Ars Magica : Les Enfants de Drachenfels

LE PACTE D’OIREADH
Printemps 1226

Printemps 1226 : le pacte d’Oireadh

Nous nous rendons au village d’Oireadh, situé à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Tuaim, afin de rencontrer les mages parallèles installés dans les environs.

Adhamh Brathain

Le lendemain, nous recevons la visite d’un homme d’une cinquantaine d’années, de complexion méditerranéenne, qui arbore une longue barbe et s’appuie sur un bâton de marche. Il s’agît d’Adhamh Brathain, membre du Pacte d’Oireadh, un homme avenant et sympathique qui s’exprime dans un latin impeccable.

Oriane se présente à son tour, puis présente ses compagnons.
- Ah, vous êtes Ex-Miscellanea, fait Adhamh à l’attention de Sigurd. De quelle tradition ?
- Rustica ! Vous connaissez ? répond Sigurd, plein d’espoir.
- Oui.
- Ah, enfin quelqu’un de curieux qui s’intéresse aux Traditions ! lance Sigurd, ravi.
- C’est une magie maçonnique, non ? demande Adhamh.
- Qu’est-ce que vous entendez par là ? fait Sigurd, surpris par la question.
- Elle n’est pas issue d’une Tradition juive ?
- Ma mater ne m’a jamais parlé de ça, avoue Sigurd, quelque peu penaud.
- Et vous ? interroge Adhamh en s’adressant à Finley.
- Pharmacopien.
- C’est d’origine grecque, non ?
- Oui. C’est Crateus qui a créé cette Tradition, précise Finley, fier de connaître les origines de son art.
- Je suis moi-même un mage érudit, fait Adhamh.
- Ca se voit, répond aussitôt Sigurd.
- Erudit, c’est ma Tradition, explique Adhamh.
Oriane éclate de rire sous le regard amusé de ses compagnons et les tentatives de justifications de Sigurd. Lorsqu’elle retrouve contenance, elle se tient les mains et ajoute mezzo vocce : Daria, si tu nous entends… La conversation reprend.
- A mes heures perdues, je m’intéresse également à la philosophie expérimentale, ajoute Adhamh.
- Pourquoi n’êtes-vous pas membre de l’Ordre ? lui demande Sigurd.
- Je n’en avais pas envie, répond Adhamh en souriant. Et puisque je suis né dans le Connacht, j’ai toujours privilégié les traditions de la région. Il existe un pacte ancestral qui unit l’Ordre et les mages libres d’Hibernia, explique le sorcier. Ce pacte, qu’on appelle le traité de Cnoc Maol Reidh, implique que des enfants possédant le Don doivent être remis régulièrement à l’Ordre d’Hermès. C’est une sorte de tribut.
- Qu’en est-il de votre Tradition magique ? demande Oriane après un long silence.
- Il y a différents types de magiciens Erudits, répond Adhamh. Je pratique pour ma part les arts de l’érudition qui me permettent de fabriquer des charmes verbaux et des amulettes scripturales. Tout comme votre magie est séparée en techniques et formes, la mienne s’appuie sur trois techniques (Tueor : je protège ; Succuro : j’aide ; Vulnero : je blesse) et trois arts (Fortunam : la chance ; Magiam : la magie ; Salutem : la santé).

Au cours de la conversation, on apprend également qu’Adhamh est allé étudier à l’université de Bologne, et que les mathématiques constituent son sujet de prédilection. En réponse aux questions d’Oriane, il explique qu’à Bologne, il n’est pas interdit aux femmes de suivre les cours de l’université. Par ailleurs, la bibliothèque possède un tome de la Géographie de Ptolémée !

Oriane interroge ensuite Adhamh sur la philosophie expérimentale.
On peut parvenir à des résultats concrets en réalisant des ligatures. Ce sont de petits charmes utilisant les principes des arts libéraux, de la philosophie ou de la médecine. Il existe trois types de formules : les inceptions astrologiques, qui sont des ligatures formées à partir des arts libéraux ; les régents alchimiques, issus de la philosophie ; et les thériaques, créées à partir de la médecine.

Pour illustrer son propos, Adhamh donne à Oriane quelques exemples de ligatures :
Prenons un exemple d’inception astrologique : en étudiant la position de Mercure vis-à-vis du Scorpion, on peut déterminer si une personne est prompte à utiliser le mensonge, si elle va le faire un jour donné, et en déduire si la personne a dit ou non la vérité. En ce qui concerne les thériaques, on pourrait créer un emplâtre à base de moutarde qui aide à la récupération.
Adhamh a appris cela à l’Université, mais cela ne fait évidemment pas partie du cursus classique…

La philosophie expérimentale n’implique pas d’avoir le Don. Par contre, il faut être magister in artibus en philosophie, en arts libéraux et en médecine. C’est de la magie naturelle.

Note d’Oriane pour plus tard : Aller à l’université de Bologne pour consulter la Géographie de Ptolémée, assister à des cours et découvrir la philosophie expérimentale.

Umor Ard Mac Adar

La nuit suivante, on reçoit dans notre campement la visite d’un homme de haute taille (environ 1,90 m), extrêmement large (1,50 m de carrure), musclé, la cinquantaine apparente, doté d’un beau visage et de quatre bras. Il se présente comme Umor Ard Mac Adar.

Oriane, qui a écouté les légendes contées par les bardes, suppose qu’il s’agît d’un Fir Bolg. En réalité, il fait partie de la tribu des Fir Domhnann. Nous étions trois tribus, raconte Umor, en gaélique, d’une voix grave et lente : les Fir Bolg sont la tribu la plus grande ; c’est de là que vient le Roi. Les Fir Domhnann sont la tribu la plus petite ; ils ont adopté les coutumes des Fomoire et de la déesse Danu. Et il y avait les Gaileoin. Ce sont les vieux peuples qui ont envahi l’Irlande il y a longtemps. Sur les îles, ils ont rencontré les Fomoire ; ils nous ont asservis et réduits en esclavage. Quand les Tuatha De Danann sont arrivés, on a perdu la première bataille de Mag Tured ; ils ont dit qu’on pouvait choisir une province pour s’installer ; on a choisi le Connacht. Maintenant, on est sur les Iles d’Aran, mais j’ai toujours foi en Domnu, la déesse de la nuit. On était les petits-fils de Nemed. On avait servi comme esclaves en Grèce avant de s’échapper et de revenir en Irlande.

Afin d’essayer d’y voir plus clair dans cette histoire, Oriane interroge Umor sur les différents peuples d’Irlande. Je ne sais pas qui était le premier peuple, répond-il de sa voix calme et posée. Le seul survivant était le druide Fintan, qui a survécu à une grande inondation en se changeant en saumon ; Fintan était le premier druide d’Irlande, et selon les légendes, il vit toujours. Le deuxième peuple était les Nemediens, descendants de Nemed ; Nemed est arrivé en Irlande en fuyant son chez-lui. Le troisième peuple était les Fomoire : ce sont des géants descendus des îles du nord. Les Fir Bolg sont la quatrième tribu à arriver en Irlande, avec les Fir Domhnann et les Gaileoin ; ils ont créé les provinces. La cinquième tribu, ce sont les Tuatha De Danann ; ce sont des Fées, des Dieux féeriques.

Umor, quant à lui, est un druide de la Déesse Domnu. Elle lui confère des pouvoirs liés aux ténèbres, à l’obscurité et aux soins. Ses quatre bras sont liés aux croisements de son peuple avec les Fomoire. Il aide Adhamh dans ses recherches, et les membres du Pacte arrivent à travailler ensemble, s’ils se rencontrent deux par deux, et pas trop souvent…

Oriane l’interroge ensuite sur la Guerre du Schisme.
Des druides de l’Ordre sont venus voir les druides d’ici et ont dit : Rejoignez-nous ou mourrez. Les druides d’ici ont dit non. Il y a eu la guerre et les druides de l’Ordre ont gagné. Puis, des mages de l’Ordre sont venus tuer les druides de l’Ordre, qui se sont alliés avec les druides d’ici.

Umor est en fait très vieux, même s’il ignore quel âge il a. Quoiqu’il en soit, il était déjà là quand les druides de l’Ordre sont venus tuer les druides d’Irlande.

Mor Greannach

Quelques jours plus tard, on reçoit la visite d’une vieille femme voûtée, édentée et vêtue de vêtements verts et bleus. Elle se nomme Mor Greannach, et elle nous explique, en gaélique, qu’elle travaille essentiellement à fabriquer des potions, des baumes et des concoctions à base de plantes.
- Chez nous, on appelle ça des Pharmacopiens, intervient Finley.
- C’est un peu snob, tout ça, fait-elle remarquer de sa voix rauque.
- Vous utilisez quelle méthode pour vos préparations ? demande le jeune Ex-Miscellanea.
- La méthode empirique, répond Mor, mi-figue mi-raisin. J’essaie jusqu’à ce que ça marche…

La conversation s’oriente vers les routes féeriques, dont elle connaît l’existence mais qu’elle n’a jamais empruntées, puis sur le travail du Pacte d’Oireadh. Adhamh est un chercheur et c’est lui qui a pris l’initiative de fonder le pacte. Il essaie de créer une théorie unifiée de la magie. Avant, on travaillait aussi avec l’alliance de Praesis, mais les exigences de Mehdhbh (qu’elle prononce Mab ; il s’agît de l’ancienne prima de Praesis, pas de la Reine féerique) sont devenues incontrôlables.

Oriane lui pose des questions sur la Reine Mab, mais Mor, manifestement inquiète, refuse d’aborder le sujet ; puis sur la Guerre du Schisme, mais la sorcière n’a pas l’air de savoir grand-chose sur le sujet (Non, je suis trop jeune pour ça, minaude-t-elle).

Tuathal An Iarrainn

Le lendemain, un homme d’une quarantaine d’années, plutôt costaud, vêtu de façon élégante, se présente dans notre campement. Il s’agît de Tuathal An Iarrainn.

- Quelle est votre spécialité magique, lui demande Oriane ?
- Je suis un sorcier. Je pratique l’Ars Goetia, répond-il.
- Ah, de la magie invocatoire, fait la jeune Bonisagus. Qu’est-ce que vous invoquez exactement ?
Tuatha explique qu’il invoque des esprits. Et comme il est forgeron, il lui arrive de lier des esprits aux objets qu’il forge (Il a, par exemple, créé un marteau auquel il a attaché un esprit lié au feu afin d’en faire un meilleur marteau de forgeron). En réponse aux questions d’Oriane, il précise qu’il n’invoque ni des démons de la dimension infernale, ni (semble-t-il) des daimones : les esprits qu’il invoque n’ont pas de nom. Ca peut être des esprits magiques ou féeriques. Il sait les appeler (pour parler avec eux), les contrôler et les lier. Il peut passer des contrats avec ces esprits, certains acceptant par exemple d’être liés pour une durée déterminée…

Quant à Adhamh, il essaie de trouver un lien entre les différentes capacités magiques des membres du Pacte.

Adhamh (suite)

Avant de rentrer à Tuaim, Oriane demande à parler à nouveau avec Adhamh. En réponse aux questions de la jeune maga, il explique avec modestie qu’il n’a pas la prétention de créer une théorie unifiée générale de la magie, mais qu’il cherche à unir les traditions magiques qu’il connaît. Oriane lui propose son aide, mais il faudrait rester de nombreuses années ici ; ce qui risque d’être compliqué, fait Adhamh en la remerciant.

La jeune Bonisagus l’interroge également sur les routes féeriques d’Irlande (Adhamh ne les a jamais empruntés ; il sait toutefois qu’elles sont protégées par des gardiens), la Reine Mab (une puissante fée qui a été tuée et dont le corps a été enterré) et la Guerre du Schisme (dont il ne sait pas grand-chose ; vous devriez plutôt demander à des mages de votre Ordre qui vivent dans la région).

A l’issue de cette conversation, on lève le camp pour rentrer à Tuaim.

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UN PETIT TOUR EN IRLANDE
Années 1224-1225

Printemps 1224 : Dernière Saison à Durenmar

Carnets roses

Au terme d’un accouchement long et difficile, qui nécessite l’intervention de la sage-femme de l’alliance ainsi que des sorts de soins incantés par Finley, Alba donne naissance à un garçon bien portant. Sigurd ne manifeste pas d’enthousiasme excessif et consacre le printemps à faire de la copie pour la Bibliothèque. Les parents n’ayant guère d’idée de prénom pour le moment, ils se décideront ultérieurement. (Ca ne sera probablement pas Désiré, songe Oriane en soupirant. Pourquoi pas Jean, la voix de celui qui, comme moi, crie dans le désert ?)

Au fil des semaines, Isabelle s’inquiète que le fils de Sigurd ne soit toujours pas baptisé. Oriane la rassure en lui disant que, dans l’alliance, la mortalité infantile doit être faible. Elle propose toutefois à Sigurd d’aller faire baptiser son fils dans un village tout proche (il y en a un à une journée de voyage), mais le jeune Ex-Miscellanea ne semble pas pressé et le baptême est repoussé après notre départ.

Par ailleurs, les efforts de Finley et Tiliann portent enfin leurs fruits, et Tiliann tombe enceinte.

La vie de Mercere

Wolfgang lit le Mercere – De Vita Operibusque Fundatoris (Mercere : Vie et Œuvres d’un Fondateur), un tractatus d’Aldico de Mercere.

L’auteur y explique qu’on ne connaît pas les origines de Mercere et qu’on ignore où il a appris la magie, mais qu’il existe plusieurs théories sur le sujet : Mercere aurait été un descendant de Circé et d’Ulysse, ou d’autres héros selon les versions ; il aurait été une incarnation médiévale du Dieu Mercure ; à l’âge de vingt ans, il aurait déjà voyagé à travers toute l’Europe.

Mercere aurait été le premier à rejoindre la cause de Trianoma, et il aurait prêté serment de la servir loyalement, elle et son Ordre. Ils auraient même été amants. Il aurait voyagé à travers toute l’Europe avec Trianoma pour trouver les autres Fondateurs. Mercere a enseigné à Bonisagus la magie qu’il connaissait, notamment des rituels mercuriens de fertilité et la magie des change-formes. Les deux hommes seraient devenus amis. Le Don de Mercere était réputé faible.

Mercere s’installa à Harco. L’alliance devait être un lieu de rencontre, d’échange et de commerce. Craignant que l’Ordre ne se fissure du fait de la distance entre les mages, Mercere entrepris la création de portails magiques ; c’est d’ailleurs lui qui a apporté à l’Ordre le rituel de Portail d’Hermès. A l’origine, toutes les domus magnae étaient ainsi reliées à Durenmar. Mais le fonctionnement des portails d’Hermès s’est avéré plus complexe qu’il n’y paraissait au premier abord, et au fil du temps, certains portails sont tombés en panne et personne n’a pu les réactiver.

Impressionné par sa rencontre avec Bonisagus, Mercere aurait promis à ce dernier des droits sur ses apprentis. Et de fait, il a confié à Bonisagus ceux qu’il a trouvés, et n’a conservé comme apprentis que ses propres enfants. Mercere se considérait comme un Bonisagus en tout sauf en nom.

Mercere perdit le Don lors d’une de ses visites à Durenmar : il travaillait avec Bonisagus lorsque son Don fut détruit dans un accident de laboratoire. Les causes de cet accident sont sujettes à conjectures : certains estiment que le Don de Mercere, ou sa parma magica, étaient trop faibles ; d’autres croient que Mercere aurait abandonné son Don volontairement. Bonisagus a tenté de restaurer le Don de son ami mais il n’y est pas parvenu. A la fin de sa vie, Bonisagus considérait d’ailleurs que c’était là son plus grand échec, et un signe du mal inhérent au monde que la magie puisse détruire si aisément ce que Dieu seul peut créer.

Après cette tragédie, la personnalité de Mercere changea drastiquement. Tout d’abord, il disparut pendant une décennie, au cours de laquelle il aurait essayé de retrouver son Don. Lorsqu’il revint, il adopta des vulgaires qui le servaient pendant quinze ans comme des apprentis mages. Il les appelait ses enfants, et leur prodiguait des enseignements. Il leur faisait prêter serment et leur inculquait que leur devoir premier était de soutenir et de supporter la vision de Trianoma.

Cela suscita des problèmes au sein de l’Ordre, car certains mages estimaient qu’il fallait posséder le Don pour jouir du statut de mage hermétique. Une majorité de magi penchait pour une révision du Code, afin que soit explicitement indiqué que le Don était requis pour devenir membre de l’Ordre. Trianoma prononça alors un discours enflammé en faveur de Mercere : depuis lors, les mages de la Maison Mercere possèdent le privilège exceptionnel de pouvoir prendre des vulgaires comme apprentis. Mercere promit qu’ils prêteraient le Serment d’Hermès, serviraient l’Ordre de manière désintéressée et respecteraient ceux qui possédaient le Don.

Mercere mourut peu après. Son corps fut incinéré selon les rites du Culte de Mercure, en présence de plusieurs fondateurs, dont Trianoma. Selon certains témoins, un être aux sandales ailées apparut dans la fumée du bûcher funéraire et emmena Mercere avec lui. Depuis lors, Mercere vivrait parmi les Dieux.

Activités printanières

Oriane lit le De Parma Hermaetica, un tractatus sur la parma magica de Hariste de Tytalus.

Eté 1224 : compagnonnage étendu

Au début de l’été, une Toque Rouge nommée Brian arrive à Durenmar. Il vient du Tribunal d’Hibernia et a un message pour le Prince. La missive apprend à Aedh le décès de son père, survenu il y a quelques mois. Il doit rentrer au Connacht aussitôt que possible et, malgré les réticences de Sigurd qui propose de le laisser voyager seul, Oriane décide que nous devons accompagner le Prince chez lui et propose aussitôt des modifications substantielles à notre itinéraire.

