Ars Magica : Les Enfants de Drachenfels

DURENMAR

Année 1223

Printemps 1223 : Voyage vers Durenmar

La Forêt-Noire

Dès le début du printemps, nous faisons nos bagages et nous préparons au départ, car Dankmar, c’est bien, mais en fait pas tant que ça… Nous discutons pour savoir si nous passons dès maintenant à la Cour de Printemps, mais comme pour l’instant nous n’avons pas trop d’idée de cadeau pour le Prince Alder, nous choisissons d’aller d’abord à Durenmar pour avoir le temps d’y réfléchir.

Avant de partir, Larinda demande directement à Sigurd s’il ne préfère pas attendre la naissance de ses enfants :
- Ce ne sont pas vraiment mes enfants, répond sans sourciller le jeune Ex-Miscellanea.
- Ah, pardon, tes neveux et nièces, intervient Amelle, caustique.

Nous laissons donc Dankmar derrière nous et nous dépêchons de quitter les bois pour rejoindre la route de la Forêt-Noire avant la nuit. Le lendemain, nous suivons la route en direction de Rottweil et campons à l’extérieur de la ville avant d’aller visiter les lieux. De nombreux habitants se promènent accompagnés de gros chiens à l’air inquiétant : la ville a bâti sa fortune en faisant le commerce de cette race de chien particulière, le Metzgerhund (littéralement Chien du boucher). La route continue vers Tübingen, prochaine étape de notre périple. Nous suivons ensuite le cours de la Neckar et, au bout de deux jours, nous obliquons dans la Forêt-Noire pour atteindre Durenmar. Alors que la nuit commence à tomber, nous arrivons enfin à destination : nous sommes en vue du moulin et de la tour de garde.

Les deux orphelines

Pendant le voyage, Tiliann et Oriane, qui marchent à l’arrière du convoi, discutent tout en cheminant.

Tiliann, manifestement préoccupée elle-même par la question, demande à Oriane ce que ça lui fait d’être une orpheline et de ne pas connaitre ses vrais parents…

