte d’une sorte de déprime due à l’ambiance oppressante de la forêt toute proche, et aux conditions de vie pour le moins austères (surtout en comparaison avec Drachenfels).
Note d’Oriane pour plus tard : S’intéresser davantage à l’organisation des alliances qu’on visite.

Après ces révélations, nous parvenons rapidement à une décision : nous quitterons Dankmar dès les premiers jours du printemps.

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GnalsMD

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