- Quelque part, on peut comprendre les réticences de Sigurd, résume Wolfgang, car cela termine notre compagnonnage à Durenmar. Oriane propose un changement de plan et donc d’aller en Irlande aider le Roi Aedh, passer ensuite en Ecosse pour trouver quelque part une mage Tremere, et enfin reprendre notre compagnonnage en sens inverse…
- C’est vrai qu’étant en Irlande, ce serait dommage de ne pas aller en Ecosse, fait remarquer Oriane, bien décidée à profiter de l’occasion pour rencontrer l’héritière des Volshebnii Mechtateli. Ensuite, il me semble avoir entendu Finley proposer de faire un tour par la Bretagne, avant de reprendre le compagnonnage par Waddenzee, puis Heorot, Crintera, etc. Bref, le même qu’avant, mais à l’envers…
- Ca va effectivement quelque peu perturber notre programme de compagnonnage, intervient Tiliann en se joignant à la conversation. Non, soyons honnêtes, ça le fait voler en éclats ! Si je comprends bien, la décision d’aller en Irlande avec Aedh est déjà prise… Hum, c’est effectivement une occasion à ne pas manquer, et bien tant pis pour la Cour de Printemps, on la visitera la prochaine fois qu’on passera dans le coin… dans quinze ans. Ca va me laisser un peu plus de temps pour trouver une idée de cadeau… Ceci dit, ils vont faire la gueule à Wachterburg, eux qui s’attendaient à recevoir un tractatus sur les auras divines d’ici un an ou deux.
- On n’a pas exactement voté, avoue Oriane. Mais bon, le Prince nous a aidés sans hésiter lors de notre premier voyage en Irlande, il a sauvé la vie d’Isabelle et de Sigurd, et c’est un de nos compagnons de route. On ne peut décemment pas le laisser repartir en Irlande tout seul ! Sans compter que, le temps qu’il arrive dans le Connacht, plusieurs mois se seront écoulés depuis le décès de son père, et il risque d’avoir besoin d’aide pour recouvrer son trône. Si ça se trouve, tout se passera très bien, mais on ne sait jamais : après neuf ans d’absence du Prince et six mois de vacance du trône, quelqu’un s’y sera peut-être déjà installé… Ceci étant, Sigurd pense que certains préféreraient peut-être rentrer à Drachenfels, d’autant qu’on va y passer en descendant le Rhin. Pour ma part, je ne le crois pas : nos compagnons de voyage étaient volontaires pour découvrir le monde, c’est l’occasion de le faire. Comment hésiter quand, en plus du Saint Empire Romain Germanique et d’un minuscule bout de la Pologne et de la Transylvanie, on vous propose de découvrir l’Irlande, l’Ecosse, voire la Bretagne ? conclut-elle avec un certain enthousiasme.
- Disons qu’après ce que l’on a vu, il y en a peut-être certains qui sont un peu moins enthousiastes… grommelle Sigurd. Bien sûr, on va aider le Prince. C’est juste trois ou quatre ans qui partent en fumée. Après on peut inventer le compagnonnage international : en résumé, toutes les alliances sauf celles de notre Tribunal… On apprendra quand même des trucs…
- Oui, d’autant qu’on ne vote jamais, fait remarquer Wolfgang non sans une certaine justesse : on s’adapte plutôt aux envies et aux desiderata d’Oriane… Ceci étant pour ma part je ne suis pas contre filer un coup de main au nouveau roi d’Irlande. Etant pour ma part un peu Irlandais, je lui dois bien ça ; et comme je suis aussi un peu Ecossais, je ne peux qu’approuver l’escapade en Ecosse. Et puis, deux saisons de copie, c’était déjà suffisamment barbant. Le seul truc c’est qu’il faudra que vous prépariez les potions de longévité pendant notre compagnonnage.
- Grrmmm. Je suis simplement la voie (voix ?) de l’éthique, grommelle Oriane, reconnaissant à contrecœur qu’il y a quelque véracité dans les paroles du jeune Mercere. Et puis, je n’y suis pour rien si les républiques ne sont plus à l’honneur en ce moment, plaisante-t-elle. Bon, ceci dit, tu as parlé comme un Irlandais, Wolfgang. Ou comme un Ecossais… Mais il me semble aussi t’avoir entendu dire il y a quelques années que tu étais un peu Breton. Ce n’est pas le moment de l’oublier ! Après tout, il faut bien faire plaisir à Finley… Et je me demande parfois si tu ne serais pas un peu Grec, tant qu’on y est… Quant aux rituels de longévité, il faudra juste penser, d’ici quelques années, à s’arrêter dans une alliance pour les élaborer. Ou dans plusieurs alliances, car il n’y aura pas de laboratoire pour tout le monde en même temps. Après, on peut aussi, selon la tradition, demander à nos parentes de préparer notre premier rituel. Ceci dit, à titre personnel, je ne pourrai probablement pas concevoir un rituel de longévité avant quelque temps : il y a trop d’inconnues dans mon existence pour pouvoir créer un rituel vraiment adapté…
- Oh là là, on n’y est pas encore aux potions de longévité, intervient Tiliann. On n’a même pas 25 ans… On se calme, on respire un grand coup, et on profite du voyage… De toute façon, on va pas y rester 10 ans en Irlande (enfin, normalement), on aura tout le temps de repasser par Drachenfels une fois de retour et de travailler à nos potions… Pour la mienne, je verrai bien une bonne moitié de corpus, pas mal d’auram et peut être une petite pincée d’herbam… Non, moi ce qui m’embête le plus, c’est de ne pas avoir le temps de passer par la Cour de Printemps comme prévu, et de devoir attendre encore plusieurs années avant d’espérer en savoir un peu plus sur mes parents… Mais bon, y’a des priorités dans la vie, j’en mourrai pas !
- Effectivement, on ne peut pas laisser le nouveau roi partir seul, approuve Finley. Il faut qu’on l’aide déjà à rentrer chez lui et peut être à reprendre son trône. Le rituel de longévité risque de compliquer encore un peu le trajet de compagnonnage, mais il faudra bien qu’on retourne à Drachenfels pour le faire, donc il faudra peut-être faire attention à ne pas être du côté de Roznov au moment où on en aura besoin. Un autre souci, c’est peut être Jiphella : on ne lui a pas parlé du compagnonnage étendu et je ne sais pas comment elle le prendra si dans 10 ans on n’a toujours visité qu’une alliance du Tribunal, ou si on ne lui ramène Larinda que dans 30 ans…
- En soi, je suis pour le compagnonnage étendu, acquiesce à son tour Herodius, du moment que Larinda vient et même si ça va être plus compliqué pour que je repasse à Crintera pour continuer mon initiation.
- Il faut bien que Larinda vienne avec nous, le rassure Oriane, le sourire aux lèvres : on a promis à sa mater qu’elle ferait tout le voyage en notre compagnie… Et puis, un bon compagnonnage, ça ne se fait pas en dix ans. J’ai toujours tablé sur un minimum d’un an par alliance en moyenne, soit une bonne quinzaine d’années a priori. Et pour le moment, après deux alliances, on est dans le rythme.
- Et dire qu’on était à deux pas de la Cour de Printemps… soupire Tiliann. Dans combien de temps on part ? demande-t-elle, pleine d’espoir.
- Je pense que la date de départ va dépendre d’Aedh, répond Oriane. Ceci dit, nous n’avons toujours pas de présent pour le Prince Alder…
- Alors ça c’est vraiment dommage. Ca tombe mal. On aurait pu visiter une Cour féerique…
ironise Wolfgang. Il vaudrait mieux ne pas trop tarder. Sachant qu’en route il va falloir trouver un moyen de payer le voyage pour 28 personnes… La bonne nouvelle c’est qu’avec ce détour, vous aurez tout le temps pour trouver un présent pour le Prince Adler. Et vu que vous êtes dans la réflexion pour les cadeaux, vous pouvez déjà songer au cadeau de mariage d’Aedh….
- Tout cela à l’air très alléchant, intervient Herodius, mi-figue mi-raisin. Maintenant je vais pouvoir calculer combien j’ai de temps de vol de chaque alliance jusqu’à Crintera. Ah oui, tant qu’à faire, je veux bien qu’on passe dans le Tribunal Provençal, j’aimerais aller discuter un peu avec la chef du clan Arelie.
- Je vote pour ! conclut Oriane. Avec un peu de chance, la guerre y sera peut-être terminée…

Retour à Drachenfels

D’un commun accord avec Oriane, le groupe décide donc de se rendre en Irlande pour accompagner le Prince. Elena nous prévient toutefois que la traversée risque d’être délicate, car les marins sont très superstitieux et n’apprécient guère les mages (Comme les aubergistes… et les autres, songe Oriane) : il faudra donc soit débourser une somme astronomique, soit posséder notre propre bateau. De plus, il y a peu de chances que nous trouvions un navire suffisamment grand pour voyager tous ensemble : il faudra probablement entre deux et quatre bateaux pour embarquer toute notre troupe. Cependant, avec une dizaine de livres (soit tout de même un sixième de notre pécule de départ), nous devrions pouvoir atteindre l’Irlande.

Après avoir pris congé de nos hôtes (Oriane va notamment saluer Caecilius, Occultes et Xavier), nous quittons Durenmar. Notre première étape nous ramène à Drachenfels : le voyage, d’une dizaine de jours, se déroule sans encombre. Les retrouvailles sont joyeuses, mais nous ne pouvons malheureusement rester que quelques jours, à peine le temps de refaire des provisions et de passer un moment trop bref avec nos parentes, avant de partir pour Anvers.

Alba et Sigurd décident de prénommer leur fils Wilhelm, mais ne le baptisent pas pour le moment.

Julia nous confirme qu’il nous sera plus facile d’acheter nos propres navires et d’engager des marins plutôt que de chercher un capitaine qui accepterait de nous accueillir sur son propre bateau. Par contre, reste à déterminer ce que nous ferons desdits navires une fois arrivés à destination. Aedh suggère de proposer à notre équipage de conserver les bateaux (ce qui semble un bon moyen de convaincre des marins d’embarquer avec nous) et, une fois assis sur le trône du Connacht, il nous fournira navires et équipages pour nous rendre en Ecosse.

Tiliann discute de la féerie avec Scipion, et notamment des présents à apporter dans les Cours. La nature du cadeau dépend bien sûr de la fée à qui on l’offre, mais une performance artistique est généralement appréciée, car les fées peuvent s’en nourrir, à condition que la performance soit exceptionnelle. Dans une moindre mesure, un objet magique peut convenir, la fée pouvant se nourrir du vis qu’il contient. Enfin, le simple fait qu’un mage accepte de s’installer dans une Cour féerique pendant une longue période peut être suffisant, encore faut-il éviter de commettre des impairs durant le séjour, et parvenir à quitter la Cour le moment venu…

La discussion dérive sur l’initiation aux Mystères. Il faut d’abord trouver un mystagogue (un professeur) qui accepte d’enseigner le mystère. Il faut ensuite accomplir une quête qui permet de comprendre le mystère et d’en obtenir les bénéfices, sachant que l’initié reçoit également, au cours de l’initiation, une contrepartie moins positive, comme une vulnérabilité au fer par exemple.

Note de Tiliann : Petit rappel des quatre grandes familles de mystères féeriques.
- Les Mystères Arcadiens sont liés à l’Arcadie : aller en Féerie, ressembler à une Fée, etc.
- Les Mystères du Petit Peuple visent à utiliser la Magie dans un esprit plus féerique.
- Les Mystères des Illusions concernent le Glamour et les illusions.
- Les Mystères de la Nature sont pratiqués par les Traditionalistes de la Maison. Anecdotique et inintéressant selon Scipion.

Finley se renseigne sur la Bretagne auprès de sa mère. Celle-ci lui recommande de se rendre à Brocéliande naturellement, mais aussi à Carnac, Bréat, la Roche-aux-Fées (près de Rennes) et Belle-Ile (qui abrite des sources de vis aquam et herbam). C’est aussi en Bretagne que se trouvait Branugurix, la domus magna de la maison Diedne. Et si nous sommes pris d’une soudaine envie de rencontrer des Tytalus (Quelle idée ! songe Tiliann), on peut se rendre à l’alliance d’Expectatio dans les Monts d’Arrée.

Tiliann, toujours pragmatique, demande ce qu’il se passe quand on découvre une source de vis. Nos parentes nous expliquent que, si on est loin d’une alliance, on peut se permettre d’en récolter, même si c’est délicat : on pourra toujours rétrocéder le vis ultérieurement en plaidant la bonne foi. Par contre, si on est proche d’une alliance, il y a de fortes chances pour que le vis leur appartienne et, dans le doute, mieux vaut ne pas y toucher.

Oriane parle à Conscientia des Volshebnii Mechtateli et de leur magie des rêves. Celle-ci n’en a pas entendu parler mais trouve que c’est une bonne piste. Reste à retrouver la jeune maga qui a refondé le culte, mais normalement, il ne devrait pas y avoir beaucoup de Tremere dans le Tribunal de Loch Leglean.

Oriane va également dire saluer l’Ermite, et discute avec lui de notre voyage. Il a beaucoup entendu parler de l’évangélisation de l’Irlande (et notamment de Saint Patrick, Saint Colomba et Sainte Brigitte), mais il n’a jamais eu l’occasion de se rendre sur place. Par ailleurs, malgré la christianisation de l’île, ses habitants sont encore très attachés à leurs traditions.

Voyage en Irlande

Le voyage

Quelques jours après notre arrivée, nous quittons Drachenfels en direction d’Anvers. Nous arrivons à Cologne au bout d’une journée, puis continuons dès le lendemain à descendre le Rhin. Deux jours plus tard, nous arrivons à Xanten, connue pour la cathédrale Saint-Victor (érigée là où fut enterré le chef de la légion thébaine après le martyre de son unité) mais aussi pour être le lieu de naissance de Siegfried.

Après une visite éclair de Xanten, nous poursuivons notre voyage et atteignons Clèves le lendemain. La ville est surmontée d’un château, le Schwanenburg, d’où émane une légère aura féerique. Le château est mentionné dans le Parzival de Wolfram von Eschenbach, un poème récité par de nombreux minnesänger. Le texte évoque notamment la légende de la jeune Elsa, dont le père décède sans héritier mâle. Elsa subit alors la cour de nombreux prétendants, et l’un deux étant sur le point de la forcer à l’épouser, elle fait appel à un champion pour la défendre. Un mystérieux chevalier en armure blanche arrive sur une barque tirée par des cygnes, défait le prétendant, épouse Elsa, mais la prévient qu’elle ne devra jamais essayer de savoir qui il est. Les deux époux vivent heureux et deux enfants naissent de leurs amours. Mais fatalement, au bout de plusieurs années, Elsa demande son nom au chevalier. Ce dernier, qui ne peut le révéler (probablement du fait d’un interdit féerique), quitte le château et disparaît sur sa barque. Ainsi s’achève l’histoire d’Elsa et de Lohengrin.

Trois jours de péniche plus tard, nous débarquons à Anvers, à la frontière du Tribunal de Normandie. C’est un port de commerce et des bateaux font régulièrement la traversée jusqu’en Angleterre. Sigurd et Wolfgang recherchent des navires à vendre et, au bout d’un mois, nous avons acheté trois cogues. Il ne reste qu’à trouver l’équipage. Sigurd se charge donc de recruter des matelots, pendant que Wolfgang s’occupe des pilotes. Au bout d’un mois supplémentaire, nous avons trois équipages d’une demi-douzaine de personnes pour nous emmener à bon port, équipages qui pourront conserver les navires à l’arrivée en Irlande. D’après les pilotes, le voyage devrait durer entre deux semaines et un mois, selon les vents et l’état de la mer.

Nous appareillons vers la fin de l’été.

Présentation générale de l’Irlande

Pendant le voyage, le Prince nous parle de son pays. Nous allons dans le Connacht, sur la rive ouest de l’Irlande. On va accoster au port de Dún Bhun na Gaillimhe (« le fort à la bouche du Gaillimh »), un fort maritime construit il y a un siècle, qui constitue le port le plus proche de Tuaim, la capitale du Connacht, où Aedh devrait être couronné en tant que Ri Coicid ((« roi d’un cinquième » soit le roi d’une des cinq provinces d’Irlande: Munster, Ulster, Meath, Leinster et Connacht). Le seul titre supérieur à celui de Ri Coicid est celui de Haut Roi (Ard Ri), mais il n’y en a plus depuis quelques décennies à cause de ces enc… d’Anglais. En fait, le dernier Haut Roi d’Irlande a abdiqué à la fin du siècle dernier : il s’agissait du demi-frère du père d’Aedh.

Un clan constitue une famille noble ; chaque clan a un chef ou un roi (un Ri), et un certain nombre de clans font partie d’un Tuath (« tribu » soit une grande famille de clans). Un roi peut aussi régner sur plusieurs lignées. Enfin, aucun roi, quelle que soit sa place dans la hiérarchie irlandaise, ne peut revenir sur les décisions d’un autre roi.

La noblesse est constituée de plusieurs strates : les Derbfine constituent la haute noblesse ; les Grad Flatha rassemblent les autres nobles, ce qui inclut également les prêtres, les moines, les juges, les docteurs et les poètes, ainsi que les plus riches des fermiers libres. Les filles et les garçons de noble naissance sont souvent élevés dans d’autres familles en tant qu’otages. Chaque homme libre possède une valeur d’honneur, qui permettra de prévoir sa rançon en vaches (les vaches constituant une mesure de la puissance d’un seigneur).

Parmi les roturiers, les Daorcheile, on trouve les fermiers libres (Boaire) qui ont plusieurs vaches et un lopin de terre qu’ils pourront peut-être racheter un jour ; les fermiers non libres (Bothach), qui ont une vache et un lopin de terre qu’ils louent mais ne pourront jamais acheter ; et les esclaves. Le type de fermage est souvent héréditaire.

Le droit d’aînesse n’existe pas en Irlande : chacun peut choisir son héritier. Au cas particulier, Aedh a été désigné par son père comme héritier légitime, et ce dernier a même négocié sa succession auprès des Anglais, afin d’obtenir le soutien de la Couronne.

Le Connacht, en échange d’une promesse de vassalité et de féauté, est peu touché par l’occupation anglaise. Les Anglais restent donc plutôt en périphérie de la province. Ils sont représentés par le Justicar d’Irlande, Geoffroy de Mareys qui dispose d’une autorité locale conférée par le roi Henri III d’Angleterre.

Aedh ne sait pas vraiment quelle sera la situation à notre arrivée. Un de ses cousins s’est peut-être emparé du trône, ou pourra décider de se rebeller ultérieurement. Quoi qu’il en soit, nous devrions être fixés assez rapidement. Précision importante, ce n’est pas parce que deux personnes sont mariées que leurs familles sont nécessairement alliées.

Au niveau de la religion, l’église catholique est la plus représentée, mais peu de mariages sont célébrés devant un prêtre, sauf chez les nobles, et généralement dans le but d’améliorer les relations avec le clergé.

L’année est découpée en deux saisons seulement : été et hiver (Ben et le printemps alors ?! se désole Tiliann). Aedh nous parle également du shinty, un sport assez violent opposant deux équipes et dont l’objectif est d’envoyer une balle dans les buts adverses en la propulsant à l’aide de crosses de bois. Les autres jeux locaux consistent notamment en des lancers de troncs d’arbre, ce qui ne semble guère dans nos cordes.

Il n’y a pas beaucoup de mages de l’Ordre dans le Connacht, un accord avec les druides locaux spécifiant que les alliances hermétiques devraient rester aux frontières de la province. Les mages que nous pourrons rencontrer dans le Connacht seront sans doute des mages parallèles ou itinérants.

Les mages locaux sont appelés druides et sont reconnus comme tels, mais cela reste très mystique pour la population. Saint Colomba, Saint Patrick et Sainte Brigitte sont les trois principaux saints d’Irlande. Il y a quelques peuples magiques comme les géants. Les bardes sont très respectés, presque autant que les druides, et certains ont également des capacités magiques. Il y a même des écoles bardiques en Irlande, qui accueillent essentiellement des hommes (même s’il n’est théoriquement pas impossible de croiser une femme barde).

Enfin, la prononciation en gaélique des noms de nos Maisons est quelque peu particulière, même si on arrive tout de même à les reconnaître : Bonaosagas (prononcé « Bonisogus »), Ghionaocas (prononcé « Giurnicus »), Marcaere (prononcé « Moceru »), Tréamaere (prononcé « Tremeu »), Bionaere (prononcé « Biorneru »), Criothamon (prononcé « Criumun »), Merinite (prononcé « Merinitiu »), Bheardaoiteas (prononcé « Verditius »), Flambo (prononcé « Flonboe »), Iarbiteon (prononcé « Tcharbiutiun », Taotalas (prononcé « Titulus ») et t-Eigse Measceal (prononcé « Tchéchou Miescul »).

Arrivée en Irlande

La traversée se passe à merveille, même si quelques passagers ont le mal de mer. Nous bénéficions de vents favorables et arrivons en vue des côtes du Connacht à la toute fin de l’été, après 16 jours de mer. Nous accostons au port de Dún Bhun na Gaillimhe. La forteresse, bâtie en bois, surplombe la baie de Gaillimhe d’un côté et le Lough Gaillimhe (un grand lac) de l’autre.

Après une journée de route à travers une région étonnamment verte, nous atteignons Tuaim, la capitale de la province. C’est une petite ville assez agitée dans laquelle se dressent cinq monastères. Nous nous installons au palais royal, construit en pierre, c’est un château assez récent (construit en 1164 d’après Aedh), pendant qu’Aedh va prendre connaissance de la situation.

Le Prince reçoit les membres de son clan, les envoie rechercher les otages dans la région et prépare son couronnement. Son père, Cathal, a négocié directement avec la couronne d’Angleterre pour qu’Aedh soit reconnu comme le successeur légitime du trône du Connacht. Il a même obtenu que des terres auparavant possédées par William de Macy soient rétrocédées au Connacht.

La population de la cour devient beaucoup plus jeune avec notre arrivée et celle des otages. La population noble augmente également avec le retour des compagnons d’Aedh.


h3. Automne 1224 : Couronnement et mariage

En automne, Tiliann donne naissance à un petit garçon, qui s’avère posséder le Don !

Au palais, nous faisons la connaissance du barde de la cour, Lugaid Connachtach, l’Ollamh (qui se prononce Oliv) du Roi. Il a la cinquantaine, des cheveux blancs, des sourcils broussailleux et des yeux d’un bleu de glace. Lugaid connaît un peu le latin, ce qui lui permet de s’entretenir avec nous, notre gaélique laissant à désirer. Oriane va le saluer et discute longuement avec lui.

Lugaid était le barde du père d’Aedh, avant de se mettre au service du fils. Régulièrement, le soir, il vient conter des histoires et jouer de la musique, fascinant la cour par son talent. Comme Scipion, il possède un don qui rend ses prestations particulièrement vivantes et immersives. Il maîtrise également l’ars memoriae, ce qui lui permet de mémoriser des centaines des récits.

Il existe différentes écoles bardiques en Irlande, la plus réputée étant celle du Connacht. En effet, la plupart des Hauts Bardes (les bardes du Haut Roi, lorsqu’il y en avait un) sont issus de cette école (l’école de Dromnea), fondée il y a six siècles par un maître barde qui avait reçu le don de poésie en buvant le lait d’une vache féerique. Le dernier Haut Barde est mort en 1218 : il réglait notamment les différends entre bardes et non-bardes, influençait les courants de la poésie, et était le seul à disposer du pouvoir de retirer son titre à un barde. Devenir barde nécessite au moins neuf années d’études dans une école bardique, voire davantage pour devenir un maître barde. On peut parfois croiser des fées qui se font appeler maître barde, souvent à raison. Les bardes peuvent voyager sans encombre dans la région, bénéficiant de la tradition d’hospitalité, et même les brigands n’osent s’en prendre à eux.

Oriane interroge naturellement Lugaid sur d’éventuelles histoires de dragons, mais le barde lui dit qu’il n’y en a guère en Irlande. Au passage, il n’a pas non plus entendu parler d’un petit drake nommé Varkos…

En ce qui concerne les sorciers de la région, ils sont généralement très farouches et peu disposés à rencontrer des mages de l’Ordre d’Hermès. Toutefois, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Tuaim, plusieurs sorciers travaillent ensemble (ce qui est tout à fait exceptionnel) et vivent dans les environs du village d’Oireadh. Ils accepteraient peut-être de nous rencontrer…

Aedh est couronné roi un mois après notre arrivée, il épouse Rivannon peu après, et le ventre de la reine commence à s’arrondir.

Tiliann passe la saison à s’occuper de son bébé, et en profite pour apprendre des rudiments de gaélique en discutant avec les servantes du palais.

Finley part récolter des plantes pour renouveler son stock ; il se rend compte qu’elles sont particulièrement propices à son art, et qu’il doit être aisé de trouver des sources de vis dans la région. Il apprend lui aussi des rudiments de gaélique.

Oriane consacre toutes ses soirées à écouter les contes et les chants des bardes, exerçant son oreille à défaut de comprendre encore toutes les paroles. Lugaid accepte de devenir son professeur, le barde étant agréablement surpris par les connaissances musicales de la jeune mage.