- D’une certaine manière, commence Oriane en réfléchissant, Conscientia est ma mater. C’est elle qui a trouvé mon Œuf, c’est elle qui a décidé de le faire éclore, c’est elle qui m’a mise au monde. Mes premiers véritables souvenirs, qui datent d’avant ma naissance, sont la chaleur de ses expériences pour me couver, et le son de sa voix pendant qu’elle travaillait dans son laboratoire. C’est la première personne que j’ai vue lorsque j’ai brisé la coquille de mon Œuf. C’est elle qui m’a élevée, elle qui m’a donné tout l’amour maternel qu’une enfant est en droit d’attendre, et plus encore. J’ai eu tellement de chance de la rencontrer. Je suis sa filia, affectivement et hermétiquement, et elle est ma mater. Que je ne sois pas sa fille au sens généalogique n’est qu’un détail sans importance.
Par contre, continue Oriane, l’ignorance est horripilante. Bon, tu me diras que c’est vrai dans tous les domaines : c’est agaçant de ne pas parvenir à ouvrir la Boîte, de ne pas savoir ce qu’il y a derrière la porte scellée par le Sceau du Dragon, ou plus récemment, d’ignorer ce qui s’est produit pendant la Guerre du Schisme, de ne pas connaître le Grec ou de ne jamais aller rama… grmm, bref, passons. D’accord, tout ça est agaçant, mais c’est un agacement constructif : comme dirait Socrate, l’ignorance nous fait ressentir un manque, un vide ; la prise de conscience de ce vide agaçant déclenche le désir de le combler, et ce désir nous incite à rechercher la connaissance. C’est une puissante motivation pour des philosophes, ou pour des mages. En tous cas, pour moi, c’est le cas.
Mais en ce qui concerne mes origines, ce manque se double d’un sentiment de… d’incomplétude. Ce n’est pas seulement que je ne connais pas mes parents, mais je ne connais pas non plus leur nature. Et du coup, je ne sais pas vraiment qui je suis, ou ce que je suis. Alors oui, j’aime dire que je suis un Dragon, parce que je suis née d’un œuf de dragon, que j’ai des yeux de dragon, une température de dragon, que je résiste au feu, que je fais peur à tout le monde comme un dragon, ou juste parce que c’est amusant ; enfin, c’était amusant quand j’avais trois ans, pour effrayer Finley… Bref, je dis ça parce que c’est plus simple, et qu’il faut bien dire quelque chose, mais en vérité, je n’en sais rien. Rien du tout. C’est une étiquette, tout simplement. Alors certes, peut-être que je suis un puissant Dragon, qui va apprendre à se transformer et qui va vivre mille ans, surtout si on écoute Sigurd. Mais bon, même Conscientia a l’air d’en douter… Ou peut-être que je suis simplement un truc, une chose indéterminée, inachevée, abandonnée, ni un dragon, ni une jeune fille, juste un nouveau monstre bizarre issu d’une expérience ratée. Je ne sais pas. Mais je veux savoir. Je le veux vraiment. Je veux explorer le Palais de mes souvenirs, je veux rencontrer de vrais dragons, y compris le Dragon Primordial des Hespérides qui a discuté avec Trianoma, je veux retrouver mes parents, mais surtout je veux savoir ce que je suis, et si j’ai une place quelque part dans ce monde. Ou si ma place est ailleurs. Ou au rebut. Je veux savoir. Je veux connaître la vérité, même si elle fait mal. Voilà. Pour moi, c’est ça être une orpheline.
- Je te trouve plutôt réussie comme expérience, moi ! répond Tiliann en souriant.
- Merci, mais je ne suis pas certaine que ce soit une opinion largement partagée, surtout par les garçons… commente Oriane en faisant la moue. Enfin, bref, continue…
- Oh, t’en fait pas, tu finiras bien par rencontrer quelqu’un. Ca sert aussi à ça le compagnonnage, hihihi…
- Grrmmm. Quand je parlais de compagnonnage matrimonial, je pensais surtout à Isabelle. Pour Elsa ou moi, il faudrait un miracle. Ou plutôt deux miracles… Et comme dirait Conscientia, tu peux toujours prier, mais ne soit pas déçue si tu n’es pas exaucée, parce que c’est ce qui va arriver, finit Oriane en souriant.
- Un dragon qui discute avec une fée, des mages qui vivent dans des regios magiques, des forêts peuplées de fées et qui ont une conscience à elles, et tu viens me dire que tu ne crois pas aux miracles ? réplique Tiliann. Les miracles, c’est tous les jours qu’on les croise, il suffit juste d’ouvrir les yeux et d’y croire…
- Indiscutablement, tout cela est une source d’émerveillement quotidien pour la philosophe, rétorque la jeune Bonisagus. Et peut-être que si j’étais une vieille ermite de quatre-vingt-dix ans, je m’en contenterais totalement. Mais que veux-tu, les Humains – et les Dragons – ont besoin d’autre chose que de nourriture et de philosophie pour être pleinement satisfaits. Même Aristote a eu une jeunesse dissolue avant d’entrer à l’Académie. Enfin, passons. Parlons d’autre chose…
- C’est sûr que pour moi, reprend Tiliann après quelques instants de silence, on voit à priori d’où je viens, y’a pas trop de doutes sur la question, mais ça ne veut pas dire pour autant que je sais qui je suis, enfin bon, je ne m’étais pas vraiment posé la question jusqu’à récemment en fait, surtout tant que je pensais que mon père était qui il était, mais maintenant, je sais que mon père n’est pas tel que je l’imaginais avant, et donc si mon père n’est plus lui-même, et bien moi non plus, et c’est d’autant plus compliqué que je ne me souviens pas de mon enfance à la Cour de Printemps, alors que toi au moins tu te souviens de tous les détails d’avant même ta naissance, et donc ça te fait quand même des racines quelque part, à Drachenfels avec Conscientia, alors que moi les racines que je pensais avoir à la Cour de Printemps n’ont plus vraiment lieu d’être, elles sont en fait à Drachenfels aussi mais plutôt avec Scipion du coup, même si Vinella est ma cousine et qu’elle vient de la Cour de Printemps, et qu’il y a Moustache aussi qui me rattache là-bas, mais c’est pas très profond comme racines en fait, et comme je me suis unie avec Finley pour l’aider à accomplir sa prophétie du septième septième fils en me disant que ça ne gênerait pas et qu’elle aurait plus de chances de réussir avec l’aide d’une fée du printemps vu qu’à la base ça a aussi démarré avec une fée cette prophétie donc il faut la finir avec une fée même si c’est pas la même qu’au début, mais là du coup je n’en suis plus si sûre en fait et c’est pour ça que je me pose toutes ces questions… conclut la jeune Merinita en reprenant son souffle après cette longue tirade. Et toi, t’en penses quoi ?
- Ouh là ! Doucement ! fait Oriane en levant les mains. Avant de pouvoir te dire ce que j’en pense, j’ai moi-même pas mal de questions… J’ai vaguement entendu que tu discutais avec Scipion peu avant notre départ… Alors, il t’a dit qui était ton père ? Ou il t’a donné des indices ? Tu vas essayer de le retrouver ?
- Ben, heu, non, il ne m’a pas du tout parlé de mon père… répond Tiliann.
- Tu disais que tes racines à la Cour du Printemps n’étaient pas très profondes… Tu veux dire que ta mère ne serait pas la Reine des Fées ? Et est-ce que Scipion t’a dit pourquoi tu avais dû quitter la Cour ?
- Ben oui, c’est ce que m’a expliqué Scipion. En fait, ma mère féérique n’est pas vraiment ma mère. Son rôle à la Cour de Printemps, c’est de recueillir et d’élever de jeunes enfants abandonnés… Donc moi qui croyait que j’étais née à la Cour de Printemps, et que ma mère était la sœur du Prince Alder, et ben j’ai tout faux ! Donc au final je ne sais pas qui est ma mère, je ne sais pas qui est mon père, je ne sais pas lequel des deux est une fée, et je ne sais pas d’où je viens… Le seul à pouvoir m’en dire plus, c’est le Prince Alder ! Donc tu vois, t’es pas la seule à te demander d’où tu viens, faut pas t’en faire comme ça, en cherchant on trouvera… sourit Tiliann, toujours optimiste. Ah, et si j’ai dû partir, c’est juste parce que tout ce qui n’est pas purement féérique ne peut pas rester indéfiniment à la Cour…
- Je vois, fait Oriane en réfléchissant à ce que vient de lui confier son amie… Bon, effectivement, il faut aller interroger le Prince Alder. Et si on la croise, on peut aussi poser la question à Vinella : vu qu’elle fréquente la Cour et qu’elle a l’air de te connaître depuis longtemps, elle sait peut-être quelque chose sur tes origines. Bref, il y a une piste. Une piste moins froide qu’un Dragon légendaire disparu depuis 800 ans… conclut Oriane avec un sourire.
- J’ai essayé de lui demander, mais elle a toujours éludé la question. Pareil pour Moustache. Scipion a sous-entendu que tant que le Prince Alder n’aura pas donné son autorisation tacite en me répondant, aucune autre fée ne me répondra, même ma cousine… fait Tiliann en maugréant.
- Et Moustache, il t’accompagne simplement parce que vous êtes devenus amis ou aussi parce qu’on lui a demandé de t’accompagner ?
- Bien sûr qu’on est des amis ! lance Tiliann.
- Je pense à autre chose, reprend Oriane en abandonnant la question : puisqu’en magie féerique vous avez une portée de sort liée à une lignée, est-ce qu’il n’existerait pas des sortilèges qui pourraient permettre de retrouver tes parents ? Ou du moins servir d’inspiration pour en inventer un ? Il faudrait peut-être demander à Irencillia, à tout hasard…
- Pas bête du tout ça, faudra que j’y réfléchisse… A vue de nez, ça devrait être de l’intellego corpus, non ?
- Oui, répond Oriane. Mais le problème est que, en théorie, on ne peut pas affecter magiquement quelqu’un qu’on ne voit pas sans posséder un lien mystique avec lui. Alors certes, si tu cherches tes vrais parents, le fait que vous ayez un lien de sang constitue en soi un lien sympathique, qui permettrait de renforcer un effet magique, mais ce n’est pas un lien mystique stricto sensu. Après, il est vrai que la magie intellego peut parfois fonctionner sans lien mystique direct, au point que certains mages considèrent même la nécessité des liens mystiques comme une imperfection de la théorie hermétique. Par exemple, si j’étais suffisamment bonne magicienne, je pourrais lancer un sort intellego pour voir Arthur qui est dans le charriot, là-bas, même si je ne vois pas ton fils directement et que je n’ai pas de lien mystique avec lui. Par contre, tu me diras, je peux effectivement voir le charriot. Et d’ailleurs, si ce n’était pas le cas, il me faudrait un lien mystique avec le charriot. Bref, il n’y a pas d’intermédiaire entre les portées Vue et Lien mystique. Et du coup, en pratique, je ne vois pas comment on pourrait trouver magiquement tes parents. En magie purement hermétique, du moins… Mais en magie féerique, il y a peut-être moyen de faire quelque chose. Là, c’est toi la spécialiste… Après, poursuit Oriane, absorbée dans ses pensées, on pourrait imaginer utiliser un lien sympathique à la place d’un lien mystique. Humm. C’est au-delà de la Théorie, mais a priori, ça n’est pas absurde. D’ailleurs, peut-être que des mages parallèles le font déjà dans certaines traditions. Mais bon, ce serait une percée majeure, hermétique même ; et comme dirait Conscientia, c’est l’œuvre d’une vie ; et encore… Quitte à partir sur cette voie, il vaudrait mieux trouver des magiciens qui savent déjà le faire. S’il en existe…
Et en ce qui concerne le septième fils de Finley, reprend Oriane après un silence pensif, qu’est-ce qui te fait douter que tu puisses l’aider à accomplir la prophétie ?
- Ah non, je ne doute pas de pouvoir l’aider à accomplir la prophétie, au contraire (hihihi). Non, ce dont je ne suis pas sûre, vu que je ne sais pas qui je suis, c’est de n’avoir aucun lien avec la fée à l’origine de sa prophétie : elle pourrait être suffisamment tordue pour m’avoir placé exprès sur le chemin de Finley, juste pour s’assurer que tout se passe selon son plan…
- Effectivement, ce serait bien possible… répond Oriane, songeuse. Sept générations, ce n’est rien pour une fée… Ce serait même excellent, enfin, d’une certaine manière. Je veux dire que ça permettrait de rencontrer la fée de la prophétie. Si tant est que ce soit une fée qui soit à l’origine de tout ça… Après tout, fait Oriane en baissant la voix, cette histoire de prise de pouvoir, je pense que ça intéresse surtout des mages… Hum, je suppose que Finley a posé des questions à ses parents ; il doit en savoir davantage que nous sur toute cette histoire…
- Sauf erreur d’interprétation de ma part, l’histoire du septième fils, c’est du côté de beau-papa, alors que pour l’histoire de prise de pouvoir et d’élimination de fées, là c’est plutôt du côté de belle-maman. On a fait un amalgame à notre sauce en liant les deux ensemble, mais je crois que c’était deux histoires distinctes, à la base… Ceci dit, la coïncidence me semble trop énorme pour ne pas faire le lien entre l’élu et le septième fils… Peut-être même qu’on n’est pas les premiers à le faire, ce lien…
- A force de farfouiller dans les minutes des tribunaux, j’ai peut-être tendance à voir des complots partout, mais ce genre de coïncidence me laisse plus que dubitative. Tu devrais vraiment interroger Finley à ce sujet un de ces soirs…