Wolfgang apprend l’étiquette locale en fréquentant assidûment la cour. Quant à Sigurd, il découvre lui aussi le gaélique.


h3. Hiver 1224 : jours paisibles à Tuaim

Le début de l’hiver est froid et humide, mais il ne neige pas. Elsa finit par se lasser de ce climat, et la neige commence à tomber, ce qui permet à Frostie de nous rejoindre…

Sigurd, Finley et Tiliann poursuivent leur apprentissage du gaélique. Oriane progresse en musique, et Wolfgang dans l’art du conte.

Rivannon accouche à la fin de l’hiver d’un petit Tagd Dall. A la même période le ventre de Tiliann s’arrondit à nouveau.

Sigurd et Alba font baptiser le petit Wilhelm par l’archevêque du Connacht.

Le pays est plutôt calme, le roi rend la justice selon la coutume locale : un voleur voit ses mains et ses pieds coupés, et un violeur se fait brûler les yeux (une mesure clémente, car il s’agit d’un noble). Gloups !

Printemps 1225 : Révolte dans le Connacht

Une révolte éclate et se répand dans le Connacht ; elle est menée par Aed et Toirdelbach, deux cousins d’Aedh. Le roi est obligé de partir à la guerre et nous conseille de ne pas voyager dans la région. Sigurd se propose pour accompagner l’ost, espérant ainsi remonter dans l’estime du Roi. Les troupes royales rencontrent les forces rebelles, et Sigurd se retrouve au cœur de la mêlée. Il lance les javelots enchantés qu’il avait préparés et met hors de combat quelques ennemis sans être lui-même touché. Il participe ensuite aux soins des blessés de l’armée d’Aedh.

Les autres mages restent sagement au palais. Tiliann passe la saison à étudier la musique avec Senach, un barde senior de la cour ; Oriane apprend le gaélique ; Finley va cueillir des plantes pour maintenir son stock à niveau et fournir des potions de guérison à l’armée. Quant à Wolfgang, il poursuit son apprentissage du métier de conteur.

Rivannon est de nouveau enceinte.

Eté 1225 : Révolte dans le Connacht (suite)

Les hommes d’Aedh sont rejoints par des troupes anglaises, qui viennent soutenir le roi légitime du Connacht. Les combats restent sanglants, mais l’ost royal se rapproche de la forteresse des félons pour en faire le siège. Sigurd est sérieusement blessé à l’épaule lors des combats, mais rien de trop grave cependant. Il rentre néanmoins à Tuaim, et est totalement remis au bout d’un mois.

Oriane et Finley continuent leur apprentissage du gaélique, Tiliann poursuit ses cours de musique, et Wolfgang va écumer les tavernes pour s’immerger dans la culture locale, apprenant au passage quelques jeux de dés. Toujours prudent, il prépare également des chariots pour que nous puissions fuir, au cas où la guerre tournerait mal pour Aedh.

Automne 1225 : l’alliance de Praesis

Au début de l’automne, la révolte est enfin matée, et le Roi termine l’année en s’occupant des otages et autres captifs.

Profitant du retour au calme, Oriane propose que nous allions rendre visite à des mages de la région. Il y a deux alliances hermétiques proches de Tuaim : Praesis, située à une cinquantaine de kilomètres, et Circulus Ruber, sise à environ 75 kilomètres de la capitale. Il y a également le Pacte d’Oireadh qui est à une cinquantaine de kilomètres dans une troisième direction.

Nous décidons d’aller tout d’abord à Praesis, qui se dresse à la limite entre les provinces du Connacht et de Meath. Nous sommes accompagnés par Isabelle, Amelle, Elsa et Brigit…

Praesis

Il nous faut deux jours pour arriver en vue de l’alliance de Praesis, bâtie sur une petite île à la pointe du Lough Ree. Là se dresse une tour de pierre de construction récente, haute de quatre étages, ainsi qu’une vieille tour écroulée, quelques bâtiments en ruines et les restes d’une palissade en bois carbonisée.

Nous attendons sur un petit ponton au bord du lough, et un homme d’une quarantaine d’années, qui parle un latin parfait, vient bientôt nous chercher. Vu la taille de la barque, il faut trois voyages pour effectuer la traversée. Un mage d’une cinquantaine d’années vient nous accueillir : il est vêtu de grandes robes et se présente comme Guillaume de Flambeau. Il nous distribue des glyphes avant de nous faire entrer dans l’alliance. Là une douzaine de mercenaires nous observent attentivement, reluquant surtout les femmes…

Une fois dans l’alliance, nous découvrons un mirador de bois qui se matérialise à l’extérieur des restes de la palissade. Au sommet se dresse un homme d’au moins 2m30, très musculeux, aux longs cheveux blancs, vêtu de cuir clouté, tenant à la main une espèce de lance constituée d’os humains et surveillant la direction de l’ouest. Un peu plus loin, au bord du lac, un crâne est planté au bout d’une pique.

Un autre homme sort de la tour en pierre, et invite Guillaume à nous faire entrer pour le repas. Nous pénétrons donc dans le grand hall, au rez-de-chaussée de la tour de pierre, et y sommes accueillis par Ballack de Tytalus, un homme d’une soixantaine d’années, actuel primus de Praesis. Nous sommes bientôt rejoints par un homme vêtu de robes noires agrémentées de symboles gaéliques qui, dans un latin plus hésitant que ses confrères, se présente à nous comme Baetain de Tremere. Enfin, une femme d’une quarantaine d’années arborant des tatouages bleus sur les mains et le visage se joint à nous et se présente comme Cacht de Criamon.

Ballack de Tytalus

Nous expliquons que nous venons du Tribunal du Rhin pour accompagner Aedh, le nouveau Roi du Connacht, et que nous en profitons pour visiter la région. Ballack nous répond en germanique : il est originaire de l’alliance de Fengheld et a quitté le Tribunal du Rhin il y a quelques années. Il nous demande si nous souhaitons nous installer dans la région, et nous lui répondons que nous ne sommes que de passage, et que nous souhaitons ensuite visiter le Tribunal de Loch Leglean et la Bretagne. Guillaume, s’il ne vient pas de Bretagne, est toutefois originaire du Tribunal de Normandie.

Ballack nous explique qu’une bonne partie de l’alliance a été détruite au cours d’une guerre de magiciens, qui s’est terminée deux ans auparavant. Au fil de la conversation, nous finissons par comprendre que l’ancien apprenti de Ballack, Holsner de Tytalus, est venu s’installer en Irlande en 1213. Il a été rattrapé et tué en 1215 après avoir volé la lance d’os (le Cathach de l’alliance), et sa tête a été plantée sur une pique (celle-là même que nous avons aperçu un peu plus tôt, ainsi que se le fait confirmer Sigurd). Ballack l’a appris et, n’acceptant pas un tel manque de respect, est venu venger son ancien apprenti. S’ils l’avaient simplement tué, je n’aurais rien eu à redire, nous explique Ballack. Il a joué et il a perdu, ça arrive. Mais ils ont planté sa tête au bout d’une pique, et je ne pouvais pas laisser passer ça…

Prenant cela comme une offense personnelle, il a donc déclaré une guerre des magiciens à l’alliance. Il a été rejoint par ses compagnons actuels, et au terme de trois années de siège, ils ont fini par vaincre les anciens occupants (des mages hermétiques et des mages parallèles), dont certains sont parvenus à s’enfuir. L’alliance est encore éprouvée par cette guerre et a un peu de mal à se réorganiser. Par contre, Ballack n’a pas enlevé de la pique la tête de son apprenti.

Il n’y a quasiment pas de mage hermétique dans le Connacht, car un ancien pacte réserve cette région aux mages parallèles. Dans les autres provinces, par contre, nous trouverons des alliances hermétiques. Les plus proches sont l’alliance d’Elk’s Run, qui se trouve au sud, dans le Munster, mais à la frontière du Connacht ; et Circulus Ruber, située plus près de la côte. Les autres alliances sont beaucoup plus loin. Il y a en tout 8 ou 9 alliances de l’Ordre sur l’ensemble du Tribunal, et nous devrions y être relativement bien accueillis.

A la demande d’Oriane, Ballack nous explique ce qu’est un Cathach (qui se prononce Cahok). En fait, il s’agît d’un trésor magique qui a été volé à quelqu’un d’autre, qui a une histoire, et qui doit être exposé à l’extérieur de l’aegis du foyer. Dans le Tribunal Hibernien, un Cathach est indispensable pour pouvoir fonder une alliance. Si le Cathach est volé, l’alliance perd tout simplement le droit d’exister. Si un mage vole un Cathach, il doit le conserver et le protéger de toute agression durant un an ; au terme de ce délai, il peut réclamer toutes les ressources et possessions de l’alliance qui le détenait, y compris les jetons de vote. Le Cathach de Praesis est un javelot fait avec les os de Coinchenn, une sorcière monstrueuse tuée par Art, le fils de Conn. Les vols de Cathach sont assez rares, mais cela arrive de temps à autre.

Après le repas, on s’installe tant bien que mal dans la tour en ruine, ouverte à tous les vents, pour y passer la nuit. Le lendemain, on réfléchit à notre programme pour les jours à venir : les deux mages les plus abordables sont Ballack de Tytalus et Cacht de Criamon ; en effet, Baetain de Tremere retourne s’enfermer dans son laboratoire, et Guillaume de Flambeau part en patrouille avec ses hommes.

Cacht de Criamon

Nous allons donc nous entretenir avec Cacht, qui est originaire du Tribunal d’Hibernie.
- Sur quoi travaillez-vous, actuellement ? lui demande Oriane, qui a toujours été intriguée par les recherches sur l’Enigme de la Maison Criamon.
- Je ne travaille pas, répond Cacht. C’est plus spirituel…
- C’est tout de même de la recherche ? insiste la jeune Bonisagus.
- Non. C’est plutôt des chemins. C’est l’illumination, fait la Criamon, cryptique. J’ai pris une voie peu empruntée, explique Cacht en réponse au regard curieux et inquisiteur d’Oriane. Une voie qui va à l’encontre de la moralité même de la Maison Criamon.
- C’est-à-dire ?
- On fait les choses que les autres Criamon ne peuvent pas faire. On tue, on détruit, pour que les autres n’aient pas à le faire. Mais bon, c’est la voie qui nous choisit, ça n’est pas nous qui choisissons la voie. Quand j’ai appris que Ballack avait mis le siège devant Praesis, je suis venu l’aider, car c’était une bonne occasion de tuer et de détruire. Mais maintenant que c’est fini, je m’ennuie, conclut-elle de sa voix monocorde.
- Et il y a suffisamment de conflits dans le Tribunal pour que vous ne vous ennuyiez pas ? demande Oriane, quelque peu déstabilisée par cette réponse inattendue.
- C’est une voie qui demande de la patience, reconnaît Cacht. C’est la magie qu’ils utilisent qui crée la discorde. Après, il y a des démons, mais il n’y en a pas trop dans la région. Sinon, je peux aider à générer des conflits.
- Si vous n’étiez pas intervenue ici, vous pensez vraiment que d’autres Criamon auraient dû le faire à votre place ? interroge Oriane, quelque peu incrédule.
- Si personne n’était intervenu dans ce conflit, l’univers aurait été un peu moins harmonieux. Moi, je sais gérer la discorde : je l’absorbe. Je la mange et après je peux m’en servir. Parfois, la discorde peut se trouver dans peu de chose, comme manger de la viande par exemple.
- Pardon ? fait Oriane, déconcertée.
- Par rapport à l’harmonie parfaite, la discorde commence vite. La plupart des Criamon sont des ascètes. Moi, je fais tout ce que les ascètes ne font pas : j’ai commencé par manger de la viande, puis la bamboche, des rapports sexuels, et après on commence à détruire les choses. Cette voie est nécessaire pour pouvoir participer à des rites avec d’autres Criamon. C’est quand j’ai atteint la deuxième station de mon mystère que mon Don est devenu aussi criard.

Lassée par notre conversation, elle s’éloigne dans la tour en ruines pour méditer. Oriane s’approche pour l’observer de plus près mais, pendant qu’elle médite, de petits objets autour d’elle explosent, une table en bois tombe en poussière, et nous ressentons son Don malgré la distance et notre Parma. Brrr…

Le lendemain, nous apercevons Cacht dans la cour de l’alliance, s’entraînant à manier l’épée avec les soldats.

Peu désireux de nous attarder plus longtemps, nous repartons vers Tuaim dès le lendemain.

Automne 1225 : la route féerique

En chemin, Oriane, Tiliann et Amelle ressentent une forte aura féerique, qui se situe à 300 ou 400 mètres de notre route. On sent bien qu’il y a un regio, mais pas d’entrée en vue. Pour Tiliann, il n’est pas impossible qu’il s’agisse d’un chemin féerique qui mène probablement quelque part. Si c’est bien un chemin, il faudrait trouver l’une des deux entrées. On pourrait éventuellement forcer le passage et entrer à partir d’ici, mais il risque d’être difficile de faire passer avec nous ceux qui n’ont pas le don de double vue. Par contre, depuis l’intérieur, on doit pouvoir quitter la route facilement.

Nous longeons la route féerique (de l’extérieur, en double vue) pendant une journée (Oriane note en passant que la puissance de l’aura féerique varie d’un endroit à l’autre) avant d’arriver à ce qui ressemble à un seuil. Nous apercevons un village (Rathbeg) à une centaine de mètres de là, ce qui nous permettra de nous repérer si nous voulons y revenir un jour. Nous dressons le camp et nous installons pour la nuit.

Au matin, nous nous engageons sur la route féerique : elle est pavée d’or, et une forêt aux arbres inconnus se dresse de chaque côté du chemin. Soudain, une femme apparaît devant nous. Elle a la quarantaine et s’appuie sur un vieux bâton de marche.
- Qui sont ceux qui veulent emprunter Slighe Assail ? lance-t-elle.
On se présente et la femme nous explique qu’elle est la gardienne de la route.
- Où disiez-vous que mène cette route ? tente Tiliann.
- Je n’ai rien dit. Pff… des débutants, ajoute-t-elle en soupirant. Vous êtes sur une des cinq grandes routes : la route d’Assail, qui part du siège royal et traverse la plaine centrale jusqu’à Roch Crogan. Vous voulez emprunter la route ?
- Oui, répond-on aussitôt.
- Alors l’épreuve vous devez passer.
- Une épreuve, soupire Sigurd, qui semble penser que nous allons forcément échouer.
- Ouais ! lance Tiliann, plus optimiste.
- Bon, l’enthousiasme de celle-ci compense le pessimisme de celui-là, fait la gardienne. Sinon, c’était perdu d’avance. Bon, puisque vous êtes des débutants, je vais vous poser une question facile : Qu’est-ce que la magie ?

La question, très ouverte, nous laisse dubitatifs. Oriane tente une réponse académique, mais ce n’est pas ce qu’attend la gardienne, et la jeune Bonisagus reconnaît volontiers que sa réponse n’est pas convaincante. Sigurd tente une réponse différente, mais sans plus de succès. Tiliann lance alors un petit sort creo auram. C’est mieux mais ça manque d’enthousiasme, commente la femme. Tiliann enchaîne alors avec un sort plus puissant, mais ce n’est pas plus satisfaisant pour autant (C’est juste plus puissant, tranche la gardienne). Puis, Finley tente un sort de creo vim pour rendre magique une pierre, mais ça n’est pas la réponse attendue (Ca manque d’originalité). Tiliann lance alors un sort de magie féerique sur la route, mais cela ne convient pas non plus. Oriane a bien une suggestion, à savoir se faire transformer en statue de glace par Elsa, ce qui, outre l’usage du pouvoir féerique, permettrait peut-être à la Bonisagus de découvrir un indice dans le Palais du Dragon. Mais les autres mages sont peu enthousiastes à l’idée de voir Oriane se faire congeler, et de devoir patienter jusqu’au soir pour qu’elle retrouve sa mobilité habituelle. Bref, à court d’idées, nous abandonnons finalement la route et rentrons normalement à Tuaim.

Quelque temps après notre retour, Tiliann accouche avec difficulté d’une petite fille.

Nous passons la fin de la saison à progresser en gaélique.

Hiver 1225 : second hiver à Tuaim

Rivannon met au monde le petit Cathall Dall, le second fils d’Aedh.

Tiliann progresse en musique, pendant qu’Oriane et Sigurd continuent d’apprendre le gaélique. Finley, de son côté, découvre l’art délicat de l’enseignement.

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DURENMAR
Année 1223

Printemps 1223 : Voyage vers Durenmar

La Forêt-Noire

Dès le début du printemps, nous faisons nos bagages et nous préparons au départ, car Dankmar, c’est bien, mais en fait pas tant que ça… Nous discutons pour savoir si nous passons dès maintenant à la Cour de Printemps, mais comme pour l’instant nous n’avons pas trop d’idée de cadeau pour le Prince Alder, nous choisissons d’aller d’abord à Durenmar pour avoir le temps d’y réfléchir.

Avant de partir, Larinda demande directement à Sigurd s’il ne préfère pas attendre la naissance de ses enfants :
- Ce ne sont pas vraiment mes enfants, répond sans sourciller le jeune Ex-Miscellanea.
- Ah, pardon, tes neveux et nièces, intervient Amelle, caustique.

Nous laissons donc Dankmar derrière nous et nous dépêchons de quitter les bois pour rejoindre la route de la Forêt-Noire avant la nuit. Le lendemain, nous suivons la route en direction de Rottweil et campons à l’extérieur de la ville avant d’aller visiter les lieux. De nombreux habitants se promènent accompagnés de gros chiens à l’air inquiétant : la ville a bâti sa fortune en faisant le commerce de cette race de chien particulière, le Metzgerhund (littéralement Chien du boucher). La route continue vers Tübingen, prochaine étape de notre périple. Nous suivons ensuite le cours de la Neckar et, au bout de deux jours, nous obliquons dans la Forêt-Noire pour atteindre Durenmar. Alors que la nuit commence à tomber, nous arrivons enfin à destination : nous sommes en vue du moulin et de la tour de garde.

Les deux orphelines

Pendant le voyage, Tiliann et Oriane, qui marchent à l’arrière du convoi, discutent tout en cheminant.

Tiliann, manifestement préoccupée elle-même par la question, demande à Oriane ce que ça lui fait d’être une orpheline et de ne pas connaitre ses vrais parents…

- D’une certaine manière, commence Oriane en réfléchissant, Conscientia est ma mater. C’est elle qui a trouvé mon Œuf, c’est elle qui a décidé de le faire éclore, c’est elle qui m’a mise au monde. Mes premiers véritables souvenirs, qui datent d’avant ma naissance, sont la chaleur de ses expériences pour me couver, et le son de sa voix pendant qu’elle travaillait dans son laboratoire. C’est la première personne que j’ai vue lorsque j’ai brisé la coquille de mon Œuf. C’est elle qui m’a élevée, elle qui m’a donné tout l’amour maternel qu’une enfant est en droit d’attendre, et plus encore. J’ai eu tellement de chance de la rencontrer. Je suis sa filia, affectivement et hermétiquement, et elle est ma mater. Que je ne sois pas sa fille au sens généalogique n’est qu’un détail sans importance.
Par contre, continue Oriane, l’ignorance est horripilante. Bon, tu me diras que c’est vrai dans tous les domaines : c’est agaçant de ne pas parvenir à ouvrir la Boîte, de ne pas savoir ce qu’il y a derrière la porte scellée par le Sceau du Dragon, ou plus récemment, d’ignorer ce qui s’est produit pendant la Guerre du Schisme, de ne pas connaître le Grec ou de ne jamais aller rama… grmm, bref, passons. D’accord, tout ça est agaçant, mais c’est un agacement constructif : comme dirait Socrate, l’ignorance nous fait ressentir un manque, un vide ; la prise de conscience de ce vide agaçant déclenche le désir de le combler, et ce désir nous incite à rechercher la connaissance. C’est une puissante motivation pour des philosophes, ou pour des mages. En tous cas, pour moi, c’est le cas.
Mais en ce qui concerne mes origines, ce manque se double d’un sentiment de… d’incomplétude. Ce n’est pas seulement que je ne connais pas mes parents, mais je ne connais pas non plus leur nature. Et du coup, je ne sais pas vraiment qui je suis, ou ce que je suis. Alors oui, j’aime dire que je suis un Dragon, parce que je suis née d’un œuf de dragon, que j’ai des yeux de dragon, une température de dragon, que je résiste au feu, que je fais peur à tout le monde comme un dragon, ou juste parce que c’est amusant ; enfin, c’était amusant quand j’avais trois ans, pour effrayer Finley… Bref, je dis ça parce que c’est plus simple, et qu’il faut bien dire quelque chose, mais en vérité, je n’en sais rien. Rien du tout. C’est une étiquette, tout simplement. Alors certes, peut-être que je suis un puissant Dragon, qui va apprendre à se transformer et qui va vivre mille ans, surtout si on écoute Sigurd. Mais bon, même Conscientia a l’air d’en douter… Ou peut-être que je suis simplement un truc, une chose indéterminée, inachevée, abandonnée, ni un dragon, ni une jeune fille, juste un nouveau monstre bizarre issu d’une expérience ratée. Je ne sais pas. Mais je veux savoir. Je le veux vraiment. Je veux explorer le Palais de mes souvenirs, je veux rencontrer de vrais dragons, y compris le Dragon Primordial des Hespérides qui a discuté avec Trianoma, je veux retrouver mes parents, mais surtout je veux savoir ce que je suis, et si j’ai une place quelque part dans ce monde. Ou si ma place est ailleurs. Ou au rebut. Je veux savoir. Je veux connaître la vérité, même si elle fait mal. Voilà. Pour moi, c’est ça être une orpheline.
- Je te trouve plutôt réussie comme expérience, moi ! répond Tiliann en souriant.
- Merci, mais je ne suis pas certaine que ce soit une opinion largement partagée, surtout par les garçons… commente Oriane en faisant la moue. Enfin, bref, continue…
- Oh, t’en fait pas, tu finiras bien par rencontrer quelqu’un. Ca sert aussi à ça le compagnonnage, hihihi…
- Grrmmm. Quand je parlais de compagnonnage matrimonial, je pensais surtout à Isabelle. Pour Elsa ou moi, il faudrait un miracle. Ou plutôt deux miracles… Et comme dirait Conscientia, tu peux toujours prier, mais ne soit pas déçue si tu n’es pas exaucée, parce que c’est ce qui va arriver, finit Oriane en souriant.
- Un dragon qui discute avec une fée, des mages qui vivent dans des regios magiques, des forêts peuplées de fées et qui ont une conscience à elles, et tu viens me dire que tu ne crois pas aux miracles ? réplique Tiliann. Les miracles, c’est tous les jours qu’on les croise, il suffit juste d’ouvrir les yeux et d’y croire…
- Indiscutablement, tout cela est une source d’émerveillement quotidien pour la philosophe, rétorque la jeune Bonisagus. Et peut-être que si j’étais une vieille ermite de quatre-vingt-dix ans, je m’en contenterais totalement. Mais que veux-tu, les Humains – et les Dragons – ont besoin d’autre chose que de nourriture et de philosophie pour être pleinement satisfaits. Même Aristote a eu une jeunesse dissolue avant d’entrer à l’Académie. Enfin, passons. Parlons d’autre chose…
- C’est sûr que pour moi, reprend Tiliann après quelques instants de silence, on voit à priori d’où je viens, y’a pas trop de doutes sur la question, mais ça ne veut pas dire pour autant que je sais qui je suis, enfin bon, je ne m’étais pas vraiment posé la question jusqu’à récemment en fait, surtout tant que je pensais que mon père était qui il était, mais maintenant, je sais que mon père n’est pas tel que je l’imaginais avant, et donc si mon père n’est plus lui-même, et bien moi non plus, et c’est d’autant plus compliqué que je ne me souviens pas de mon enfance à la Cour de Printemps, alors que toi au moins tu te souviens de tous les détails d’avant même ta naissance, et donc ça te fait quand même des racines quelque part, à Drachenfels avec Conscientia, alors que moi les racines que je pensais avoir à la Cour de Printemps n’ont plus vraiment lieu d’être, elles sont en fait à Drachenfels aussi mais plutôt avec Scipion du coup, même si Vinella est ma cousine et qu’elle vient de la Cour de Printemps, et qu’il y a Moustache aussi qui me rattache là-bas, mais c’est pas très profond comme racines en fait, et comme je me suis unie avec Finley pour l’aider à accomplir sa prophétie du septième septième fils en me disant que ça ne gênerait pas et qu’elle aurait plus de chances de réussir avec l’aide d’une fée du printemps vu qu’à la base ça a aussi démarré avec une fée cette prophétie donc il faut la finir avec une fée même si c’est pas la même qu’au début, mais là du coup je n’en suis plus si sûre en fait et c’est pour ça que je me pose toutes ces questions… conclut la jeune Merinita en reprenant son souffle après cette longue tirade. Et toi, t’en penses quoi ?
- Ouh là ! Doucement ! fait Oriane en levant les mains. Avant de pouvoir te dire ce que j’en pense, j’ai moi-même pas mal de questions… J’ai vaguement entendu que tu discutais avec Scipion peu avant notre départ… Alors, il t’a dit qui était ton père ? Ou il t’a donné des indices ? Tu vas essayer de le retrouver ?
- Ben, heu, non, il ne m’a pas du tout parlé de mon père… répond Tiliann.
- Tu disais que tes racines à la Cour du Printemps n’étaient pas très profondes… Tu veux dire que ta mère ne serait pas la Reine des Fées ? Et est-ce que Scipion t’a dit pourquoi tu avais dû quitter la Cour ?
- Ben oui, c’est ce que m’a expliqué Scipion. En fait, ma mère féérique n’est pas vraiment ma mère. Son rôle à la Cour de Printemps, c’est de recueillir et d’élever de jeunes enfants abandonnés… Donc moi qui croyait que j’étais née à la Cour de Printemps, et que ma mère était la sœur du Prince Alder, et ben j’ai tout faux ! Donc au final je ne sais pas qui est ma mère, je ne sais pas qui est mon père, je ne sais pas lequel des deux est une fée, et je ne sais pas d’où je viens… Le seul à pouvoir m’en dire plus, c’est le Prince Alder ! Donc tu vois, t’es pas la seule à te demander d’où tu viens, faut pas t’en faire comme ça, en cherchant on trouvera… sourit Tiliann, toujours optimiste. Ah, et si j’ai dû partir, c’est juste parce que tout ce qui n’est pas purement féérique ne peut pas rester indéfiniment à la Cour…
- Je vois, fait Oriane en réfléchissant à ce que vient de lui confier son amie… Bon, effectivement, il faut aller interroger le Prince Alder. Et si on la croise, on peut aussi poser la question à Vinella : vu qu’elle fréquente la Cour et qu’elle a l’air de te connaître depuis longtemps, elle sait peut-être quelque chose sur tes origines. Bref, il y a une piste. Une piste moins froide qu’un Dragon légendaire disparu depuis 800 ans… conclut Oriane avec un sourire.
- J’ai essayé de lui demander, mais elle a toujours éludé la question. Pareil pour Moustache. Scipion a sous-entendu que tant que le Prince Alder n’aura pas donné son autorisation tacite en me répondant, aucune autre fée ne me répondra, même ma cousine… fait Tiliann en maugréant.
- Et Moustache, il t’accompagne simplement parce que vous êtes devenus amis ou aussi parce qu’on lui a demandé de t’accompagner ?
- Bien sûr qu’on est des amis ! lance Tiliann.
- Je pense à autre chose, reprend Oriane en abandonnant la question : puisqu’en magie féerique vous avez une portée de sort liée à une lignée, est-ce qu’il n’existerait pas des sortilèges qui pourraient permettre de retrouver tes parents ? Ou du moins servir d’inspiration pour en inventer un ? Il faudrait peut-être demander à Irencillia, à tout hasard…
- Pas bête du tout ça, faudra que j’y réfléchisse… A vue de nez, ça devrait être de l’intellego corpus, non ?
- Oui, répond Oriane. Mais le problème est que, en théorie, on ne peut pas affecter magiquement quelqu’un qu’on ne voit pas sans posséder un lien mystique avec lui. Alors certes, si tu cherches tes vrais parents, le fait que vous ayez un lien de sang constitue en soi un lien sympathique, qui permettrait de renforcer un effet magique, mais ce n’est pas un lien mystique stricto sensu. Après, il est vrai que la magie intellego peut parfois fonctionner sans lien mystique direct, au point que certains mages considèrent même la nécessité des liens mystiques comme une imperfection de la théorie hermétique. Par exemple, si j’étais suffisamment bonne magicienne, je pourrais lancer un sort intellego pour voir Arthur qui est dans le charriot, là-bas, même si je ne vois pas ton fils directement et que je n’ai pas de lien mystique avec lui. Par contre, tu me diras, je peux effectivement voir le charriot. Et d’ailleurs, si ce n’était pas le cas, il me faudrait un lien mystique avec le charriot. Bref, il n’y a pas d’intermédiaire entre les portées Vue et Lien mystique. Et du coup, en pratique, je ne vois pas comment on pourrait trouver magiquement tes parents. En magie purement hermétique, du moins… Mais en magie féerique, il y a peut-être moyen de faire quelque chose. Là, c’est toi la spécialiste… Après, poursuit Oriane, absorbée dans ses pensées, on pourrait imaginer utiliser un lien sympathique à la place d’un lien mystique. Humm. C’est au-delà de la Théorie, mais a priori, ça n’est pas absurde. D’ailleurs, peut-être que des mages parallèles le font déjà dans certaines traditions. Mais bon, ce serait une percée majeure, hermétique même ; et comme dirait Conscientia, c’est l’œuvre d’une vie ; et encore… Quitte à partir sur cette voie, il vaudrait mieux trouver des magiciens qui savent déjà le faire. S’il en existe…
Et en ce qui concerne le septième fils de Finley, reprend Oriane après un silence pensif, qu’est-ce qui te fait douter que tu puisses l’aider à accomplir la prophétie ?
- Ah non, je ne doute pas de pouvoir l’aider à accomplir la prophétie, au contraire (hihihi). Non, ce dont je ne suis pas sûre, vu que je ne sais pas qui je suis, c’est de n’avoir aucun lien avec la fée à l’origine de sa prophétie : elle pourrait être suffisamment tordue pour m’avoir placé exprès sur le chemin de Finley, juste pour s’assurer que tout se passe selon son plan…
- Effectivement, ce serait bien possible… répond Oriane, songeuse. Sept générations, ce n’est rien pour une fée… Ce serait même excellent, enfin, d’une certaine manière. Je veux dire que ça permettrait de rencontrer la fée de la prophétie. Si tant est que ce soit une fée qui soit à l’origine de tout ça… Après tout, fait Oriane en baissant la voix, cette histoire de prise de pouvoir, je pense que ça intéresse surtout des mages… Hum, je suppose que Finley a posé des questions à ses parents ; il doit en savoir davantage que nous sur toute cette histoire…
- Sauf erreur d’interprétation de ma part, l’histoire du septième fils, c’est du côté de beau-papa, alors que pour l’histoire de prise de pouvoir et d’élimination de fées, là c’est plutôt du côté de belle-maman. On a fait un amalgame à notre sauce en liant les deux ensemble, mais je crois que c’était deux histoires distinctes, à la base… Ceci dit, la coïncidence me semble trop énorme pour ne pas faire le lien entre l’élu et le septième fils… Peut-être même qu’on n’est pas les premiers à le faire, ce lien…
- A force de farfouiller dans les minutes des tribunaux, j’ai peut-être tendance à voir des complots partout, mais ce genre de coïncidence me laisse plus que dubitative. Tu devrais vraiment interroger Finley à ce sujet un de ces soirs…

Installation à Durenmar

Nous arrivons donc à Durenmar à la tombée de la nuit. Nous nous annonçons auprès des gardes, et une jeune femme vient nous accueillir. Elle a une trentaine d’années, des cheveux bruns tirant sur le bleu, des yeux en amande et les pupilles aux couleurs changeantes : elle se nomme Elena, et c’est la fille de l’intendante de Durenmar. Elle attendait notre arrivée, mais elle est surprise par la présence de Larinda. Elle nous conduit jusqu’à la pierre levée pour nous donner les glyphes qui nous permettront de pratiquer la magie dans l’enceinte de l’alliance et, en chemin, elle nous explique comment nous allons pouvoir nous installer.

Elle propose à Wolfgang de prendre ses quartiers dans le Dépôt Mercere, qui se situe au sous-sol de la Tour de Trianoma ; il va donc y loger avec Brigit. Une fois les glyphes récupérés, elle nous emmène dans le quartier des invités, qui est beaucoup plus animé que le reste de l’alliance. Il y a de quoi héberger six mages, et comme ils veulent garder de quoi accueillir un autre invité le cas échéant, nous disposons de cinq appartements, sachant que chacun possède une petite chambre attenante destinée aux compagnons. Finley et Tiliann s’installent avec Amelle (comme ça, je pourrai m’occuper d’Arthur), Oriane avec Elsa (si elle me transforme en statue de glace, ça ne sera pas bien grave), Sigurd et Alba avec Drewall (pourquoi moi ?), Herodius avec Aedh et Rivannon (qui prennent le grand lit et laissent la petite chambre au Héron) et Larinda avec Isabelle. Nos autres compagnons de route rejoignent les quartiers des servants. Confortablement installés, nous dormons paisiblement pour récupérer de notre voyage.

Visite guidée

Au petit matin, nous sommes réveillés par le chant du coq et, après un copieux petit déjeuner, nous sommes prêts à attaquer la journée. Elena nous rejoint, accompagnée d’une femme qui lui ressemble, grande et mince, âgée d’une soixantaine d’années. Elle se présente comme Sulla, autocrate de Durenmar et mère d’Elena. Elle explique qu’elle s’occupe de la population des serviteurs, on peut s’adresser à elle ou à sa fille pour ce genre de questions. Sulla nous déconseille de sortir du périmètre de l’alliance, sous peine de tomber sur des fées mal intentionnées. Si on a besoin d’étudier, il y a quatre laboratoires disponibles dans la Tour de Bonisagus, et deux autres dans la Tour de Notatus (ces deux derniers sont très bien équipés et généralement réservés aux magisters et archimages, qui payent pour y accéder).

Elena nous explique que Durenmar n’a jamais connu de problème vis à vis du monde vulgaire, étant éloignée de la civilisation. Le site a été choisi à cause de la présence de ruines mercurielles. Nous sommes arrivés par le moulin de l’alliance, qui permet à Durenmar de fabriquer sa farine. Il est de coutume de prévenir l’alliance en sonnant la cloche lorsqu’un mage se présente.

Elena nous fait faire un petit tour de l’alliance, en commençant par la clairière : en 767 l’Ordre fut fondé et le premier tribunal a eu lieu ici même. La clairière de l’alliance est surtout utilisée pour accueillir les participants lors des tribunaux : au milieu de celle-ci se trouve la bâtisse de Fengheld, qui est toujours en construction ; Crintera a aussi son camp délimité (son enclos ?), de même qu’Irencillia a son chêne, car ce sont les deux autres domus magnae du Tribunal.

Non loin de là se dressent les quartiers des serviteurs, ainsi que les baraquements où les armes sont entretenues par le forgeron de l’alliance. Toute proche se trouve l’entrée de cavernes qui n’ont pas été complètement explorées (Note d’Oriane pour plus tard : penser à visiter ces fameuses cavernes). Nous arrivons ensuite à la loge des chasseurs, et juste à côté, le tas de poutres empilées constitue les restes de la Folie de Seneca. Seneca était un mage qui tenta de construire, en bois, la plus haute tour du monde ; malheureusement, il connut son Crépuscule final au cours de l’édification de sa tour et, depuis lors, les ruines ont été laissées en état pour témoigner des conséquences de la vanité. Enfin la Tour de Bonisagus contient la Grande Librairie ainsi que, dans les deux derniers étages, les appartements et le laboratoire du bibliothécaire, Andrus de Bonisagus, filius de Murion.

Puis nous repassons près de la pierre levée où sont traditionnellement remis les glyphes, cette pierre levée étant située à l’endroit où Notatus a réalisé pour la première fois le rituel d’Aegis du foyer. Un peu plus loin, nous longeons la maison de verre où réside Ricardus Caespus de Bonisagus, spécialisé dans la magie herbam. Ensuite, nous passons devant la forge de Verditius, occupée par Gudrun Tigurina de Verditius.

Pour finir, nous contournons les deux tours de Trianoma et de Notatus, qui abritent les sancta de plusieurs magi : la Tour de Trianoma est la plus récente des trois tours jumelles, mais un accident magique en a détruit les deux derniers étages. Au sous-sol se trouve le Dépôt Mercere, géré par Xavier de Mercere. La Tour de Notatus fut érigée par Notatus lui-même, qui fut le premier Primus de la Maison Bonisagus. Ces tours ont été élevées magiquement à partir d’un sortilège créé par Bonisagus pour ériger sa propre tour. Murion de Bonisagus, l’actuelle Prima, en occupe les deux derniers étages.

Les quinze mages de l’alliance se répartissent entre la Tour de Trianoma (les Bonisagi Trianomae et les mages d’autres Maisons) et la Tour de Notatus (les autres Bonisagus, dont Murion). La tour de garde, bâtie sur un promontoire rocheux, est la demeure de Filipus Niger de Flambeau, protecteur de Durenmar et maître en perdo.

En début d’après-midi, la Prima nous accueille en haut des marches du Forum d’Hermès. Murion est une femme assez âgée, ridée, au port altier, portant un manteau de plumes blanches : elle est la Praeco du Tribunal, la Prima de la Maison Bonisagus et elle dirige la Guilde du Chêne. Nous nous présentons à elle, et après les politesses d’usage, et une ou deux questions de Sigurd, nous pouvons vaquer à nos occupations.

Le compagnonnage littéraire

Dans le cadre du compagnonnage littéraire, Oriane prend rendez-vous avec le bibliothécaire pour lui présenter l’ouvrage d’hypnotisme que nous avons recopié à Dankmar. Quelques jours plus tard, le magister Andrus, sympathique et souriant, quoique fort occupé, reçoit la jeune Bonisagus dans ses appartements pour un petit déjeuner. La pièce est littéralement envahie par des montagnes de livres et de parchemins, et Oriane doit déplacer une pile d’ouvrages pour dénicher une chaise sur laquelle s’assoir. La jeune femme se présente : Bonjour, je suis Oriane de Bonisagus, filia de Conscientia. Et devant l’air inquiet du bibliothécaire, elle ajoute en souriant : Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas une adepte de l’expérimentation…

Andrus se montre intéressé par le projet de compagnonnage littéraire, félicite la jeune mage pour cette initiative et nous autorise à recopier un ouvrage de la Bibliothèque en échange du De Imperio Mentis Corpori. Notre prochaine étape, Wachterburg, étant une petite alliance dont la Prima est une Merinita, il nous conseille donc de ne pas y amener un texte traitant de la féerie, car ils ont probablement déjà des livres sur le sujet. A part ça, il nous laisse accès à tous les ouvrages de la Grande Librairie. Il ne reste plus qu’à en discuter avec les autres pour décider du tractatus que nous copierons.

Oriane et Caecilius

Oriane va ensuite saluer Caecilius, qui dort, comme à son habitude, dans un buisson entre les Tour de Trianoma et de Notatus. Le vieux mage semble ravi de cette attention : C’est bien que les jeunes d’aujourd’hui viennent saluer leurs aînés ; ça n’était pas comme ça de mon temps… conclut-il de manière quelque peu surprenante. Oriane en profite pour lui poser des questions sur Schadrit, évoquant le grand âge de la magicienne, demandant à Caecilius s’il se souvient l’avoir rencontrée lorsqu’elle est venue à Durenmar avec sa mater, et interrogeant le vieil homme sur les événements à l’origine de la création de Dankmar. Caecilius ne se souvient pas avoir rencontré la magicienne à l’époque. Il est lui-même dans sa 170e année, et il est possible que Schadrit soit légèrement plus âgée que lui. Par ailleurs, Caecilius ne se rappelle pas de ces événements anciens. Vous savez, pour me souvenir d’un passé aussi lointain, conclut le vieux Bonisagus, il faut que je lance un sort intellego.

La conversation s’oriente alors vers la mémoire, qui dépend de l’art mentem. Dans la foulée, Oriane raconte à Caecilius notre étrange voyage dans le regio magique qu’elle appelle le Palais du Dragon. Le vieux quaesitor soupçonne qu’un mage aurait pu nous jeter un sortilège. Cependant, tout cela l’intrigue et il promet de réfléchir à la question.

La Géographie de Ptolémée

Oriane va enfin voir un bibliothécaire de Durenmar pour trouver des informations sur la légende de Trianoma et du Dragon Primordial des Hespérides. Il y a deux types de visiteurs à la Grande Librairie fait remarquer le bibliothécaire en grommelant : ceux qui veulent un livre en particulier, et qui en connaissent le titre ; et ceux qui me racontent leurs recherches. Oriane fait manifestement partie de la deuxième catégorie, et son sujet de recherches est vraiment très pointu… Bien ennuyé, le bibliothécaire lui explique qu’il n’existe pas d’ouvrage sur les voyages de Trianoma.

Il revient toutefois quelques heures plus tard avec un ouvrage de Claudius Ptolemaeus intitulé De Cosmographia (La Géographie). En fait, explique le bibliothécaire, le Γεωγραφικη Yφηγησις (Geographike Hyphegesis) de Ptolémée est constituée, à l’origine, de huit volumes rédigés en grec. Ce livre est perdu et la Maison Mercere offre d’ailleurs une récompense de 100 pions de vis à qui lui apportera l’original de l’ouvrage. La bibliothèque de Durenmar ne possède qu’un seul des huit volumes.

Etant exemptée, en tant que Bonisagus, de travail de copie préliminaire, Oriane en entreprend immédiatement la lecture. L’ouvrage traite notamment d’astronomie, et l’auteur a mis au point une méthode pour dessiner une carte du monde habité : un système de repérage qui permet de localiser n’importe quel lieu à partir d’un point d’origine et de deux coordonnées, latitude et longitude. L’ouvrage complet dresserait une liste de lieux chargés de magie, et présenterait les coordonnées de 8 000 localisations. Toutefois, avec ce seul volume, il n’est pas possible de déterminer les coordonnées du point d’origine. Les Hespérides constituent probablement un lieu particulier, soit l’origine, soit un point limite du système. Quoi qu’il en soit, avec davantage de volumes, et donc davantage de coordonnées, on pourrait mathématiquement calculer ce fameux point d’origine. En lisant entre les lignes, Oriane devine que le système est encore plus complexe et passionnant qu’il en a l’air. En effet, il semble qu’il existe un lien arcanique entre les coordonnées d’un lieu et le lieu lui-même : à partir des coordonnées, on pourrait donc se rendre dans le lieu correspondant, les coordonnées constituant un véritable lien mystique avec ledit lieu ! Même si le système ne fonctionne probablement que dans les limites de l’Empire romain (là où a voyagé Ptolémée), posséder l’ouvrage complet serait d’un intérêt majeur, et sa valeur excéderait sans doute largement les 100 pions de vis offerts par la Maison Mercere.