Installation à Durenmar

Nous arrivons donc à Durenmar à la tombée de la nuit. Nous nous annonçons auprès des gardes, et une jeune femme vient nous accueillir. Elle a une trentaine d’années, des cheveux bruns tirant sur le bleu, des yeux en amande et les pupilles aux couleurs changeantes : elle se nomme Elena, et c’est la fille de l’intendante de Durenmar. Elle attendait notre arrivée, mais elle est surprise par la présence de Larinda. Elle nous conduit jusqu’à la pierre levée pour nous donner les glyphes qui nous permettront de pratiquer la magie dans l’enceinte de l’alliance et, en chemin, elle nous explique comment nous allons pouvoir nous installer.

Elle propose à Wolfgang de prendre ses quartiers dans le Dépôt Mercere, qui se situe au sous-sol de la Tour de Trianoma ; il va donc y loger avec Brigit. Une fois les glyphes récupérés, elle nous emmène dans le quartier des invités, qui est beaucoup plus animé que le reste de l’alliance. Il y a de quoi héberger six mages, et comme ils veulent garder de quoi accueillir un autre invité le cas échéant, nous disposons de cinq appartements, sachant que chacun possède une petite chambre attenante destinée aux compagnons. Finley et Tiliann s’installent avec Amelle (comme ça, je pourrai m’occuper d’Arthur), Oriane avec Elsa (si elle me transforme en statue de glace, ça ne sera pas bien grave), Sigurd et Alba avec Drewall (pourquoi moi ?), Herodius avec Aedh et Rivannon (qui prennent le grand lit et laissent la petite chambre au Héron) et Larinda avec Isabelle. Nos autres compagnons de route rejoignent les quartiers des servants. Confortablement installés, nous dormons paisiblement pour récupérer de notre voyage.

Visite guidée

Au petit matin, nous sommes réveillés par le chant du coq et, après un copieux petit déjeuner, nous sommes prêts à attaquer la journée. Elena nous rejoint, accompagnée d’une femme qui lui ressemble, grande et mince, âgée d’une soixantaine d’années. Elle se présente comme Sulla, autocrate de Durenmar et mère d’Elena. Elle explique qu’elle s’occupe de la population des serviteurs, on peut s’adresser à elle ou à sa fille pour ce genre de questions. Sulla nous déconseille de sortir du périmètre de l’alliance, sous peine de tomber sur des fées mal intentionnées. Si on a besoin d’étudier, il y a quatre laboratoires disponibles dans la Tour de Bonisagus, et deux autres dans la Tour de Notatus (ces deux derniers sont très bien équipés et généralement réservés aux magisters et archimages, qui payent pour y accéder).

Elena nous explique que Durenmar n’a jamais connu de problème vis à vis du monde vulgaire, étant éloignée de la civilisation. Le site a été choisi à cause de la présence de ruines mercurielles. Nous sommes arrivés par le moulin de l’alliance, qui permet à Durenmar de fabriquer sa farine. Il est de coutume de prévenir l’alliance en sonnant la cloche lorsqu’un mage se présente.