Copies en série et autres activités printanières

Les autres mages consacrent la saison à recopier des textes à la bibliothèque, afin de pouvoir emprunter des ouvrages en été.

Herodius essaie d’entrer en communion avec le Sapin Noir qui se dresse, solitaire, non loin de Tour de Bonisagus : il ressent quelque chose de froid et de ténébreux ; l’arbre est manifestement lié à la forêt aux alentours et, accessoirement, il s’agit d’une source de vis perdo. Herodius ne cherche pas à en apprendre davantage pour l’instant… et lui aussi vient à la bibliothèque faire de la copie, afin de pouvoir étudier un ouvrage historique sur la création de l’Ordre la saison prochaine.

Tiliann va voir Maîtresse Tandaline afin de se constituer une liste d’ouvrages sur l’art auram à consulter ultérieurement. Tandaline lui conseille de commencer par le De Spiritu Aurae (L’Esprit du Vent), un summa d’auram dont elle est l’auteur.

Sigurd pour sa part souhaite étudier un ouvrage traitant des êtres démoniaques : le bibliothécaire est un peu étonné (c’est là une requête fort inhabituelle – et quelque peu inquiétante – de la part d’un jeune mage), mais lui indique tout de même un ouvrage traitant du sujet.

Finley va discuter avec Occultes, le chef de la Guilde du Tilleul. Le jeune Ex-Miscellanea essaie d’en apprendre davantage sur ce qui a entraîné la séparation de la lignée de Schadrit de la Maison Bonisagus. Occultes lui explique que nous sommes peut être la première génération à ne pas avoir vécu la Guerre du Schisme, et nous sommes donc moins marqués que nos aînés par ce sujet douloureux. En repartant, Finley croise Caecilius, qui vient s’entretenir avec Occultes.

Wolfgang essaie de savoir si la Bibliothèque possède des ouvrages sur les change-formes : il y en a, mais aucun qui traite de la capacité à se transformer, qui ne semble pas s’apprendre dans les livres. Du coup, il préfère aller discuter avec Xavier, afin d’essayer d’en savoir davantage sur son passé (Un de plus avec un passé mystérieux ; ça commence à faire beaucoup… songe Tiliann).

Eté 1223 : Saison de lecture

De Vita Bonisagi

Intrigué par les raisons ayant poussé Bonisagus à s’installer à Durenmar, Herodius se plonge dans le De Vita Bonisagi, un tractatus sur la vie de Bonisagus (et l’histoire de la création de l’Ordre) écrit par Trianoma elle-même.

Bonisagus serait né à Florence en 690. Son Don était puissant (peut-être avait-il un Don tapageur) et ses parents l’ont envoyé vivre chez son oncle, abbé de San Michaele. Plutôt que d’opprimer son neveu, celui-ci l’encouragea à étudier et l’autorisa à consulter sa bibliothèque. Quelques années plus tard, son oncle le conduisit auprès du sorcier Iozheza, un conjurateur de grande puissance vivant dans la campagne alentour, qui accepta de devenir le mentor du jeune homme.

Bonisagus suivit son parens, qui se consacrait à la découverte de secrets magiques, quitte à tuer pour s’en emparer. Ils explorèrent les côtes italiennes, faisant des recherches sur les cultes anciens, puis descendirent jusqu’en Égypte afin d’étudier le culte d’Osiris. C’est là que disparut le mentor de Bonisagus, et ce dernier continua son voyage tout seul. Dans les années qui suivirent, Bonisagus réalisa qu’il y avait nombre de points communs entre les différents cultes. Il poursuivit ses pérégrinations jusqu’en Perse, et accumula une quantité phénoménale d’ouvrages magiques rarissimes d’une valeur inestimable. Il rencontra plusieurs magiciens, et ces rencontres étant systématiquement belliqueuses, Bonisagus commença à réfléchir à la mise au point d’une défense magique.

A la suite d’un cambriolage dont il fut la victime, Bonisagus suivit la trace des voleurs (qui s’étaient emparés de nombreux livres) jusqu’à une caverne située dans les Alpes du sud et dans laquelle se dressait un autel consacré à Hermès. Après avoir disposé des malandrins, il décida de s’installer là et d’essayer d’unifier la magie et de créer une forme de résistance magique.

On n’entendit plus parler de lui pendant dix ans, jusqu’à ce que Trianoma, accompagnée de sa sœur, découvrit Bonisagus dans son repère. Leur première rencontre fut assez violente, mais la magie de Trianoma et de sa sœur ne réussit pas à percer les défenses magiques de Bonisagus. Vaincue, Trianoma accepta d’expliquer sa magie à Bonisagus, mais sa sœur refusa. Néanmoins, Bonisagus partagea ses découvertes avec elles au fur et à mesure des avancées de ses travaux, à l’exception du secret de la parma magica qu’il conserva pour lui seul.

La sœur de Trianoma perdit patience et quitta Bonisagus en emportant une partie de ses ouvrages. Trianoma réussit à convaincre Bonisagus de ne pas la poursuivre, car elle avait prophétisé que chasser sa sœur aurait conduit la magie à sa fin. Trianoma proposa alors à Bonisagus de créer une société où les mages vivraient en bonne intelligence. Bonisagus prit Trianoma comme apprentie, et un an plus tard, elle maitrisait à son tour le rituel de parma magica.

En 754, Bonisagus voyagea jusqu’à un ancien temple de Mercure situé dans la Forêt-Noire. Pendant ce temps, Trianoma parcourut l’Europe pour rencontrer des mages susceptibles de se rallier à leur cause. Treize ans plus tard, douze mages jurèrent fidélité à l’Ordre d’Hermès et fondèrent leurs Maisons, Trianoma s’en abstenant pour sa part. Bonisagus demeura à Durenmar pour former des apprentis. Trianoma prit également un apprenti, même si elle se consacra essentiellement à rester en contact avec les fondateurs pour les aider à asseoir le pouvoir de l’Ordre.

Oriane et Tandaline

Oriane va s’entretenir avec Tandaline de Bonisagus, de la lignée de Trianoma, pour l’interroger sur la légende de Trianoma et du Dragon des Hespérides. Tandaline lui confirme que Trianoma n’a pas rédigé d’ouvrage sur ses voyages ; même si c’est elle qui a effectivement fondé l’Ordre d’Hermès, elle est toujours restée en retrait – comme le montre sa décision de ne pas avoir sa propre Maison.

En ce qui concerne sa rencontre avec un Dragon, elle aurait, selon la version de la légende, eu lieu soit aux Hespérides, soit quelque par au-delà de l’Ethiopie. Quant au Dragon lui-même, il aurait pu être un Primordial, qu’on appelle parfois un Ancien. Ces Etres Primordiaux seraient à l’origine de la Magie : ils auraient fait naître la Magie en quelque sorte. Du coup, il ne s’agirait pas forcément d’un Dragon avec des ailes et autres attributs draconiques classiques, mais ce serait un aspect d’un des Primordiaux. Tandaline conseille à Oriane de consulter des ouvrages traitant des daimones (à ne pas confondre avec les démons) et de la théorie des aspects. Elle suggère notamment le De Spirituum Nominibus (Le Nom des Esprits) de Fortunata de Jerbiton.

Oriane et Occultes

Après avoir remercié Dame Tandaline, Oriane se précipite aussitôt vers la bibliothèque pour y consulter l’ouvrage de Fortunata. Mais, en chemin, elle est interceptée par Occultes de Bonisagus, qui souhaite s’entretenir avec elle.

A la suite de sa discussion avec Oriane, Caecilius est venu s’entretenir avec Occultes pour vérifier certaines informations. Oriane raconte donc à Occultes notre visite, il y a quinze ans de cela, dans le Palais du Dragon.
- Cela ne semble pas possible, fait Occultes après avoir écouté les explications de la jeune femme. Sauf que… Le mage semble hésiter, mais poursuit tout de même : Il existait par le passé un groupe de mages capables de faire ça. Tout cela est lié à la théorie des rêves. Ces mages maîtrisaient leurs souvenirs, et ils pouvaient même accéder aux souvenirs des autres. Ils pouvaient aussi tuer leurs victimes, qui mourraient dans d’abominables cauchemars. Vous ne trouverez rien sur eux dans les ouvrages. Tout ce qui était en rapport avec ces mages a été expurgé. Nous avons quelques ouvrages sur eux à Durenmar, mais ils sont tous au sous-sol. Ces mages constituaient un culte à Mystères, et Caecilius craint que vous n’ayez été envoyés dans ce regio par un survivant de ce culte.
Se remémorant les événements de cette période, Oriane trouve cette hypothèse peu probable, car elle n’avait rencontré aucun mage extérieur à l’alliance avant ces événements. Elle interroge donc Occultes sur ces fameux mages. Après un autre temps d’hésitation, ce dernier poursuit :
- Ces mages pouvaient pénétrer dans les rêves, placer du vis dans un objet rêvé, et le ramener dans le monde réel. D’après ce qu’on dit, la fondatrice de ces Mystères, une maga du Tribunal de Novgorod, eut un jour besoin d’un remède : pour cela, il lui fallait un œuf d’hippopotame ; elle est donc allée dans son laboratoire, elle en a rêvé, et elle est ressortie avec l’œuf. Ces mages étaient très craints, du fait de leurs capacités à plonger dans les rêves et les souvenirs d’autrui. Leur ordre se nommait Volshebnii Mechtateli, ce qui, en russe, signifie quelque chose comme les Rêveurs de la Magie. Ils n’étaient qu’une douzaine de membres, et ils ont tous disparus. (Ils ont été éliminés, traduit Oriane). La fondatrice était une Ex-Miscellanea, mais je ne me souviens pas de son nom. Je sais juste qu’il était composé de quatre lettres.
- Ce n’était pas V, I, E et A ? propose Oriane, essayant de faire s’emboîter deux pièces du puzzle.
- Non, ça je m’en souviendrais, répond Occultes.
- Ca aurait été trop facile, reconnaît Oriane.
- Caecilius ne voit qu’une seule piste, reprend Occultes. En fait, il n’y a qu’une personne en Europe qui pourrait vous aider. Il y a quelque temps, une jeune mage de la Maison Tremere aurait fait des rêves et aurait refondé l’Ordre en question sur de nouvelles bases. Sa devise serait : Avec les rêves commencent les responsabilités, ou quelque chose comme ça. Aux dernières nouvelles, cette mage résiderait dans le Tribunal de Loch Leglean, termine Occultes.
En discutant avec Occultes, Oriane apprend qu’il était le précédent Bibliothécaire de Durenmar. C’est ainsi qu’il a eu accès aux sous-sols de la Grande Librairie et aux livres mis à l’index. Malheureusement, son accès privilégié a été révoqué en même temps que sa charge.
Caecilius ne reviendra pas vers vous à ce sujet, conclut Occultes. Et pour ma part, je ne vous ai rien dit…

Remerciant mille fois l’ancien bibliothécaire pour cette non-conversation, Oriane repart d’un pas songeur vers la Tour de Bonisagus. Encore une nouvelle piste, songe-t-elle. Et à l’autre bout du monde, surtout par rapport à l’Ethiopie…

De Spirituum Nominibus

A la Bibliothèque, Oriane emprunte le De Spirituum Nominibus de Fortunata de Jerbiton (pour une fois, elle cherche un livre dont elle connaît le titre). Fortunata était une mage du Tribunal de Rome ; son sanctum était une île dont on ignore la localisation.

L’ouvrage explique que les daimones sont des créatures des Royaumes magiques qui interagissent avec le monde sous la forme d’aspects. Ils n’envoient ces aspects que sur Terre, et ils tirent leurs pouvoirs de leur véritable nom.

Il existe plusieurs types de daimones :
- Les Theoi sont les plus puissants. Ce sont généralement des Dieux qui avaient des rôles auxiliaires liés à la Nature, à la Justice, ou incarnant divers aspects culturels. Les daimones de se préoccupent pas d’avoir des adorateurs. Zeus et les autres Dieux du Dodecatheon étaient probablement des êtres féeriques, mais Helios, Prométhée ou Pallas (le Titan, pas l’épiclèse de la Déesse) étaient des daimones. Par ailleurs, certains Dieux comme Mithra (représentant notamment la loyauté, l’honneur, le soldat parfait) sont également des daimones.
- Ensuite viennent les Astra Planeta : la Lune, le Soleil, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Certains sont peut-être des Theoi, la Lune et le Soleil, par exemple, étant liés à Selene et Helios.
- Viennent ensuite les Leti, les esprits de la mort. Ils rassemblent les Keres, esprits de la mort violente qui suivent Ker ; les Thanatoi, esprits de la mort paisible, suivants de Thanatos ; les Akhylides, qui suivent Akhlys et représentent les esprits de la mort par le poison ou la maladie ; les Moroi, suivants de Moros, esprits des morts liées à la destinée (les morts dont le décès a été prophétisé par exemple).
- Il existe bien d’autres daimones : certains personnifient un phénomène ou un concept (les Télétarques, par exemple, sont les maîtres de la perfection) ; certains ont même été humains (l’âme d’un humain peut devenir un daimon au terme d’un processus nommé apothéose).

A la fin de l’ouvrage, l’auteur introduit la connaissance des Principes. Entre les lignes, Oriane devine que Fortunata, qui était une maîtresse des esprits, a créé un Mystère : Elle a développé ce qu’elle appelle des Principes (elle n’emploie pas le terme de Mystères, mais ça y ressemble franchement) pour commander aux esprits, pratiquer la magie spirituelle, se lier à un familier esprit, etc. En fait, il s’agit d’une sorte d’auto-initiation : Fortunata a créé des rites afin de s’initier elle-même à ses propres Mystères !

En l’absence de Conscientia pour rythmer plus ou moins son existence, Oriane travaille selon sa méthode désormais habituelle : se plonger dans des ouvrages pendant des heures et des heures d’affilée, sautant parfois plusieurs repas, et se rattrapant par la suite en engloutissant en une seule fois des quantités de nourriture phénoménales, avant de digérer en dormant ou en jouant de la harpe.

Lectures diverses

Sigurd essaie toujours de trouver quelqu’un qui puisse le renseigner sur les royaumes démoniaques et la dimension infernale. Devant son insistance à vouloir se plonger dans ce sujet sulfureux, on l’oriente vers Occultes. Ce dernier s’interroge sur l’intérêt qu’un jeune mage peut porter à ce domaine. Sigurd explique qu’il veut en apprendre davantage pour pouvoir se défendre contre les démons. Occultes lui répond alors qu’il est difficile de s’en protéger, et que seule la dimension divine est à même de le faire efficacement. En fait, le meilleur conseil qu’il puisse donner concernant les démons, c’est de les éviter. Pour lutter contre eux, il faut faire en sorte de ne pas y penser, de rester dans une aura divine, ou encore d’être un mage ayant une foi profonde.
Il lui indique néanmoins quelques ouvrages qui expliquent comment se protéger, ainsi qu’un sortilège de perdo vim nommé Bannissement des démons, qui affaiblit les démons, voire les détruit… à condition de pénétrer leur résistance magique. Sigurd passe donc le reste de sa saison à lire un tractatus de Petrus de Tytalus intitulé A Terra Ad Infernos : Ars & Usus Hermeticae Magiae In Proelium Contra Daemones (De la terre aux Enfers : Théorie et Pratique de la Magie Hermétique Appliquée à la Lutte Contre les Démons).

Wolfgang occupe sa saison à la lecture du De Cultu Heroum (Le Culte des Héros), un tractatus de Dominic de Mercere : il y trouve notamment un passage sur les signes permettant d’identifier le dieu ou la créature à l’origine de certains pouvoirs, pour éventuellement pouvoir les reproduire magiquement, le but ultime étant de découvrir le moyen de créer le Don.

Finley, lui, lit un summa traitant de l’art creo, le De Magia Creationis, une traduction latine réputée approximative du Γενεσεως Μαγεια de Theodosia de Jerbiton.

Pendant ce temps, Tiliann commence à dévorer le De Spiritu Aurae de Tandaline.

Automne 1223 : Le Sapin Noir

Sigurd et Oriane

Le ventre d’Alba commence à s’arrondir…

Oriane en profite pour aller discuter sérieusement avec Sigurd. En guise d’introduction, elle évoque l’ermite, notre voyage à Pfalz, l’influence démoniaque qui a probablement affecté certains habitants du village et le fait que le Διαβολοψυχη est potentiellement dangereux, surtout s’il a été écrit par un démon. Elle entre ensuite dans le vif du sujet en expliquant que, selon l’ermite, la rencontre de Sigurd avec les démons l’a certainement marqué, d’où sa sensibilité aux auras infernales et ses… pulsions. De ce fait, il est sans doute davantage enclin à suivre une voie pouvant mener à la damnation, comme semblent le montrer ses décisions récentes, mais il n’est probablement pas trop tard pour décider de mener une existence plus vertueuse conduisant à la rédemption. Bref, chacun est certes libre de choisir sa voie, mais Oriane estime qu’il est de son devoir, en tant que mage, camarade d’études depuis 19 ans et compagne de voyage, de demander à Sigurd de réfléchir à l’existence de ce choix et à ses conséquences à long terme. Elle est prête à l’aider à arpenter la voie de la rédemption, même si Isabelle sera peut-être plus à même de le conseiller en ce domaine.

Le compagnonnage littéraire (suite)

Wolfgang vole jusqu’à l’alliance de Wachterburg. Il leur explique le principe de notre compagnonnage littéraire et leur demande quel ouvrage serait susceptible de les intéresser. Les mages de Wachterburg ont déjà de nombreux textes consacrés à la Féerie. Par contre, ils se considèrent comme les Gardiens du Tribunal (d’où le nom de leur alliance) et cherchent à limiter l’influence des auras divines. Un livre sur le sujet leur serait utile.

Au retour de Wolfgang, Oriane demande au bibliothécaire un tractatus consacré aux auras divines. On lui propose le De Echibus Empyriis (Les Echos de l’Empyrée) de Beata de Jerbiton, et la jeune mage en réalise une copie. L’ouvrage traite notamment des auras empyréennes, qui sont des auras divines intrinsèques, non liées à l’adoration, et pouvant être émises par un lieu, un objet ou une personne (C’est manifestement ce type d’auras que nous avons ressentis au monastère de Rupertsberg et à Speyer, songe Oriane).

Le Sapin Noir

Herodius va voir Elena et lui explique qu’il s’intéresse au sapin noir qui se dresse non loin de la Tour de Bonisagus, et demande si cela poserait un problème s’il lançait un sort sur le sapin pour discuter avec lui. Elena n’y voit pas d’inconvénient, mais ce n’est pas une mage…

Avant de jeter son sort, Herodius se renseigne pour savoir s’il y a dans la Bibliothèque des ouvrages sur l’esprit de la Forêt-Noire. Il y en a, effectivement, mais il faudrait passer une saison de copie avant de pouvoir les consulter.

Herodius décide donc de lancer sans plus attendre un sortilège de communication avec les plantes pour s’entretenir avec l’arbre et lui poser plusieurs questions.
- Pourquoi as-tu décidé de quitter la forêt ? demande le Héron.
- C’est la marche du Roi de la Montagne, lui répond le sapin au bout d’un moment. La conversation est toujours très lente avec des plantes.
- Le Roi de la Montagne veut du mal à Bonisagus ?
- Non.
- Que veut le Roi de la Montagne ?
- Vengeance !
- Vengeance à propos de quoi ?
- Protéger fées forêt.
- De qui veut-il se venger ?
- Mages Durenmar.
- Bonisagus ne cherchait-il pas à protéger la forêt ?
- Bonisagus n’est pas là.
- Depuis quand le Roi de la Montagne veut il se venger ?
- Depuis que je marche.
- Que va faire le Roi de la Montagne une fois la marche terminée ?
- Vengeance !

Activités automnales

A l’exception d’Oriane (qui copie le De Echibus Empyriis) et de Wolfgang (qui en a assez des activités de scribe, et qui va plutôt dans la forêt aider les chasseurs de l’alliance), les mages entament une nouvelle saison de copie.

Hiver 1223 : Hiver studieux à Durenmar

Oriane demande à Othmar de recopier le De Echibus Empyriis, afin qu’on puisse en conserver une copie pour notre future alliance. Elle se plonge ensuite dans le De Parma Magica, un tractatus rédigé par Notatus lui-même.

Sigurd étudie le De Umbrarum Lucisque Regnis (Royaumes d’Ombres et de Lumière), un summa sur l’art mentem de Wilhelmina de Tremere.

Quelque peu impatient d’avoir un deuxième enfant, Finley recopie le sort de Fertilité d’Artemis (creo corpus 40), un sortilège de son père dont il a trouvé un exemplaire dans la Grande Bibliothèque, afin de pouvoir l’apprendre lorsqu’il en sera capable.

Tiliann essaie de dénicher un ouvrage sur l’étiquette féerique afin de trouver une idée de cadeau pour le Prince Alder, mais le seul texte disponible est le Tractatus De Urbanitate Erga Fatarum Populum Ad Magos Hermae Ordinis, que nous avions à Drachenfels. Du coup, elle poursuit la lecture du De Spiritu Aurae de Tandaline.

Wolfgang passe sa saison à recopier des documents pour la bibliothèque.