Elena nous fait faire un petit tour de l’alliance, en commençant par la clairière : en 767 l’Ordre fut fondé et le premier tribunal a eu lieu ici même. La clairière de l’alliance est surtout utilisée pour accueillir les participants lors des tribunaux : au milieu de celle-ci se trouve la bâtisse de Fengheld, qui est toujours en construction ; Crintera a aussi son camp délimité (son enclos ?), de même qu’Irencillia a son chêne, car ce sont les deux autres domus magnae du Tribunal.

Non loin de là se dressent les quartiers des serviteurs, ainsi que les baraquements où les armes sont entretenues par le forgeron de l’alliance. Toute proche se trouve l’entrée de cavernes qui n’ont pas été complètement explorées (Note d’Oriane pour plus tard : penser à visiter ces fameuses cavernes). Nous arrivons ensuite à la loge des chasseurs, et juste à côté, le tas de poutres empilées constitue les restes de la Folie de Seneca. Seneca était un mage qui tenta de construire, en bois, la plus haute tour du monde ; malheureusement, il connut son Crépuscule final au cours de l’édification de sa tour et, depuis lors, les ruines ont été laissées en état pour témoigner des conséquences de la vanité. Enfin la Tour de Bonisagus contient la Grande Librairie ainsi que, dans les deux derniers étages, les appartements et le laboratoire du bibliothécaire, Andrus de Bonisagus, filius de Murion.

Puis nous repassons près de la pierre levée où sont traditionnellement remis les glyphes, cette pierre levée étant située à l’endroit où Notatus a réalisé pour la première fois le rituel d’Aegis du foyer. Un peu plus loin, nous longeons la maison de verre où réside Ricardus Caespus de Bonisagus, spécialisé dans la magie herbam. Ensuite, nous passons devant la forge de Verditius, occupée par Gudrun Tigurina de Verditius.

Pour finir, nous contournons les deux tours de Trianoma et de Notatus, qui abritent les sancta de plusieurs magi : la Tour de Trianoma est la plus récente des trois tours jumelles, mais un accident magique en a détruit les deux derniers étages. Au sous-sol se trouve le Dépôt Mercere, géré par Xavier de Mercere. La Tour de Notatus fut érigée par Notatus lui-même, qui fut le premier Primus de la Maison Bonisagus. Ces tours ont été élevées magiquement à partir d’un sortilège créé par Bonisagus pour ériger sa propre tour. Murion de Bonisagus, l’actuelle Prima, en occupe les deux derniers étages.

Les quinze mages de l’alliance se répartissent entre la Tour de Trianoma (les Bonisagi Trianomae et les mages d’autres Maisons) et la Tour de Notatus (les autres Bonisagus, dont Murion). La tour de garde, bâtie sur un promontoire rocheux, est la demeure de Filipus Niger de Flambeau, protecteur de Durenmar et maître en perdo.

En début d’après-midi, la Prima nous accueille en haut des marches du Forum d’Hermès. Murion est une femme assez âgée, ridée, au port altier, portant un manteau de plumes blanches : elle est la Praeco du Tribunal, la Prima de la Maison Bonisagus et elle dirige la Guilde du Chêne. Nous nous présentons à elle, et après les politesses d’usage, et une ou deux questions de Sigurd, nous pouvons vaquer à nos occupations.

Le compagnonnage littéraire

Dans le cadre du compagnonnage littéraire, Oriane prend rendez-vous avec le bibliothécaire pour lui présenter l’ouvrage d’hypnotisme que nous avons recopié à Dankmar. Quelques jours plus tard, le magister Andrus, sympathique et souriant, quoique fort occupé, reçoit la jeune Bonisagus dans ses appartements pour un petit déjeuner. La pièce est littéralement envahie par des montagnes de livres et de parchemins, et Oriane doit déplacer une pile d’ouvrages pour dénicher une chaise sur laquelle s’assoir. La jeune femme se présente : Bonjour, je suis Oriane de Bonisagus, filia de Conscientia. Et devant l’air inquiet du bibliothécaire, elle ajoute en souriant : Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas une adepte de l’expérimentation…

Andrus se montre intéressé par le projet de compagnonnage littéraire, félicite la jeune mage pour cette initiative et nous autorise à recopier un ouvrage de la Bibliothèque en échange du De Imperio Mentis Corpori. Notre prochaine étape, Wachterburg, étant une petite alliance dont la Prima est une Merinita, il nous conseille donc de ne pas y amener un texte traitant de la féerie, car ils ont probablement déjà des livres sur le sujet. A part ça, il nous laisse accès à tous les ouvrages de la Grande Librairie. Il ne reste plus qu’à en discuter avec les autres pour décider du tractatus que nous copierons.

Oriane et Caecilius

Oriane va ensuite saluer Caecilius, qui dort, comme à son habitude, dans un buisson entre les Tour de Trianoma et de Notatus. Le vieux mage semble ravi de cette attention : C’est bien que les jeunes d’aujourd’hui viennent saluer leurs aînés ; ça n’était pas comme ça de mon temps… conclut-il de manière quelque peu surprenante. Oriane en profite pour lui poser des questions sur Schadrit, évoquant le grand âge de la magicienne, demandant à Caecilius s’il se souvient l’avoir rencontrée lorsqu’elle est venue à Durenmar avec sa mater, et interrogeant le vieil homme sur les événements à l’origine de la création de Dankmar. Caecilius ne se souvient pas avoir rencontré la magicienne à l’époque. Il est lui-même dans sa 170e année, et il est possible que Schadrit soit légèrement plus âgée que lui. Par ailleurs, Caecilius ne se rappelle pas de ces événements anciens. Vous savez, pour me souvenir d’un passé aussi lointain, conclut le vieux Bonisagus, il faut que je lance un sort intellego.

La conversation s’oriente alors vers la mémoire, qui dépend de l’art mentem. Dans la foulée, Oriane raconte à Caecilius notre étrange voyage dans le regio magique qu’elle appelle le Palais du Dragon. Le vieux quaesitor soupçonne qu’un mage aurait pu nous jeter un sortilège. Cependant, tout cela l’intrigue et il promet de réfléchir à la question.

La Géographie de Ptolémée

Oriane va enfin voir un bibliothécaire de Durenmar pour trouver des informations sur la légende de Trianoma et du Dragon Primordial des Hespérides. Il y a deux types de visiteurs à la Grande Librairie fait remarquer le bibliothécaire en grommelant : ceux qui veulent un livre en particulier, et qui en connaissent le titre ; et ceux qui me racontent leurs recherches. Oriane fait manifestement partie de la deuxième catégorie, et son sujet de recherches est vraiment très pointu… Bien ennuyé, le bibliothécaire lui explique qu’il n’existe pas d’ouvrage sur les voyages de Trianoma.

Il revient toutefois quelques heures plus tard avec un ouvrage de Claudius Ptolemaeus intitulé De Cosmographia (La Géographie). En fait, explique le bibliothécaire, le Γεωγραφικη Yφηγησις (Geographike Hyphegesis) de Ptolémée est constituée, à l’origine, de huit volumes rédigés en grec. Ce livre est perdu et la Maison Mercere offre d’ailleurs une récompense de 100 pions de vis à qui lui apportera l’original de l’ouvrage. La bibliothèque de Durenmar ne possède qu’un seul des huit volumes.

Etant exemptée, en tant que Bonisagus, de travail de copie préliminaire, Oriane en entreprend immédiatement la lecture. L’ouvrage traite notamment d’astronomie, et l’auteur a mis au point une méthode pour dessiner une carte du monde habité : un système de repérage qui permet de localiser n’importe quel lieu à partir d’un point d’origine et de deux coordonnées, latitude et longitude. L’ouvrage complet dresserait une liste de lieux chargés de magie, et présenterait les coordonnées de 8 000 localisations. Toutefois, avec ce seul volume, il n’est pas possible de déterminer les coordonnées du point d’origine. Les Hespérides constituent probablement un lieu particulier, soit l’origine, soit un point limite du système. Quoi qu’il en soit, avec davantage de volumes, et donc davantage de coordonnées, on pourrait mathématiquement calculer ce fameux point d’origine. En lisant entre les lignes, Oriane devine que le système est encore plus complexe et passionnant qu’il en a l’air. En effet, il semble qu’il existe un lien arcanique entre les coordonnées d’un lieu et le lieu lui-même : à partir des coordonnées, on pourrait donc se rendre dans le lieu correspondant, les coordonnées constituant un véritable lien mystique avec ledit lieu ! Même si le système ne fonctionne probablement que dans les limites de l’Empire romain (là où a voyagé Ptolémée), posséder l’ouvrage complet serait d’un intérêt majeur, et sa valeur excéderait sans doute largement les 100 pions de vis offerts par la Maison Mercere.

Copies en série et autres activités printanières

Les autres mages consacrent la saison à recopier des textes à la bibliothèque, afin de pouvoir emprunter des ouvrages en été.

Herodius essaie d’entrer en communion avec le Sapin Noir qui se dresse, solitaire, non loin de Tour de Bonisagus : il ressent quelque chose de froid et de ténébreux ; l’arbre est manifestement lié à la forêt aux alentours et, accessoirement, il s’agit d’une source de vis perdo. Herodius ne cherche pas à en apprendre davantage pour l’instant… et lui aussi vient à la bibliothèque faire de la copie, afin de pouvoir étudier un ouvrage historique sur la création de l’Ordre la saison prochaine.

Tiliann va voir Maîtresse Tandaline afin de se constituer une liste d’ouvrages sur l’art auram à consulter ultérieurement. Tandaline lui conseille de commencer par le De Spiritu Aurae (L’Esprit du Vent), un summa d’auram dont elle est l’auteur.

Sigurd pour sa part souhaite étudier un ouvrage traitant des êtres démoniaques : le bibliothécaire est un peu étonné (c’est là une requête fort inhabituelle – et quelque peu inquiétante – de la part d’un jeune mage), mais lui indique tout de même un ouvrage traitant du sujet.

Finley va discuter avec Occultes, le chef de la Guilde du Tilleul. Le jeune Ex-Miscellanea essaie d’en apprendre davantage sur ce qui a entraîné la séparation de la lignée de Schadrit de la Maison Bonisagus. Occultes lui explique que nous sommes peut être la première génération à ne pas avoir vécu la Guerre du Schisme, et nous sommes donc moins marqués que nos aînés par ce sujet douloureux. En repartant, Finley croise Caecilius, qui vient s’entretenir avec Occultes.

Wolfgang essaie de savoir si la Bibliothèque possède des ouvrages sur les change-formes : il y en a, mais aucun qui traite de la capacité à se transformer, qui ne semble pas s’apprendre dans les livres. Du coup, il préfère aller discuter avec Xavier, afin d’essayer d’en savoir davantage sur son passé (Un de plus avec un passé mystérieux ; ça commence à faire beaucoup… songe Tiliann).

Eté 1223 : Saison de lecture

De Vita Bonisagi

Intrigué par les raisons ayant poussé Bonisagus à s’installer à Durenmar, Herodius se plonge dans le De Vita Bonisagi, un tractatus sur la vie de Bonisagus (et l’histoire de la création de l’Ordre) écrit par Trianoma elle-même.

Bonisagus serait né à Florence en 690. Son Don était puissant (peut-être avait-il un Don tapageur) et ses parents l’ont envoyé vivre chez son oncle, abbé de San Michaele. Plutôt que d’opprimer son neveu, celui-ci l’encouragea à étudier et l’autorisa à consulter sa bibliothèque. Quelques années plus tard, son oncle le conduisit auprès du sorcier Iozheza, un conjurateur de grande puissance vivant dans la campagne alentour, qui accepta de devenir le mentor du jeune homme.

Bonisagus suivit son parens, qui se consacrait à la découverte de secrets magiques, quitte à tuer pour s’en emparer. Ils explorèrent les côtes italiennes, faisant des recherches sur les cultes anciens, puis descendirent jusqu’en Égypte afin d’étudier le culte d’Osiris. C’est là que disparut le mentor de Bonisagus, et ce dernier continua son voyage tout seul. Dans les années qui suivirent, Bonisagus réalisa qu’il y avait nombre de points communs entre les différents cultes. Il poursuivit ses pérégrinations jusqu’en Perse, et accumula une quantité phénoménale d’ouvrages magiques rarissimes d’une valeur inestimable. Il rencontra plusieurs magiciens, et ces rencontres étant systématiquement belliqueuses, Bonisagus commença à réfléchir à la mise au point d’une défense magique.