Herodius se plonge dans le De Historia Abnobae Silvae (Histoire de la Forêt-Noire), un tractatus de Lucretia de Bonisagus relatif à l’histoire de la Forêt-Noire, partie sud-ouest de la grande Forêt Hercynienne. L’esprit magique a été fracturé en deux au temps des Romains. Un de ces esprits a été en relation avec le Culte de Mercure, et a conclu un pacte qui a perduré du temps de Bonisagus. L’autre partie s’est réfugiée au sud, dans la partie la plus inaccessible de la Forêt-Noire, se nourrissant de la peur des mortels, acquérant des propriétés féériques et devenant le Roi de la Montagne Noire. C’est un esprit féerique d’une grande puissance. Il a essayé, en 1085, d’attaquer de front Durenmar ; plusieurs mages ont été capturés ou tués, mais les mages survivants ont créé un Aegis du Foyer qui est, à ce jour, le plus puissant de tout l’Ordre.

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LE DEBUT DU COMPAGNONNAGE - DANKMAR
Année 1222

Printemps 1222 : Dernière saison à Drachenfels

Le premier jour du printemps, devant l’autel de Woden, Gladez demande à Finley de chercher une jeune pousse, avant de lui enseigner les mystères druidiques. Elle lui confie la connaissance et les secrets des druides en lui citant des Vérités et en lui faisant part de la sagesse populaire. Tout ce qui est lié à la nature est lié aux énergies magiques qui s’en dégagent, et un druide peut en tirer des forces magiques pour réaliser ses sortilèges.

Pendant ce temps, à Drachenfels, Herodius continue la lecture du De Silvae Mysteriis, qu’il va toutefois devoir interrompre avant la fin, car notre départ est prévu pour l’été.

Tiliann lit le De Gladio Parmaque : Ars & Usus Personalis Extentaeque Protectionis In Magia Hermetica, qui, comme son nom l’indique, traite de la parma magica.

Quant à Oriane, elle profite de chaque instant passé avec sa mater, et cette dernière lui enseigne quelques un de ses sortilèges. Sénèque écrivait à son ami Lucilius que c’est lorsqu’ils passent que les fruits sont les meilleurs, et la jeune Bonisagus vérifie cette assertion chaque jour. Après tout, 22 ans, c’est tellement peu…

Eté 1222 : Le temps des adieux

Même si elle n’a désormais aucune envie de partir, Oriane prépare tout de même son départ. Nostalgique par anticipation, elle retourne dans la grotte de Varkos, où elle en profite pour récupérer un bout de roche, histoire de conserver un lien mystique avec (un lieu situé hors de l’aegis de) Drachenfels. On ne sait jamais, ça peut servir…

Oriane va également faire ses adieux à l’ermite. Vu son âge apparent, il n’est pas sûr qu’il soit encore vivant dans une quinzaine d’années, et la jeune Bonisagus a le cœur serré en l’étreignant.

Oriane a une longue conversation avec sa mater. En effet, à la suite de sa discussion avec Xavier de Mercere, la jeune mage a eu une (nouvelle) idée de recherches : créer une sorte de parma magica inversée, qui empêcherait le Don d’affecter les autres personnes. Evidemment, en plus de bloquer l’influence du Don, il est probable que la parma inversée bloquerait les effets magiques sortants, mais le mage pourrait l’abaisser (comme une parma classique) pour lancer des sorts. Cela serait évidemment une grande avancée, tant pour l’Ordre en général que pour la Guilde du Pommier en particulier, surtout si cette parma inversée pouvait se cumuler à la parma magica de Bonisagus.

Selon Conscientia, il s’agirait-là d’une percée hermétique, la seule depuis que Bonisagus a créé la parma magica. Connaissant la propension de sa filia à se passionner pour mille sujets différents et à se disperser facilement, Conscientia préfère la prévenir : inventer un tel rituel (qui se situerait en dehors de la théorie hermétique au sens strict) impliquerait un travail similaire à celui de Bonisagus, et cela occuperait probablement toute l’existence d’Oriane, sans que cette dernière soit pour autant assurée de réussir. A la place, sa filia pourrait arriver à un résultat presque similaire en inventant un rituel rego vim inspiré de la parma magica, comme Notatus a créé en son temps l’Aegis du foyer. Il s’agirait-là d’une percée majeure, qui occuperait probablement l’essentiel de la vie d’Oriane, mais qui semble toutefois légèrement plus réalisable.

En grommelant, Oriane reconnaît qu’elle n’a, pour le moment, pas l’intention de passer le reste de sa vie dans un laboratoire à étudier le même unique sujet, et qu’elle préfère se consacrer à la recherche de ses origines, et aussi du Dragon Primordial des Hespérides qu’aurait rencontré Trianoma, et donc des origines de l’Ordre. Conscientia, de son côté, ne semble guère trouver cet objectif plus accessible que la parma inversée. Mais bon, qui ne tente rien n’a rien, songe la jeune Bonisagus, et quitte à poursuivre un objectif irréalisable, autant en poursuivre un qui permet de découvrir le monde. Et puisque j’ai parfois légèrement tendance à me disperser, autant avoir des rêves suffisamment grands pour que je ne les perde pas de vue pendant que je les poursuis… ;)
Note d’Oriane pour plus tard : profiter du compagnonnage pour apprendre à jouer aux échecs.

Oriane demande également à Conscientia sur quoi elle compte travailler dans les années à venir, au cas où, au cours du compagnonnage, elle trouverait quelque chose qui pourrait intéresser sa mater. Conscienta lui explique qu’elle poursuit les travaux de sa propre mater, Giuletta, qui elle-même poursuivait les travaux de Conciatta de Bonisagus.

Alors qu’elle n’était âgée que d’une cinquantaine d’années, Conciatta a réalisé une des rares percées majeures de l’histoire de l’Ordre en démontrant que les quatre dimensions (magique, féerique, divine et infernale) peuvent être affectées par l’art vim. Après sa découverte majeure, elle a naturellement voulu poursuivre ses recherches, mais cela a suscité des jalousies au sein de l’Ordre, certains mages estimant manifestement qu’une découverte de cette ampleur était largement suffisante pour une seule personne. De ce fait, Conciatta n’a pas publié ses recherches ultérieures. Elle aurait travaillé sur des sortilèges pouvant affecter les quatre dimensions à la fois et aurait même trouvé un moyen d’annuler l’effet des auras divines sur la magie. Conciatta a beaucoup voyagé, notamment au cours de la première partie de sa vie. Elle s’est mariée à Currito de Jerbiton, qui l’a accompagné dans ses pérégrinations, puis ils se sont installé dans le Tribunal Ibérique, non pas dans une alliance, mais dans une tour nommée Torre No Vista.

Vers le milieu de l’été, Gladez et Finley reviennent à Drachenfels tandis que nous effectuons nos derniers préparatifs.

La veille de notre départ, nous organisons une belle fête d’adieu avec nos amis et nos parentes, à qui nous offrons les cadeaux préparés l’année précédente.

Eté 1222 : Voyage vers Dankmar

Le début du voyage

Le lendemain, les 24 candidats au départ se réunissent autour de nos trois chariots et notre convoi s’ébranle en direction de Pfalz.

Nous prenons donc la route vers la première alliance de notre compagnonnage, Dankmar. Nous passons en vue de Remagen (sur l’autre rive du Rhin) puis nous dirigeons vers Koblenz où nous pensons passer la nuit. Nous installons notre campement en périphérie et allons visiter la ville, essentiellement marchande, abritée derrière ses vieux remparts à l’intersection de la Moselle et du Rhin. Oriane et Isabelle se concentrent plus particulièrement sur l’impressionnante basilique Saint Kastor, qui abrite les reliques du saint de même nom, l’évangélisateur de la vallée de la Moselle.

De retour à notre campement, Drewall demande comment s’organiser pour monter la garde pendant la nuit. Herodius peut y participer quotidiennement (de toute manière, il ne se couche jamais de bonne heure), de même que Drewall. Les autres mages se succèderont à tour de rôle pour assurer le dernier tour de garde. Nous tracerons un Cercle de protection contre les animaux, un Cercle du repos tranquille (permettant de ne pas faire de bruit), un sort évitant au feu d’émettre de la fumée et, si nécessaire, un Cercle de protection contre les êtres féeriques des bois.

En début de matinée, nous changeons de rive avant de longer la forêt de Hunsrück, qui héberge la Cour d’Automne. Finley communie avec la forêt et il y repère un lieu important (sans doute l’emplacement de la Cour). Mais comme la Cour d’Automne est peuplée de fées d’Ombre, et qu’en plus ce n’est pas la bonne saison, nous poursuivons sagement notre route.

La Rocher de la Lorelei

Nous arrivons en fin de journée près de rapides sur le Rhin, lieu associé à la légende de la Lorelei : un esprit sur le piton rocheux au milieu du Rhin attirerait les marins pour les y noyer. En double vue, Oriane et Tiliann y repèrent une faible aura féérique, mais pas d’esprit visible. Nous passons une nuit tranquille au bord du Rhin.

Au petit matin, Oriane et Tiliann s’envolent l’une après l’autre vers le piton rocheux pour voir ce qui s’y trouve : Tiliann soulève dans les airs la jeune Bonisagus pour la déposer sur le piton (Voler est vraiment grisant, songe Oriane, mais je préférerais contrôler le sortilège moi-même ; il faut que j’apprenne ce sort un de ces jours), puis elle la rejoint rapidement avec son sort d’Ailes du vent. Après un atterrissage quelque peu imprécis, nous commençons à entendre une voix lointaine et lancinante qui chante une complainte mélancolique. Cette voix essaie de pénétrer notre esprit, et elle réussit facilement à passer nos faibles défenses. Nous ressentons alors divers sentiments, surtout de la frustration et de la haine. Imperceptiblement, nous nous sommes rapprochées du bord sans nous en rendre compte, malgré les cris de nos compagnons restés sur la rive. Nous réussissons heureusement à nous retenir de plonger, et repartons sans demander notre reste, d’autant plus vite qu’une forme humanoïde est en train de se matérialiser à nos côtés sur le piton rocheux.

Oriane envisagerait volontiers de retourner sur le piton, histoire de discuter avec la Lorelei, mais elle se range aux arguments de ses compagnons : il n’est probablement guère prudent d’essayer de s’entretenir avec une fée au comportement si traditionnellement homicide.

Nous continuons donc notre route en longeant les rapides, et nous arrivons à la descente des sept demoiselles. D’après la légende, sept jeunes vierges vivaient au château de Schönburg, et leur père est mort à la naissance de la septième d’entre elles, désespéré de n’avoir pas eu de fils. Les sœurs furent alors élevées par leur tante ; elles organisèrent des fêtes et attirèrent de nombreux soupirants, mais aucun d’entre eux ne sut les convaincre. Les sœurs embarquèrent pour rejoindre les soupirants qui s’étaient réunis sur l’autre rive et leur signifier leurs refus, mais un orage soudain fit sombrer leur navire, et depuis sept écueils rappellent la vanité dont firent preuve ces sept jeunes filles. La double vue ne montrant rien de spécial, nous continuons notre route.

Nous arrivons au village de Baccarat, entouré de vignes, où un bac peut nous permettre de traverser le Rhin. Habituellement, ce bac ne permet d’aller que jusqu’à une ile située au milieu du fleuve, car c’est là que se tient le festival du village, mais Wolfgang réussit à négocier notre passage sur l’autre rive. Nous profitons de notre bref séjour sur l’ile pour constater qu’elle baigne tout entière dans une faible aura magique, et pour aller toucher une pierre gravée dressée à un bout de l’ile (le Doigt de Bacchus qui, dit-on, permet à ceux qui le touchent de bénéficier de bonnes vendanges).

Une heure après avoir traversé, nous arrivons en vue du village de Kaub, que nous nous empressons de contourner afin d’éviter le bailli.

Pfalz

Nous arrivons enfin à Pfalz, et nous nous installons pour la nuit dans une petite clairière à côté de la rivière. Sigurd va souper avec Alba et son mari Gottfried pendant qu’Oriane, Tiliann et Amelle vont saluer les sorcières du village.

Sigurd soupe donc avec Gottfried, Alba et leur fils Constant. A la fin du repas, Sigurd et Alba partent faire une petite promenade digestive. Alba avoue alors à Sigurd qu’elle s’est languie de lui pendant ces cinq années d’absence, et elle espère que ce dernier repassera désormais plus régulièrement.
- Je suis désolé, fait Sigurd, mal à l’aise. J’aurais dû revenir plus tôt…
- Je rêve depuis cinq ans de cette nuit que nous avons passée ensemble ! s’enflamme Alba. C’était différent, cette nuit-là. J’ai essayé de t’oublier dans les bras d’autres hommes de passage, mais ça n’était pas pareil…
- J’essaierai de repasser plus souvent, mais j’ai beaucoup de choses à faire, répond Sigurd, qui hésite à expliquer qu’il va partir en voyage pour une quinzaine d’années.
Lorsqu’il finit par l’avouer à Alba, celle-ci éclate en sanglot et demande à l’accompagner. Ne pouvant résister au charme de la jeune femme, Sigurd se laisse convaincre et lui propose de s’enfuir tous les deux au petit matin.

Pendant ce temps, Oriane invite Laura, Hillia et Jussinia à souper avec la troupe à notre campement, mais les sorcières déclinent l’invitation, car il y a manifestement trop de monde (et trop d’hommes) à leur goût. Par contre, elles proposent à Oriane, Tiliann et Amelle de passer la soirée avec elles. Au cours du repas, Tiliann devine que les trois sorcières pratiquent une magie non hermétique (mais chuuttt…) et on apprend qu’il ne s’est rien passé de particulier au village depuis notre dernière visite.

A l’aube, Sigurd, les traits tirés, vient nous rejoindre et nous demande de but en blanc si nous sommes prêts à accepter une personne de plus dans la caravane. Interloqués par cette requête soudaine, nous lui demandons davantage d’explications. Comme à son habitude, il tente de noyer le poisson, esquivant les questions en expliquant vaguement qu’Alba en assez de vivre au village, et qu’elle voudrait partir en voyage avec nous.

Alors qu’il peine à nous convaincre, Alba, portant un petit baluchon, nous rejoint dans la clairière et reste tétanisée par l’aura inquiétante d’Oriane et des autres mages. Alors que Sigurd peine à la calmer (Alba se réfugie dans ses bras), Tillian se présente (Bonjour, moi c’est Tiliann ! lance-t-elle en souriant), faisant sursauter la villageoise, effarée par les ailes de la fée. Elle est suivie de près par Moustache (Et moi, c’est Moustache !) qui achève de terroriser Alba.
- C’est un démon ! lance la jeune femme en fixant le chat ailé (et parlant).
- Il est très gentil, tente de la rassurer Sigurd, toujours ambigu.
- Ce n’est pas grave si ce sont des démons. Je prendrai sur moi ! affirme courageusement Alba, toujours blottie dans les bras de son amant.
- Mais non, Moustache est une fée, tente d’expliquer Sigurd.
- Miaou, fait Moustache, peu convaincant dans son rôle de chat normal.
- Ce n’est pas grave, déclare Alba. Pour toi je supporterai tout ça…
- Viens, je vais te présenter Isabelle, lui dit Sigurd, essayant de trouver une personne rassurante. Isabelle est la pureté incarnée…
- C’est courageux de venir avec nous, intervient Isabelle après avoir été présentée.
- Je ne m’attendais pas à voyager avec tous ces démons, se lamente Alba.
- Mais non, Tiliann est une fée, commence Isabelle, qui entreprend de rassurer la villageoise et de lui expliquer la situation.

Pendant ce temps, la conversation entre Sigurd, Tiliann et Oriane se poursuit. Alba intervient, expliquant que Sigurd et elle ont décidé de s’enfuir ensemble. Pendant que le Prince pousse des soupirs (Depuis quand est-ce qu’on s’enfuit avec les femmes qui réchauffent votre couche ? marmonne-t-il en gaélique tout en s’éloignant), Oriane interroge Alba sur Gottfried et Constant, mais la villageoise affirme que son fils est désormais adulte (il doit avoir une quinzaine d’années) et que son mari n’a pas besoin d’elle et se remettra vite de son départ (Garcinda s’occupera de lui faire la cuisine, conclut-elle, pragmatique). Oriane, manifestement incapable de croire qu’Alba a pu succomber au charme de Sigurd, tente de trouver une explication plus rationnelle :
- Vous avez des problèmes avec votre mari ? interroge la Bonisagus avec hésitation. Il est violent avec vous ?
- Ah non, tout va bien, répond Alba, surprise par la question.

Oriane et Tiliann demandent également à Sigurd s’il a réfléchi aux conséquences de ce qui ressemblera à un enlèvement aux yeux des villageois. Les deux jeunes magiciennes estiment qu’il faudrait justifier le départ d’Alba pour ne pas nous retrouver avec le seigneur local et ses hommes à nos trousses. Oriane préconise qu’Alba explique directement la situation à son mari (regard horrifié de la villageoise) ou lui laisse au moins une lettre (Je ne sais pas écrire, avoue Alba).

Sigurd et Alba s’impatientent de voir le départ ainsi retardé.
- C’est bizarre ! lance à Tiliann le jeune Ex-Miscellanea, quelque peu excédé par nos hésitations. D’habitude, tu agis toujours inconsciemment, et là tu cherches à être prudente. Et tu admettras que tu n’as pas le sens de l’orientation !
- Oui, mais qu’est-ce que ça a à voir ? réplique la jeune Merinita.

En désespoir de cause, Sigurd va chercher De Rostre, le troubadour (soupçonneux à l’idée de suivre le jeune mage dans les bois), afin qu’Alba puisse lui expliquer de vive voix la raison de son départ. De Rostre reste dubitatif et refuse de servir de messager pour nous innocenter le cas échéant : il ne se voit pas vraiment expliquer à Gottfried et à Sire Tamitha qu’il savait qu’Alba allait quitter le village, mais qu’il n’a rien fait pour l’en empêcher.

Finalement, Oriane finit par convaincre Alba et Sigurd d’attendre que notre caravane soit partie avant qu’Alba ne disparaisse, afin que personne (hormis le troubadour…) ne puisse faire le lien entre nous et la disparue : nous allons nous éloigner de Pfalz d’une à deux semaines avant que Sigurd ne revienne chercher sa compagne. C’est donc sans Alba que nous quittons le village. En chemin, Sigurd commence à s’entrainer à monter à cheval afin de pouvoir revenir chercher son amante.

Bingen

En sortant du village, nous apercevons une île où se dressent les ruines d’un manoir (des brigands sont censés y résider, d’après ce que nous avait dit le bailli de Kaub il y a six ans). Pendant la journée, nous passons à côté d’une seconde île (qui nous donne froid dans le dos) avant d’arriver à Bingen en début d’après-midi. Nous nous y arrêtons jusqu’au soir pour nous recaler dans notre voyage, et ainsi faire coïncider nos arrêts du soir avec l’arrivée dans les agglomérations.

Un château tout neuf (le bourg Ehrenfels) surplombe la ville, juste en face de celle-ci. Un peu plus loin se dresse le monastère de Rupertsberg, récent lui aussi, fondé par Hildegard von Bingen.

Isabelle et Sigurd vont visiter le monastère et sont accueillis par une sœur qui les fait entrer. A l’intérieur, il y a une petite chapelle où il est possible de se recueillir. Le monastère possède quelques-uns des traités de médecine et de musique écrits par Hildegard et, dans la crypte qui abrite les reliques de la mystique, Sigurd sent que la magie est étouffée, ses sens semblent exacerbés, les détails plus précis et plus colorés qu’habituellement. Isabelle pour sa part ressent un profond sentiment de recueillement provoqué par la sainteté du lieu. Pour la première fois de sa vie, c’est sans la moindre arrière-pensée que Sigurd regarde Isabelle pendant qu’elle adresse ses prières au Tout-Puissant.

Intriguée par le compte-rendu de cette visite, Oriane décide d’y aller à son tour, accompagnée d’Isabelle : cette dernière est suffisamment convaincante pour permettre à Oriane d’accéder à la crypte, où elle ressent la même chose que Sigurd. En double vue, elle constate la présence d’une aura divine aussi puissante que celle d’une cathédrale, mais d’une nature différente. En effet, les auras qu’a ressenties Oriane dans les villes, les églises ou les cathédrales donnaient l’impression à la jeune Bonisagus de se trouver enveloppée dans du coton, et sa vision en double vue était moins claire et portait moins loin. Ici, au contraire, tout semble plus net, même en vision normale, un peu comme dans un regio. Conscientia avait vaguement évoqué ces différentes auras divines lors de notre premier voyage à Remagen, au cours de l’été 1211, mais Oriane n’en avait jamais fait l’expérience auparavant. Cette aura a l’air plus réelle, plus divine d’une certaine manière, que les autres auras divines, comme si ces dernières n’étaient issues que de la présence quotidienne des croyants, engendrée par une foi ordinaire en quelque sorte, alors que celle de la crypte était née de la présence d’un être véritablement béni. Oriane regrette d’être née trop tard pour rencontrer Hildegard et se dit qu’il serait intéressant d’étudier ces vraies auras divines, et aussi de rencontrer un Ange ou un autre résident des Royaumes Divins. De plus, Oriane remarque qu’émane d’Isabelle quelque chose de particulièrement… inspirant ; la sérénité que dégage son amie semble presque tangible. L’ambiance est extrêmement paisible et agréable, et la jeune mage comprend pourquoi des gens décident de se retirer dans des monastères. Oriane profite de cette proximité manifeste avec le Divin pour prier pour l’âme de Sigurd : puisse-t-il se détourner de la voie de la damnation et emprunter avant qu’il ne soit trop tard le sentier de la rédemption.