A la suite d’un cambriolage dont il fut la victime, Bonisagus suivit la trace des voleurs (qui s’étaient emparés de nombreux livres) jusqu’à une caverne située dans les Alpes du sud et dans laquelle se dressait un autel consacré à Hermès. Après avoir disposé des malandrins, il décida de s’installer là et d’essayer d’unifier la magie et de créer une forme de résistance magique.

On n’entendit plus parler de lui pendant dix ans, jusqu’à ce que Trianoma, accompagnée de sa sœur, découvrit Bonisagus dans son repère. Leur première rencontre fut assez violente, mais la magie de Trianoma et de sa sœur ne réussit pas à percer les défenses magiques de Bonisagus. Vaincue, Trianoma accepta d’expliquer sa magie à Bonisagus, mais sa sœur refusa. Néanmoins, Bonisagus partagea ses découvertes avec elles au fur et à mesure des avancées de ses travaux, à l’exception du secret de la parma magica qu’il conserva pour lui seul.

La sœur de Trianoma perdit patience et quitta Bonisagus en emportant une partie de ses ouvrages. Trianoma réussit à convaincre Bonisagus de ne pas la poursuivre, car elle avait prophétisé que chasser sa sœur aurait conduit la magie à sa fin. Trianoma proposa alors à Bonisagus de créer une société où les mages vivraient en bonne intelligence. Bonisagus prit Trianoma comme apprentie, et un an plus tard, elle maitrisait à son tour le rituel de parma magica.

En 754, Bonisagus voyagea jusqu’à un ancien temple de Mercure situé dans la Forêt-Noire. Pendant ce temps, Trianoma parcourut l’Europe pour rencontrer des mages susceptibles de se rallier à leur cause. Treize ans plus tard, douze mages jurèrent fidélité à l’Ordre d’Hermès et fondèrent leurs Maisons, Trianoma s’en abstenant pour sa part. Bonisagus demeura à Durenmar pour former des apprentis. Trianoma prit également un apprenti, même si elle se consacra essentiellement à rester en contact avec les fondateurs pour les aider à asseoir le pouvoir de l’Ordre.

Oriane et Tandaline

Oriane va s’entretenir avec Tandaline de Bonisagus, de la lignée de Trianoma, pour l’interroger sur la légende de Trianoma et du Dragon des Hespérides. Tandaline lui confirme que Trianoma n’a pas rédigé d’ouvrage sur ses voyages ; même si c’est elle qui a effectivement fondé l’Ordre d’Hermès, elle est toujours restée en retrait – comme le montre sa décision de ne pas avoir sa propre Maison.

En ce qui concerne sa rencontre avec un Dragon, elle aurait, selon la version de la légende, eu lieu soit aux Hespérides, soit quelque par au-delà de l’Ethiopie. Quant au Dragon lui-même, il aurait pu être un Primordial, qu’on appelle parfois un Ancien. Ces Etres Primordiaux seraient à l’origine de la Magie : ils auraient fait naître la Magie en quelque sorte. Du coup, il ne s’agirait pas forcément d’un Dragon avec des ailes et autres attributs draconiques classiques, mais ce serait un aspect d’un des Primordiaux. Tandaline conseille à Oriane de consulter des ouvrages traitant des daimones (à ne pas confondre avec les démons) et de la théorie des aspects. Elle suggère notamment le De Spirituum Nominibus (Le Nom des Esprits) de Fortunata de Jerbiton.

Oriane et Occultes

Après avoir remercié Dame Tandaline, Oriane se précipite aussitôt vers la bibliothèque pour y consulter l’ouvrage de Fortunata. Mais, en chemin, elle est interceptée par Occultes de Bonisagus, qui souhaite s’entretenir avec elle.

A la suite de sa discussion avec Oriane, Caecilius est venu s’entretenir avec Occultes pour vérifier certaines informations. Oriane raconte donc à Occultes notre visite, il y a quinze ans de cela, dans le Palais du Dragon.
- Cela ne semble pas possible, fait Occultes après avoir écouté les explications de la jeune femme. Sauf que… Le mage semble hésiter, mais poursuit tout de même : Il existait par le passé un groupe de mages capables de faire ça. Tout cela est lié à la théorie des rêves. Ces mages maîtrisaient leurs souvenirs, et ils pouvaient même accéder aux souvenirs des autres. Ils pouvaient aussi tuer leurs victimes, qui mourraient dans d’abominables cauchemars. Vous ne trouverez rien sur eux dans les ouvrages. Tout ce qui était en rapport avec ces mages a été expurgé. Nous avons quelques ouvrages sur eux à Durenmar, mais ils sont tous au sous-sol. Ces mages constituaient un culte à Mystères, et Caecilius craint que vous n’ayez été envoyés dans ce regio par un survivant de ce culte.
Se remémorant les événements de cette période, Oriane trouve cette hypothèse peu probable, car elle n’avait rencontré aucun mage extérieur à l’alliance avant ces événements. Elle interroge donc Occultes sur ces fameux mages. Après un autre temps d’hésitation, ce dernier poursuit :
- Ces mages pouvaient pénétrer dans les rêves, placer du vis dans un objet rêvé, et le ramener dans le monde réel. D’après ce qu’on dit, la fondatrice de ces Mystères, une maga du Tribunal de Novgorod, eut un jour besoin d’un remède : pour cela, il lui fallait un œuf d’hippopotame ; elle est donc allée dans son laboratoire, elle en a rêvé, et elle est ressortie avec l’œuf. Ces mages étaient très craints, du fait de leurs capacités à plonger dans les rêves et les souvenirs d’autrui. Leur ordre se nommait Volshebnii Mechtateli, ce qui, en russe, signifie quelque chose comme les Rêveurs de la Magie. Ils n’étaient qu’une douzaine de membres, et ils ont tous disparus. (Ils ont été éliminés, traduit Oriane). La fondatrice était une Ex-Miscellanea, mais je ne me souviens pas de son nom. Je sais juste qu’il était composé de quatre lettres.
- Ce n’était pas V, I, E et A ? propose Oriane, essayant de faire s’emboîter deux pièces du puzzle.
- Non, ça je m’en souviendrais, répond Occultes.
- Ca aurait été trop facile, reconnaît Oriane.
- Caecilius ne voit qu’une seule piste, reprend Occultes. En fait, il n’y a qu’une personne en Europe qui pourrait vous aider. Il y a quelque temps, une jeune mage de la Maison Tremere aurait fait des rêves et aurait refondé l’Ordre en question sur de nouvelles bases. Sa devise serait : Avec les rêves commencent les responsabilités, ou quelque chose comme ça. Aux dernières nouvelles, cette mage résiderait dans le Tribunal de Loch Leglean, termine Occultes.
En discutant avec Occultes, Oriane apprend qu’il était le précédent Bibliothécaire de Durenmar. C’est ainsi qu’il a eu accès aux sous-sols de la Grande Librairie et aux livres mis à l’index. Malheureusement, son accès privilégié a été révoqué en même temps que sa charge.
Caecilius ne reviendra pas vers vous à ce sujet, conclut Occultes. Et pour ma part, je ne vous ai rien dit…