Aux portes de la Cour d’Eté

Nous reprenons la route le lendemain matin, en direction de Mainz, en passant par la Forêt Palatine, qui abrite la Cour d’Eté. Finley nous explique qu’ici la forêt est à la fois féerique et magique. Cependant, ce n’est qu’après avoir dépassé Mainz que nous serons au plus près de la Cour d’Eté ; nous poursuivons donc notre route.

Mainz est une grosse ville commerçante et religieuse, qui abrite notamment l’église Saint-Gothard, qui est l’église privée de l’archevêque, et d’où émane une importante aura magique. Ce dernier, rappelons-le, dispose dans le Saint-Empire Romain Germanique des mêmes prérogatives que le Pape. La cité est un gros carrefour marchand, et les quais sont surpeuplés. En se promenant en ville, Oriane et Isabelle pénètrent par hasard dans le quartier juif. Il abrite une académie de théologie et de droit, mais seuls les hommes y ont accès (Grrmmm). Les deux jeunes femmes passent également devant une synagogue d’où émane une aura divine similaire à celle des églises. Les hommes arborent systématiquement un symbole, cousu sur leurs vêtements, représentant un cercle ou une roue. Et les femmes étant rares dans les rues, Oriane et Isabelle sortent rapidement de ce quartier où elles attirent facilement l’attention.

Le lendemain, nous partons en direction de Worms. Nous nous sommes suffisamment rapprochés de la Cour d’Eté, qui n’est plus qu’à deux jours de marche : Tiliann, Finley, Oriane et Sigurd, accompagnés d’Amelle et d’Isabelle, partent pour visiter la Cour tandis que la caravane s’installe dans les bois.

Nous avançons dans la forêt et, le deuxième jour, nous repérons un cerf de belle taille qui nous observe d’un air supérieur, avant de continuer son chemin. En fin d’après-midi nous arrivons dans une clairière où se trouvent trois petites créatures très minces habillées d’un curieux mélange de vêtements bariolés et d’armures de paille. Nous essayons de leur expliquer que nous venons visiter la région, mais sans vraiment réussir à les convaincre : elles commencent par penser que nous sommes là pour nous enrôler dans leur troupe, puis que nous sommes venus pour nous marier. Finalement, nous parvenons à les persuader que nous sommes bien des mages en compagnonnage, qui sont là pour visiter, découvrir et apprendre.

Ils partent chercher une sorte de chambellan de la Cour d’Eté qui vient nous renseigner : une grande créature longiligne, avec des cheveux multicolores en bataille, affublé d’un mélange hétéroclite de vêtements de très grande qualité. Au fil de la conversation, il nous explique qu’il n’est pas possible de simplement visiter les lieux, et que tout nouvel arrivant à la Cour doit être présenté au Roi. Pour que des étrangers comme nous soient autorisés à entrer, il faut soit venir proposer ses services à Sa Majesté, soit lui offrir un présent royal.

A défaut, il est envisageable d’offrir un présent d’un autre type : les fées se nourrissant de glamour, un spectacle mémorable mettant en avant des valeurs martiales serait probablement apprécié. Malheureusement, cela ne fait pas partie de notre répertoire actuel et, manifestement dépourvus de tout présent digne d’un Roi, nous ne voyons pas quel cadeau nous pourrions lui offrir. Afin d’éviter de commettre un impair diplomatique, nous décidons donc d’en rester là. Une fois de retour à la caravane, nous reprenons la route de Worms, pendant que Sigurd retourne vers Pfalz pour y récupérer Alba.

Comme la plupart des cités que nous avons visitées jusqu’ici, Worms possède une gigantesque cathédrale – la cathédrale Saint-Pierre, bâtie sur un antique château. Sur le mur nord de la cathédrale est gravée l’inscription suivante : Ici fut érigé le Saint Temple des Romains, la Forteresse Royale des Nibelung, le Palais de Charlemagne. La ville abrite aussi un quartier juif. Nous y apprenons que les lois religieuses en vigueur obligent tous les Juifs mâles âgés de plus 7 ans à s’identifier par un cercle cousu sur leurs vêtements…

Speyer

Nous partons ensuite pour Speyer. Oriane et Isabelle en profitent pour visiter la cathédrale, qui fait l’objet d’une curieuse légende. En effet, depuis que la cathédrale est achevée, les cloches sonnent mystérieusement toutes seules à chaque décès d’un Empereur germanique. A la mort d’Henri IV, les cloches n’ont pas sonné, mais ce dernier avait été excommunié par le Pape et contraint à l’abdication à la suite des manigances de son propre fils, qui avait ainsi pu déposer son père et se faire lui-même couronner sous le nom d’Henri V. Cinq ans plus tard, ce dernier demanda au Pape de révoquer l’excommunication de son père ; le corps d’Henri IV fut alors conduit à la cathédrale de Speyer, et les cloches se mirent à sonner à ce moment-là. Lorsqu’Henri V mourut à son tour, les cloches sonnèrent un glas particulier : non pas celui qui retentit à la mort des empereurs, mais le glas correspondant au décès d’un pêcheur qu’on mène à son exécution. En observant le beffroi de la cathédrale, Oriane remarque que, comme la crypte du monastère de Rupertsberg, le clocher est plus net, que plus de détails sont perceptibles, et qu’il en émane une aura similaire à celle de Rupertsberg. Encore une vraie aura divine ! Regrettant de ne pouvoir monter dans le beffroi – la porte est malheureusement verrouillée, et il n’est guère aisé de pratiquer la magie dans l’aura qui baigne la cathédrale – Oriane renonce en grommelant à aller voir les cloches de plus près.

Pendant que Sigurd retrouve Alba à Pfalz, nous prenons la direction Strasbourg et traversons plusieurs petits villages. Nous nous installons finalement aux abords de Strasbourg pour y attendre Sigurd avant de traverser le Rhin. Nous profitons de cette pause pour réfléchir à un moyen de gagner notre subsistance, mais ce n’est pas évident de nous transformer en travailleurs, peu d’entre nous ayant des compétences ayant une valeur marchande…

La Forêt Noire

Lorsque Sigurd nous rejoint deux semaines plus tard, nous traversons le Rhin et pénétrons dans la Forêt Noire. Les deux premiers jours se passent sans trop de problème, même si l’atmosphère devient de plus en plus oppressante. Le troisième jour, nous nous enfonçons toujours plus profondément dans une forêt de plus en plus dense, sombre et silencieuse. Le quatrième jour, la tension au sein de notre petit groupe est palpable, notre avancée se fait dans un silence de plomb, et la nuit est tout sauf reposante, même si personne ne panique encore.

Le cinquième jour, le point de rupture est quasiment atteint. Heureusement, Finley, Tiliann (à l’aide d’un sort creo mentem qui leur inspire du courage) et Oriane parviennent à pousser le groupe vers l’avant, même si tout le monde traine des pieds. Arrivés près de Dankmar, il nous faut encore guider nos compagnons un par un jusqu’à l’alliance, car cette dernière est protégée par un sortilège qui désoriente les vulgaires et les empêche de la trouver.

Eté 1222 : Arrivée à Dankmar

Bienvenue à Dankmar !

Nous parvenons finalement tous au pied d’une haute palissade de bois, et nous demandons l’hospitalité à aux gardes qui protègent la porte.

Nous sommes accueillis par Jiphella, qui est aussi antipathique qu’elle est moche : une vieille bonne femme obèse, au cou épais, avec un quadruple menton et une énorme verrue sur son nez crochu. Beurk ! Son œil gauche est d’une couleur orange-marronâtre tandis que le droit possède un iris rouge sang.
- Que les Compagnons s’avancent ! éructe-t-elle en guise de bienvenue. Que les mages !
Nous approchons en silence, elle nous toise sans aménité et lance : Vous êtes l’espèce de troupe qui s’est produite à Durenmar, hein ?
Sigurd prend la parole et demande officiellement l’hospitalité pour toute notre troupe. Jiphella semble réfléchir un instant à la possibilité de nous laisser dehors, fait la moue, crache par terre et finit par se résigner : Bon, entrez !

Avant de nous laisser pénétrer dans l’alliance, elle nous confie de petits crânes d’oiseaux qui nous permettront d’utiliser notre magie au sein de l’aegis, non sans nous avoir sermonnés pour notre manque de prudence (déjà bien heureux d’être accueillis, nous étions prêts à entrer sans demander notre reste).

Alors que Tiliann pénètre dans l’alliance, Jiphella l’apostrophe tout en désignant Moustache du regard.
- C’est quoi, ça !!?
- C’est à moi, répond prudemment la jeune Merinita.
- Vous y tenez ?
- Oui ! fait vivement Tiliann.
- Alors, évitez de le laisser sortir. Ses cousins de la région pourraient ne pas l’apprécier. Ou trop l’apprécier, conclut Jiphella avec un sourire torve.

A l’intérieur, Dankmar est composée d’austères bâtiments de bois couverts de mousse et de champignons, ainsi que de quatre petites tours carrées en pierre, hautes d’un unique étage. Larinda est chargée de nous accueillir dans ses quartiers (Larinda ! Tu les recevras dans ta tour. On avait dit que tu avais le droit de l’utiliser, sauf lorsqu’il y a des visiteurs !) car l’alliance n’a pas encore eu le temps de bâtir une cinquième tour pour les hôtes inopportuns.

Quelque temps plus tard, les mages sont reçus dans la salle commune par les trois membres de l’alliance :
- la mère de Larinda, Jiphella Ex-Miscellanea ;
- une femme tout en longueur et extrêmement maigre, comme une brindille (30 kg pour 2 mètres), aux traits anguleux, à l’air franchement inquiétant, les cheveux noués en un chignon dressé au sommet du crâne (comme si elle n’était pas assez grande comme ça) : Orphedra de Merinita, la tante de Larinda (Ce n’est pas vraiment ma tante, nous confie la jeune Ex-Miscellanea, mais elle aime que je l’appelle comme ça) ;
- et pour compléter l’horrible trio, une vieille sorcière toute rabougrie d’1m30, vêtue d’une houppelande noire qui ne laisse dépasser qu’un long nez crochu orné de verrues : Schadrit Ex-Miscellanea, Prima de Dankmar et grand-mère de Larinda.

Une fois les présentations terminées (ça aurait pu être pire…), nous allons finir de nous installer. Tiliann, Finley, Oriane, Sigurd, Alba, Wolfgang et Moustache logeront tant bien que mal au rez-de-chaussée de la tour de Larinda, où ils sont quelque peu à l’étroit, le laboratoire occupant tout l’étage (On serait à l’aise à deux ou trois, mais à six, sans compter Moustache, il ne faut pas craindre la promiscuité). Le Prince, Isabelle, Rivannon, Elsa, Amelle, Swanahilde, Arthur et leurs nourrices se voient réserver une des maisons en bois de l’alliance, dont les occupants – une famille de serviteurs – sont délogés pour l’occasion. Nos autres compagnons doivent se contenter de l’étable. Quant à Herodius, incommodé par l’aura féerique qui baigne toute l’alliance (et par la promiscuité de la tour de Larinda), il décide d’aller séjourner dans la forêt, à la limite de l’aura.

Le compagnonnage de Larinda

Quelques jours plus tard, Finley traine Tiliann derrière lui et ils vont frapper ensemble à la tour de Jiphella pour aller discuter avec elle du compagnonnage de Larinda.
- Ah, Hansel et Gretel, qu’est-ce que vous faites-là ? Ah non, c’est quoi vos noms, déjà ?
- Finley et Tiliann.
- Ah oui, Hansel et Gretel, c’était les derniers. Bon, entrez !
Finley et Tiliann expliquent qu’on compte faire le tour de toutes les alliances du Tribunal, et qu’on voudrait que Larinda nous accompagne.
- Ca va vous prendre une éternité, ça, grommelle Jiphella.
- Au moins une dizaine d’années, reconnait Finley, optimiste.
- Bon, je vais en discuter avec elle.

Contre toute attente, et malgré l’ampleur de notre circuit, Jiphella accepte sans trop se faire prier, à condition que Larinda fasse tout le trajet avec nous, puis que nous l’escortions jusqu’ici pour qu’elle s’installe définitivement à Dankmar.

En discutant avec Larinda, nous apprenons que l’alliance a conclu un pacte avec des fées de l’Ombre. Dans les environs, il y a surtout des fées d’Ombre qui n’ont pas de forme physique sur ce plan d’existence. Ce ne sont pas des Bockmen comme à d’autres endroits de la Forêt Noire. Ce sont des fées qui se nourrissent de toutes les émotions sombres et négatives. Mais bon, vous êtes en vie, c’est donc qu’elles ont été assez aimables. Quand vous repartirez, Orphedra et Schadrit les préviendront.

Larinda elle-même a du sang féerique, ce qui explique ses yeux violet, mais elle ne connaît pas son père. Ce n’est pas nécessaire, nous explique-t-elle, ça ne fait pas partie de la tradition. La tradition doit se perpétuer : un pacte avec des fées, c’est un pacte avec des fées. Mais bon, j’ai encore le temps d’y penser. C’est pour ça qu’il faut que je revienne. Et puis, c’est un devoir vis-à-vis de ma famille…

Du coup, on comprend mieux l’insistance de Jiphella pour que sa fille s’installe à Dankmar : Larinda fait partie du pacte, de même que sa descendance ; il est donc hors de question pour les sorcières de laisser la jeune mage s’installer ailleurs.

On apprend également Larinda est spécialisée dans la magie liée à la nature. Elle a des affinités avec aquam, auram, herbam et animal, ainsi qu’une affinité avec l’art mentem, pour des raisons familiales. Elle est également un peu apothicaire, et elle aime bien fabriquer des potions.

La Guerre du Schisme

Tous les soirs, les mages mangent ensemble tandis que les autres soupent dans une salle à part. Alba, en tant que compagne de Sigurd, est généralement invitée à manger avec les mages, sauf lorsque l’ordre du jour concerne les affaires de l’Ordre.

Un soir, intriguée par une remarque à propos d’alliances disparues faite par Schadrit le jour de notre arrivée, Oriane oriente la conversation sur l’histoire de l’Ordre et explique qu’elle s’intéresse à la Guerre du Schisme mais qu’elle n’a guère trouvé d’information dans les minutes des tribunaux.

Après un instant de silence, Schadrit prend la parole. Ce que vous ne trouverez pas dans les minutes des tribunaux, c’est que lors de la destruction de Waldherz, il y a eu une survivante, qui s’est caché durant plus d’une quarantaine d’années après ces événements. Elle a pris une apprentie et, alors que son apprentie n’était qu’à un ou deux ans de lever le Gant, elle est allée à Durenmar en espérant obtenir le pardon de ses pairs, quatre décennies plus tard. Vous savez ce qu’ont fait les Bonisagus de Durenmar ? Leur pardon a été formidable : ils l’ont bannie de la Maison Bonisagus, faisant d’elle une Ex-Miscellanea. Ils l’ont bannie sans hésiter. Et ce faisant, ils ont bannie son apprentie, qui aurait pu devenir une Bonisagus. Ils ont fait d’elles des Magae Orbi. Tout cela pour s’être rangée, plus de quarante ans auparavant, du côté de Waldherz. Quoi de plus logique. Après tout, les Bonisagus n’avaient pas hésité à exécuter froidement le propre pater de la maga en question, bien qu’il ait été l’avant-dernier apprenti de Bonisagus lui-même. Maintenant, conclut Schadrit en fixant Oriane, vous comprenez pourquoi, même si ce n’est pas de votre faute, je hais tous ceux qui portent votre nom.

Un silence de mort fait suite à cette révélation poignante. Le fondateur de Waldherz, Hercynius de Bonisagus, est donc le parens de la mater de Schadrit (Aschlarandra). Après son bannissement de la Maison Bonisagus, Aschlarandra a fondé l’alliance de Dankmar en opposition et en réaction à Durenmar. Et Schadrit aurait donc, calcule-t-on, pas loin de 200 ans, ce qui en fait probablement la plus vieille mage du Tribunal (Pas étonnant qu’ici le Praeco ne soit pas le mage le plus ancien du Tribunal, songe Oriane).

Oriane essaie bien de poser quelques questions supplémentaires sur les Druides et les raisons de la Guerre du Schisme, mais Schadrit ne veut pas évoquer plus avant cette tragédie : les motivations, les détails, cela est désormais bien loin et sans importance ; seule la flamme glaciale d’une haine inextinguible continue à brûler en elle après toutes ces décennies.

Automne 1222 : Première saison à Dankmar

Le pacte avec Schadrit

Sigurd va voir Schadrit pour lui parler de notre projet de compagnonnage littéraire, et elle ne semble pas opposée à cette idée.

Sigurd en profite pour demander à la vieille sorcière de lui apprendre l’art mentem, dont elle est une spécialiste (C’est elle qui a rédigé le De Summa Imperii dont la bibliothèque de Drachenfels possède une copie). Pendant un instant, le jeune homme ne peut s’empêcher de lui lancer un regard luxurieux qui n’échappe pas à la magicienne. Celle-ci lui demande ce qu’il peut proposer en échange.
- Je suis Ex-Miscellanea, commence Sigurd, mais je suis aussi Rustica. Je ne sais pas si vous connaissez ?
- Non.
Sigurd lui présente rapidement sa spécialité d’Ex-Miscellanea et propose de la lui enseigner, mais Schadrit ne semble guère intéressée : Ce n’est pas à mon âge que je vais apprendre une nouvelle tradition, coupe-t-elle. Par contre, continue-t-elle avec un sourire en coin, je pense vous avoir bien cerné et avoir trouvé une tâche à la mesure de vos capacités. Voyez-vous, ici nous vivons en autarcie. Alors certes, on accouple les serviteurs, mais on manque un peu de sang neuf. De votre côté, vous m’avez l’air vigoureux, peu regardant… Je vous présenterai quelques femmes potables. Certes, elles ne seront pas aussi belles que celles avec lesquelles vous voyagez, mais elles n’opposeront pas de résistance. Ne vous occupez pas de leur mari qui sera là, il ne vous dérangera pas. Et dès que vous vous y serez mis, poursuit Schadrit, vous pourrez venir me voir pour que je vous explique comment vous pouvez faire ce que vous voulez faire : faire oublier ce que vous avez fait, convaincre les gens de faire ce que vous voulez.

Au cours de la nuit suivante, Sigurd tente donc de s’esquiver, mais Alba le surprend, le suit hors de la tour, et Sigurd honore finalement sa compagne plutôt que son pacte avec Schadrit. La nuit d’après, Sigurd est plus discret, et il rejoint deux jeunes femmes qui l’attendent dans un lit, avec leurs maris allongés à côté d’elles. Le jeune mage fait son office, mais les filles ne disent mot et se comportent comme des pantins entre ses mains. Sigurd est tout d’abord surpris par leur absence de réaction, mais il en tire rapidement un plaisir pervers et ne rejoint la tour de Larinda qu’au petit matin.

Les nuits suivantes, Sigurd répète son manège, alternant les partenaires, mais naturellement, Alba, qui partage sa couche, remarque qu’il se lève presque toutes les nuits. Le jeune Ex-Miscellanea varie les explications : besoins naturels à satisfaire, insomnie, promenade digestive. Il finit par expliquer à sa compagne qu’il va étudier la magie avec Schadrit.

Dans jours qui suivent, Sigurd va effectivement étudier l’art mentem avec la prima. Elle lui reproche de ne pas avoir lu le De Summa Imperii (hum, un ouvrage de jeunesse…) que nous avions à Drachenfels (Vous avez de la chance que je sois quelqu’un d’ouvert. Je connais des Bonisagus qui auraient très mal pris que vous ne lisiez pas leur ouvrage en entier avant d’aller déranger l’auteur) mais elle lui dispense tout de même ses enseignements.

Alba n’est pas la seule à être réveillée, ni intriguée, par les disparitions nocturnes de Sigurd. Vu le nombre de personnes entassées dans la tour de Larinda, il est effectivement difficile de s’esquiver sans être remarqué. Une nuit, alors qu’elle est réveillée par une escapade de Sigurd, Oriane décide de le suivre. Elle se glisse à l’extérieur et le file jusqu’à la maison d’une famille de servants de l’alliance. Oriane se rend alors compte qu’elle est elle-même suivie par Alba. Les deux femmes s’approchent d’un volet entrouvert et, entendant les halètements d’un jeune homme, aperçoivent vaguement, dans la pénombre, Sigurd besogner une jeune femme silencieuse. Alba reste figée, littéralement fascinée par le spectacle.

Le lendemain, Alba prend son compagnon à part et lui avoue qu’elle l’a suivi la nuit précédente et qu’elle a assisté à ses ébats.
- Je comprends que tu sois déçue, lui répond Sigurd. Tu peux partir, si tu veux…
- Partir ? Non ! se récrit Alba. Mais participer, je veux bien. A te voir comme ça, la nuit dernière, je me suis sentie toute chose…
Sigurd lui explique alors qu’il préférerait passer ses nuits avec elle, mais qu’il fait ça pour rendre service à l’alliance.

Plus tard dans la journée, Alba, ravie, vient trouver Oriane et lui glisse à voix basse : J’ai parlé avec Sigurd ce matin, avant de lui expliquer que Sigurd couche avec des servantes à la demande de la prima pour renouveler la population de l’alliance. Rassurez-vous, il fait ça pour rendre service, conclut-elle devant l’air effaré de la jeune Bonisagus. C’est totalement normal…

Tellement normal que, au cours des nuits suivantes, Alba accompagne souvent Sigurd dans ses expéditions nocturnes…

La magie féerique et la Guilde du Sureau

Par l’intermédiaire de Larinda, Tiliann réussit à avoir quelques entretiens avec Schadrit et Orphedra, pour discuter de magie féérique et de la Guilde du Sureau.