Remerciant mille fois l’ancien bibliothécaire pour cette non-conversation, Oriane repart d’un pas songeur vers la Tour de Bonisagus. Encore une nouvelle piste, songe-t-elle. Et à l’autre bout du monde, surtout par rapport à l’Ethiopie…

De Spirituum Nominibus

A la Bibliothèque, Oriane emprunte le De Spirituum Nominibus de Fortunata de Jerbiton (pour une fois, elle cherche un livre dont elle connaît le titre). Fortunata était une mage du Tribunal de Rome ; son sanctum était une île dont on ignore la localisation.

L’ouvrage explique que les daimones sont des créatures des Royaumes magiques qui interagissent avec le monde sous la forme d’aspects. Ils n’envoient ces aspects que sur Terre, et ils tirent leurs pouvoirs de leur véritable nom.

Il existe plusieurs types de daimones :
- Les Theoi sont les plus puissants. Ce sont généralement des Dieux qui avaient des rôles auxiliaires liés à la Nature, à la Justice, ou incarnant divers aspects culturels. Les daimones de se préoccupent pas d’avoir des adorateurs. Zeus et les autres Dieux du Dodecatheon étaient probablement des êtres féeriques, mais Helios, Prométhée ou Pallas (le Titan, pas l’épiclèse de la Déesse) étaient des daimones. Par ailleurs, certains Dieux comme Mithra (représentant notamment la loyauté, l’honneur, le soldat parfait) sont également des daimones.
- Ensuite viennent les Astra Planeta : la Lune, le Soleil, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Certains sont peut-être des Theoi, la Lune et le Soleil, par exemple, étant liés à Selene et Helios.
- Viennent ensuite les Leti, les esprits de la mort. Ils rassemblent les Keres, esprits de la mort violente qui suivent Ker ; les Thanatoi, esprits de la mort paisible, suivants de Thanatos ; les Akhylides, qui suivent Akhlys et représentent les esprits de la mort par le poison ou la maladie ; les Moroi, suivants de Moros, esprits des morts liées à la destinée (les morts dont le décès a été prophétisé par exemple).
- Il existe bien d’autres daimones : certains personnifient un phénomène ou un concept (les Télétarques, par exemple, sont les maîtres de la perfection) ; certains ont même été humains (l’âme d’un humain peut devenir un daimon au terme d’un processus nommé apothéose).

A la fin de l’ouvrage, l’auteur introduit la connaissance des Principes. Entre les lignes, Oriane devine que Fortunata, qui était une maîtresse des esprits, a créé un Mystère : Elle a développé ce qu’elle appelle des Principes (elle n’emploie pas le terme de Mystères, mais ça y ressemble franchement) pour commander aux esprits, pratiquer la magie spirituelle, se lier à un familier esprit, etc. En fait, il s’agit d’une sorte d’auto-initiation : Fortunata a créé des rites afin de s’initier elle-même à ses propres Mystères !

En l’absence de Conscientia pour rythmer plus ou moins son existence, Oriane travaille selon sa méthode désormais habituelle : se plonger dans des ouvrages pendant des heures et des heures d’affilée, sautant parfois plusieurs repas, et se rattrapant par la suite en engloutissant en une seule fois des quantités de nourriture phénoménales, avant de digérer en dormant ou en jouant de la harpe.

Lectures diverses

Sigurd essaie toujours de trouver quelqu’un qui puisse le renseigner sur les royaumes démoniaques et la dimension infernale. Devant son insistance à vouloir se plonger dans ce sujet sulfureux, on l’oriente vers Occultes. Ce dernier s’interroge sur l’intérêt qu’un jeune mage peut porter à ce domaine. Sigurd explique qu’il veut en apprendre davantage pour pouvoir se défendre contre les démons. Occultes lui répond alors qu’il est difficile de s’en protéger, et que seule la dimension divine est à même de le faire efficacement. En fait, le meilleur conseil qu’il puisse donner concernant les démons, c’est de les éviter. Pour lutter contre eux, il faut faire en sorte de ne pas y penser, de rester dans une aura divine, ou encore d’être un mage ayant une foi profonde.
Il lui indique néanmoins quelques ouvrages qui expliquent comment se protéger, ainsi qu’un sortilège de perdo vim nommé Bannissement des démons, qui affaiblit les démons, voire les détruit… à condition de pénétrer leur résistance magique. Sigurd passe donc le reste de sa saison à lire un tractatus de Petrus de Tytalus intitulé A Terra Ad Infernos : Ars & Usus Hermeticae Magiae In Proelium Contra Daemones (De la terre aux Enfers : Théorie et Pratique de la Magie Hermétique Appliquée à la Lutte Contre les Démons).

Wolfgang occupe sa saison à la lecture du De Cultu Heroum (Le Culte des Héros), un tractatus de Dominic de Mercere : il y trouve notamment un passage sur les signes permettant d’identifier le dieu ou la créature à l’origine de certains pouvoirs, pour éventuellement pouvoir les reproduire magiquement, le but ultime étant de découvrir le moyen de créer le Don.

Finley, lui, lit un summa traitant de l’art creo, le De Magia Creationis, une traduction latine réputée approximative du Γενεσεως Μαγεια de Theodosia de Jerbiton.

Pendant ce temps, Tiliann commence à dévorer le De Spiritu Aurae de Tandaline.

Automne 1223 : Le Sapin Noir

Sigurd et Oriane

Le ventre d’Alba commence à s’arrondir…

Oriane en profite pour aller discuter sérieusement avec Sigurd. En guise d’introduction, elle évoque l’ermite, notre voyage à Pfalz, l’influence démoniaque qui a probablement affecté certains habitants du village et le fait que le Διαβολοψυχη est potentiellement dangereux, surtout s’il a été écrit par un démon. Elle entre ensuite dans le vif du sujet en expliquant que, selon l’ermite, la rencontre de Sigurd avec les démons l’a certainement marqué, d’où sa sensibilité aux auras infernales et ses… pulsions. De ce fait, il est sans doute davantage enclin à suivre une voie pouvant mener à la damnation, comme semblent le montrer ses décisions récentes, mais il n’est probablement pas trop tard pour décider de mener une existence plus vertueuse conduisant à la rédemption. Bref, chacun est certes libre de choisir sa voie, mais Oriane estime qu’il est de son devoir, en tant que mage, camarade d’études depuis 19 ans et compagne de voyage, de demander à Sigurd de réfléchir à l’existence de ce choix et à ses conséquences à long terme. Elle est prête à l’aider à arpenter la voie de la rédemption, même si Isabelle sera peut-être plus à même de le conseiller en ce domaine.

Le compagnonnage littéraire (suite)

Wolfgang vole jusqu’à l’alliance de Wachterburg. Il leur explique le principe de notre compagnonnage littéraire et leur demande quel ouvrage serait susceptible de les intéresser. Les mages de Wachterburg ont déjà de nombreux textes consacrés à la Féerie. Par contre, ils se considèrent comme les Gardiens du Tribunal (d’où le nom de leur alliance) et cherchent à limiter l’influence des auras divines. Un livre sur le sujet leur serait utile.

Au retour de Wolfgang, Oriane demande au bibliothécaire un tractatus consacré aux auras divines. On lui propose le De Echibus Empyriis (Les Echos de l’Empyrée) de Beata de Jerbiton, et la jeune mage en réalise une copie. L’ouvrage traite notamment des auras empyréennes, qui sont des auras divines intrinsèques, non liées à l’adoration, et pouvant être émises par un lieu, un objet ou une personne (C’est manifestement ce type d’auras que nous avons ressentis au monastère de Rupertsberg et à Speyer, songe Oriane).

Le Sapin Noir

Herodius va voir Elena et lui explique qu’il s’intéresse au sapin noir qui se dresse non loin de la Tour de Bonisagus, et demande si cela poserait un problème s’il lançait un sort sur le sapin pour discuter avec lui. Elena n’y voit pas d’inconvénient, mais ce n’est pas une mage…

Avant de jeter son sort, Herodius se renseigne pour savoir s’il y a dans la Bibliothèque des ouvrages sur l’esprit de la Forêt-Noire. Il y en a, effectivement, mais il faudrait passer une saison de copie avant de pouvoir les consulter.

Herodius décide donc de lancer sans plus attendre un sortilège de communication avec les plantes pour s’entretenir avec l’arbre et lui poser plusieurs questions.
- Pourquoi as-tu décidé de quitter la forêt ? demande le Héron.
- C’est la marche du Roi de la Montagne, lui répond le sapin au bout d’un moment. La conversation est toujours très lente avec des plantes.
- Le Roi de la Montagne veut du mal à Bonisagus ?
- Non.
- Que veut le Roi de la Montagne ?
- Vengeance !
- Vengeance à propos de quoi ?
- Protéger fées forêt.
- De qui veut-il se venger ?
- Mages Durenmar.
- Bonisagus ne cherchait-il pas à protéger la forêt ?
- Bonisagus n’est pas là.
- Depuis quand le Roi de la Montagne veut il se venger ?
- Depuis que je marche.
- Que va faire le Roi de la Montagne une fois la marche terminée ?
- Vengeance !

Activités automnales

A l’exception d’Oriane (qui copie le De Echibus Empyriis) et de Wolfgang (qui en a assez des activités de scribe, et qui va plutôt dans la forêt aider les chasseurs de l’alliance), les mages entament une nouvelle saison de copie.

Hiver 1223 : Hiver studieux à Durenmar

Oriane demande à Othmar de recopier le De Echibus Empyriis, afin qu’on puisse en conserver une copie pour notre future alliance. Elle se plonge ensuite dans le De Parma Magica, un tractatus rédigé par Notatus lui-même.

Sigurd étudie le De Umbrarum Lucisque Regnis (Royaumes d’Ombres et de Lumière), un summa sur l’art mentem de Wilhelmina de Tremere.

Quelque peu impatient d’avoir un deuxième enfant, Finley recopie le sort de Fertilité d’Artemis (creo corpus 40), un sortilège de son père dont il a trouvé un exemplaire dans la Grande Bibliothèque, afin de pouvoir l’apprendre lorsqu’il en sera capable.

Tiliann essaie de dénicher un ouvrage sur l’étiquette féerique afin de trouver une idée de cadeau pour le Prince Alder, mais le seul texte disponible est le Tractatus De Urbanitate Erga Fatarum Populum Ad Magos Hermae Ordinis, que nous avions à Drachenfels. Du coup, elle poursuit la lecture du De Spiritu Aurae de Tandaline.

Wolfgang passe sa saison à recopier des documents pour la bibliothèque.

Herodius se plonge dans le De Historia Abnobae Silvae (Histoire de la Forêt-Noire), un tractatus de Lucretia de Bonisagus relatif à l’histoire de la Forêt-Noire, partie sud-ouest de la grande Forêt Hercynienne. L’esprit magique a été fracturé en deux au temps des Romains. Un de ces esprits a été en relation avec le Culte de Mercure, et a conclu un pacte qui a perduré du temps de Bonisagus. L’autre partie s’est réfugiée au sud, dans la partie la plus inaccessible de la Forêt-Noire, se nourrissant de la peur des mortels, acquérant des propriétés féériques et devenant le Roi de la Montagne Noire. C’est un esprit féerique d’une grande puissance. Il a essayé, en 1085, d’attaquer de front Durenmar ; plusieurs mages ont été capturés ou tués, mais les mages survivants ont créé un Aegis du Foyer qui est, à ce jour, le plus puissant de tout l’Ordre.

Comments

GnalsMD

I'm sorry, but we no longer support this web browser. Please upgrade your browser or install Chrome or Firefox to enjoy the full functionality of this site.