Les deux sorcières sont très inquiétantes, et semblent en plus prendre un malin plaisir à voir Tiliann poser ses questions en hésitant et en frissonnant. Orphedra encore plus que Schadrit d’ailleurs : elle aime voir ses interlocuteurs avoir peur. Schadrit semble avoir appris un certain nombre de mystères féériques d’Orphedra : elle doit être l’une des rares mages non Merinita à manier la magie féérique par exemple.

Les fées de l’Ombre de la région répondent toutes à l’Esprit de la Forêt Noire : le Roi Sapin de la Montagne Noire. Cet esprit est un être féérique, c’est la raison pour laquelle les auras de la Forêt Noire sont essentiellement féériques. Les mages de Dankmar ont passé un pacte avec le Roi Sapin pour préserver leur alliance, pacte dont la raison première est simple : une haine commune, le Roi semblant détester Durenmar au moins autant que Schadrit.

Ceci étant, les fées de l’Ombre ne sont pas si terribles, si on accepte qu’on va forcément perdre quelque chose en les fréquentant. Le tout est de savoir ce que l’on va perdre selon la nature de la fée. Le problème, c’est que le concept de bien et de mal n’existe pas pour les fées, qu’elles soient d’Ombre ou de Lumière : seul leur rôle importe, alors si on essaye de les fréquenter en tentant de préserver une morale, c’est assez caduc.

Bien sûr, les fées de l’Ombre se nourrissent souvent de sentiments plus sombres que les fées de Lumière. Mais, par exemple, l’énergie sexuelle ou encore la fécondation est souvent quelque chose qui est associée aux fées de Lumière : cela n’empêche que si des gens bien-pensant croisent leur chemin, cela ressemblera souvent à un viol d’après elles.

Concernant la Guilde du Sureau, leur point de vue est assez simple : appartenir à la guilde leur donne un certain degré de protection tout en leur permettant de continuer à étudier la Féérie.

Herodius et Larinda

Au vu de l’aura féérique de l’alliance, Herodius, comme on l’a dit, est très vite retourné séjourner dans la forêt à la limite de l’aura, d’autant que la promiscuité de la chambre ne le mettait guère à l’aise non plus.

Pour occuper sa saison automnale, le jeune Bjornaer se serait bien terré dans la bibliothèque, mais la contrepartie étant de réaliser une copie en échange de la consultation d’un livre, cela lui paraît vite compromis au vu de ses non-compétences de scribe et de l’aura qui l’empêche de se concentrer.

Ne voulant pas déjà abandonner ses amis à peine le compagnonnage entamé en volant vers Drachenfels (Crintera étant elle un peu loin), Herodius finit par porter son attention sur Larinda (ou le contraire peut-être). Les deux mages en viennent à se trouver de nombreux points communs (du moins autant que des discussions entre deux personnes extrêmement laconiques peuvent en faire ressortir), l’Ex-Miscellanea ayant une connaissance du monde et de la société à peine supérieure à Herodius lorsque Gwidion l’amena à Drachenfels.

Ils finissent par décider de s’enseigner mutuellement les arts magiques pendant l’automne et l’hiver. Herodius commence à enseigner l’art herbam à Larinda. Celle-ci s’avère avoir des facilités dans cet art et elle trouve le Bjornaer très bon professeur, arrivant à dispenser son savoir en très peu de mots.

Pendant l’hiver, ce sera ensuite au tour d’Herodius de recevoir les enseignements en auram de Larinda.

Travaux de laboratoire et de plume

Pendant ce temps, Oriane s’installe dans le laboratoire de Larinda pour ré-inventer le sortilège de Repos du soir de Conscientia (un sort qui permet à l’objet touché par le mage – une couverture par exemple – d’émettre de la chaleur) que la jeune Bonisagus n’a pas eu le temps d’apprendre avant son départ, et qui sera probablement bien utile – surtout pour ses compagnons – au cours du voyage. Vu que c’est sa première création (fort peu originale, il est vrai), elle le rebaptise Dormir dans les bras du dragon (Grrmmm. Au moins, pour une fois, il y aura quelqu’un qui dormira dans les bras du dragon, ronchonne-t-elle).

Tant qu’elle y est, Oriane invente aussi un petit sort de lumière, Chandelle sans flamme, version plus modeste de Lampe sans flamme. (Ca pourra toujours servir pour rassurer les enfants songe-t-elle, ou pour lire la nuit, la Paume de flammes odorantes de Conscientia étant, si l’on n’y prend garde, quelque peu dangereuse pour les ouvrages).

De son côté, Finley, dans le cadre du compagnonnage littéraire, recopie un tractatus d’hypnotisme que lui a confié Schadrit : le De Imperio Mentis Corpori (Du Pouvoir de l’Esprit sur le Corps). Voilà un ouvrage atypique qui devrait intéresser le bibliothécaire de Durenmar !

Oriane demande également à Othmar d’effectuer une copie du Codex Draconum, afin de l’offrir, indépendamment du compagnonnage littéraire, à nos hôtesses.

Pendant ce temps, Tiliann lit le Vera Medicina, le tractatus que l’on a apporté de Durenmar et que l’on va laisser à Dankmar. (Il ne faut pas gâcher.)

Hiver 1222 : Seconde saison à Dankmar

Activités hivernales

Tiliann s’installe dans le laboratoire pour inventer un sort creo auram complément ignem (niveau 10) qu’elle baptise Confort d’une brise printanière : une variation sur le thème de la Chambre des brises printanières qui crée un courant d’air de la même façon, mais celui-ci peut être chauffé à la température choisie par le mage pour les longues soirées d’hiver (par contre, la température ne peut pas être abaissé ou régulée, et on ne peut dépasser ainsi la température d’un bon chauffage). Voilà qui va être bien utile pour le voyage !

Larinda enseigne l’art auram à Herodius, et elle se révèle être un aussi bon professeur que le pater du jeune Bjornaer.

Oriane consacre l’hiver à la lecture du Vera Medicina. Chacune son tour…

A la fin de l’hiver, Oriane offre à nos hôtesses la copie du Codex Draconum réalisée par Othmar. Les trois sorcières sont surprises (Vous voulez quoi en échange ? fait Schadrit. Rien. C’est un cadeau. répond Oriane. Grmh, grommelle Jiphella) mais acceptent le présent comme une contrepartie pour nous avoir nourri et logé pendant notre séjour. Il est vrai que, à 24 visiteurs, nous avons sérieusement mis à mal les réserves de l’alliance, et que nous n’avons guère pu – du fait de l’absence de chasseur dans notre groupe – contribuer au renouvellement des provisions.

Le pacte de Sigurd (suite)

Au début de l’hiver, les œuvres nocturnes de Sigurd n’ont guère porté de fruits. Schadrit, qui voudrait bien qu’au moins la moitié des servantes qu’elle a offertes au jeune homme soient enceintes, fait miroiter à Sigurd une autre saison d’études avec elle s’il parvient à obtenir l’aide de ses compagnons.

Sigurd va donc parler au Prince. Aedh se méprend, pensant que Schadrit vient de faire cette proposition à Sigurd, et que ce dernier hésite et lui demande conseil. Le Prince pose quelques questions puis aborde un point crucial : Elles sont consentantes ?
- Pas vraiment, reconnaît Sigurd. Elles ne sont pas très expressives. Je pense qu’elles sont magiquement distraites…
- C’est du viol donc, fait le Prince, contenant sa colère.
- Pas vraiment. Enfin, je suppose qu’on pourrait voir les choses comme ça, répond Sigurd sans se démonter.
- Dans mon pays, on verrait exactement les choses comme ça, tranche le Prince sur un ton glacial. Il va falloir que tu te décides tout seul.
- En fait, continue Sigurd, j’ai contracté un accord avec la Vieille. Je dois lui rendre service pour qu’elle me rende service à son tour. Et j’aurais besoin de quelqu’un pour m’aider…
Comprenant que Sigurd a déjà commencé à rendre ainsi service à Schadrit, et qu’il lui demande de participer de surcroit, Aedh serre les dents de rage :
- Tu trouveras bien quelqu’un d’autre pour t’aider, conclut-t-il d’une voix tranchante comme l’acier.

Dans les jours qui suivent, on remarque que le Prince est en colère, et qu’il garde ses distances avec Rivannon. Ces deux-là ont dû se disputer, pense Oriane.

A la fin de l’hiver, le ventre de Maria et d’Heidi, deux des servantes de l’alliance et partenaires nocturnes de Sigurd, commence à s’arrondir.

Un jour, Alors que Finley, Drewall, Oriane, Larinda et le Prince discutent de la date du départ (au début du printemps ou plus tard dans la saison), Larinda fait remarquer : Peut-être que Sigurd voudra rester jusqu’à l’été, pour pouvoir assister à la naissance de ses enfants, non ?
Devant l’air stupéfait d’une partie de son auditoire (jusqu’ici, seuls Alba, Oriane et le Prince étaient au fait des activités nocturnes de Sigurd), la jeune Ex-Miscellanea explique :
- Nous sommes une petite communauté ici, et les serviteurs se reproduisent toujours entre eux. Alors, ma grand-mère a demandé à Sigurd s’il pourrait apporter un peu de sang neuf en couchant avec des servantes. Alors je me suis dit qu’il voudrait peut-être rester quelques mois de plus pour voir ses enfants…
- Je ne pense pas que Sigurd soit intéressé par les enfants, fait Oriane, songeant à la petite Swanahilde.
- Vous saviez ce que faisait Sigurd ? intervient Aedh, s’adressant à Oriane et lui lançant un regard soupçonneux et courroucé.
- Je l’ai surpris au début de notre séjour, confesse la jeune mage en rougissant légèrement. Mais bon, Alba le sait aussi et ça ne la dérange pas. Et puis, Sigurd est tout de même plutôt beau garçon : je suppose que les volontaires n’auront pas manqué parmi les jeunes servantes célibataires, conclut Oriane avec une honnêteté bien naïve.

Après une longue hésitation, Aedh entreprend alors d’expliquer à la jeune Bonisagus que, il y a quelques mois, Sigurd est venu le trouver en lui expliquant ce qu’il faisait et en lui demandant de l’aider, tout en précisant que les jeunes femmes n’étaient pas réactives. Ce qui semble avoir particulièrement énervé le Prince, c’est que, sachant cela, Sigurd accepte tout de même de prendre part à cette infamie…
Oriane tombe des nues : Vous voulez dire que les servantes étaient sous un effet d’hypnose ? demande-t-elle en songeant au tractatus qu’a copié Finley l’automne dernier.
Sans s’émouvoir, Larinda lui répond que, dans l’alliance, tous les serviteurs sont en permanence sous l’effet d’hypnotisme ou de sorts mentem. C’est plus efficace comme organisation, et puis, ils sont heureux. Ce n’est pas partout comme ça ? conclut la jeune fille, avec tout autant de naïveté qu’Oriane.

Stupéfaite, la Bonisagus repense a posteriori à l’organisation de Dankmar : Jiphella donne les ordres aux servants, Orphedra semble les terrifier (elle a probablement un Don tapageur) et Schadrit ne sort guère de son laboratoire que pour les repas (et encore, probablement par ce que nous sommes-là). Oriane s’est bien rendu compte que les serviteurs semblaient un peu… ternes, mais elle avait mis cela sur le compte d’une sorte de déprime due à l’ambiance oppressante de la forêt toute proche, et aux conditions de vie pour le moins austères (surtout en comparaison avec Drachenfels).
Note d’Oriane pour plus tard : S’intéresser davantage à l’organisation des alliances qu’on visite.

Après ces révélations, nous parvenons rapidement à une décision : nous quitterons Dankmar dès les premiers jours du printemps.

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LE GANT - LE TRIBUNAL DE DURENMAR - PREPARATION DU COMPAGNONNAGE
Année 1221

Printemps 1221 : Le Gant

Un soir, au diner, nos parentes nous annoncent que nous allons bientôt passer notre gant. C’est avec une certaine appréhension mêlée d’excitation que nous allons nous coucher.

Premier jour

Le lendemain matin, nous nous réveillons sur un tapis d’herbe encore tout humide de rosée, complètement nus, et accompagnés de trois cadavres de personnes assez âgées (deux femmes et un homme).

Pendant que Finley nous crée magiquement des vêtements, les deux filles examinent les corps : Oriane ne trouve pas de trace de blessure pouvant expliquer le décès ; par contre Tiliann perçoit sur les corps une magie corpus active de sixième magnitude.

Une fois vêtus de robes de soie (qui sont) impénétrables, ainsi que de petits chaussons faits de la même matière (et que Tiliann a pris soin, sur une suggestion de Finley théorisée par Oriane, de rendre moins glissants), nous examinons davantage les alentours. Au pied de l’arbre où nous sommes est écrit avec de la sève un texte en latin. Le latin utilisé est archaïque, mais Oriane arrive tout de même à le déchiffrer (Le texte n’est pas archaïque, mais classique : du latin datant de la République ; facile quand on a lu Cicéron) : Ceci est votre gant. Votre mission est de rejoindre Durenmar dans un délai de trois jours, en y amenant chacun un des cadavres en bon état.

Finley communie avec la forêt, identifie que nous sommes dans la Forêt Noire, avec des fées pas forcément amicales à proximité, et nous indique la direction de Durenmar.

Reste le problème des corps à transporter, car nous sommes loin d’être des athlètes. Finley réduit la taille des corps à celle de corps d’enfants (et fait en sorte qu’ils ne puissent pas pourrir), ce qui nous permet de les transporter sans être trop ralentis.

En chemin, nous croisons un sanglier, que nous laissons passer d’autant plus volontiers que la faim ne nous tenaille pas encore. Vers midi, nous faisons une pause et trouvons suffisamment de baies et autres végétaux (qu’on fait descendre avec un jus de pommes magique de Finley ; ses créations magiques ayant un goût de pomme, autant qu’il fasse carrément du jus de pommes) qui, sans nous rassasier, nous permettent de reprendre quelques forces. Nous repartons et progressons le reste de l’après-midi, et nous nous arrêtons avant que le crépuscule n’arrive (et que nos sorts ne se terminent).

Nous nous installons plus ou moins confortablement dans trois cercles magiques concentriques (un Cercle du repos tranquille et un Cercle de protection contre les animaux lancés par Oriane et, plus délicat, un Cercle de protection contre les êtres féeriques des bois tissé par Finley) chauffés par un courant d’air chaud incanté par Tiliann, et organisons des tours de garde. Tiliann prend le premier, et ressent assez vite l’atmosphère oppressante de la forêt. Son angoisse ne fait qu’augmenter, et elle finit par aller se blottir, toute tremblante de peur et emmaillotée dans la couverture de soie, près de Finley. Ce dernier et Oriane finissent par se réveiller mais, bien que ressentant eux aussi l’atmosphère oppressante qui se dégage des lieux, réussissent à contenir leur peur : Oriane serre les dents en grondant et en se convaincant qu’un dragon n’a peur de rien, et Finley, de son côté, a assez de détachement pour se rendre compte que quelque chose ou quelqu’un distille ce sentiment d’angoisse (probablement les fameux Bockmen dont on avait entendu parler il y a sept ans de cela).

Deuxième jour

Le lendemain matin, même si la nuit n’a guère été reposante (les grondements de basse d’Oriane n’ont pas aidé Tiliann à trouver le sommeil), nous ne sommes pas trop fatigués (d’autant que Finley lance un Don de vigueur sur Tiliann). Avant de repartir, nous relançons toute notre batterie de sorts (vêtements et réduction de la taille des corps) : un des sorts de rapetissement a toutefois un effet bizarre, et le corps d’une des femmes rajeunit en plus de rapetisser. Après que Finley ait vérifié la direction à prendre, nous reprenons la route (un euphémisme, vu qu’il n’y a pas le moindre sentier) vers Durenmar.

En chemin, nous entendons du bruit, et nous essayons de nous cacher de trois créatures d’environ cinq pieds de haut, à l’aspect bestial, qui viennent dans notre direction. Elles trouvent sans difficulté Oriane et Tiliann qui ne se sont pas bien cachées, pendant que Finley reste dissimulé. Ce sont des satyres, avec une apparence quelque peu bizarre : outre, comme il se doit, des torses poilus et des organes génitaux imposants, ils arborent des oreilles d’âne, le premier possédant en plus une queue d’âne, le second une dentition proéminente de lapin, et le troisième des oreilles particulièrement hypertrophiées. D’après Tiliann, il se pourrait bien qu’on ait là trois types de satyre : un attiré par la musique, un autre par la boisson, et le dernier par les demoiselles.

Il n’est pas trop difficile de gérer le musicien (Tilian lance un sort simulant un orchestre, et le satyre en question s’éloigne dans la forêt à la recherche de la source de la musique) et le soiffard (Oriane crée du vin magique – pas très bon, d’ailleurs – pour remplir les trois chopes que le satyre fait apparaître en passant derrière un arbre). Le pervers, par contre, apprécie bien Tiliann, qui n’arrive pas à s’en décoller : elle essaie bien d’expliquer qu’elle est accompagnée, mais le satyre se méprend, fantasmant qu’Oriane est la compagne de la jeune fée. Profitant de la distraction des satyres, Oriane va se mettre à l’écart pour se transformer en mari de Tiliann, un homme plutôt grand et costaud (avec un tatouage de dragon sur le bras), ce qui décourage le satyre de chercher la bagarre et suffit à éconduire le dernier membre du trio. Nous nous dépêchons alors de prendre la fuite avec nos corps avant que les trois êtres féeriques ne reviennent à la charge.

Nous avalons un repas constitué de baies (Grrmmm. Des baies et des herbes, ça ne fait pas un repas, grommelle Oriane) et de jus de pommes, Finley vérifie la direction et nous repartons. En chemin, nous croisons un autre sanglier, mais nous ne disposons guère de sortilèges pour le chasser. Oriane pourrait bien le faire tomber dans une fosse magique, mais ça causerait probablement pas mal de dégâts dans la forêt. On se résigne donc à éviter la bête…

Alors que la nuit approche, nous installons notre campement. Apres un repas très frugal (Grrmmm), Tiliann se blottit dans les bras de Finley, pendant qu’Oriane monte la garde (pendant trois bonnes heures). Finley prend le deuxième tour (pendant deux courtes heures), et puis réveille à nouveau Oriane pour un troisième (et long) dernier tour (Autant laisser dormir Tiliann, concède la jeune Bonisagus. De toute manière, si elle se réveille, aucun de nous ne pourra dormir…).

Troisième jour

Le lendemain, nous relançons tous nos sorts, Finley vérifie que nous pouvons arriver à temps à Durenmar, et nous repartons. Un peu avant midi, nous entendons un bruit d’eau courante, sans doute un petit ruisseau. En double vue, Oriane et Tiliann voient une belle dame aux longs cheveux (un esprit magique de la source) qui trempe ses pieds dans le ruisseau. Oriane demande à la nymphe la permission de nous laisse nous rafraichir à sa source et la dame élève vers nous des serpentins constitués d’une eau fraiche et désaltérante qu’Oriane et Tiliann boivent avec plaisir (Finley, qui ne voit pas la nymphe, préfère éviter de goûter à l’eau qui s’élève mystérieusement vers sa bouche). Les filles se baignent dans le ruisseau (On ne s’est pas lavé depuis deux jours, lance Oriane, et on ne va pas arriver toutes crottées à Durenmar !) et en profitent pour s’amuser avec la dame à s’éclabousser, puis nous repartons vers Durenmar. A la mi-journée, nous faisons une halte pour manger quelques (rares) baies (Grrmmm).

Apres être repartis pour la dernière étape de notre périple, nous entendons, en début d’après-midi, une voix fluette criant au secours. Naturellement, nous nous dirigeons vers la voix, très lointaine, et la suivons jusqu’à l’entrée d’une grotte à flanc de colline. En double vue, nous voyons une espèce d’onde qu’Oriane identifie comme étant des species d’imaginem. Après examen, la jeune Bonisagus estime que ces sons constituent en fait l’esprit magique lui-même. Intéressant ! Cette dernière théorie est confirmée par Tiliann grâce à un petit sort d’intellego vim. Vu que nous sommes en avance, Oriane envisage de rester un moment sur place pour étudier le phénomène, mais devant l’insistance de Finley et Tiliann, elle se laisse convaincre que nous avons une autre priorité pour l’instant, et qu’elle pourra revenir ici plus tard si elle le souhaite.

Vu que l’on s’est bien éloigné de notre chemin en suivant l’appel au secours de l’esprit, avant de repartir, Tiliann s’envole dans les airs pour confirmer la direction à prendre, suivie peu après par Oriane, plus pour tester ce nouveau sort (Ailes du vent) que pour vérifier la direction (quoique…).

Nous finissons par arriver en vue de Durenmar peu de temps avant la tombée de la nuit. Nous attendons le crépuscule puis relançons les sorts de vêtements avant de nous diriger vers les bâtiments, peinant en portant tant bien que mal les corps qui ont repris leur taille normale. Nous apercevons nos parentes qui nous attendent à l’entrée en discutant avec Indulius de Flambeau (Ils sont en avance, fait remarquer Scipion. Dommage, il n’y aura pas de sprint final).

Tiliann demande qui a eu l’idée de cette épreuve. En fait, nos parentes ont eu une discussion animée l’année dernière avec Indulius, qui estimait que leur éducation allait produire des apprentis faibles. Nos parentes ont donc fait un pari avec le Flambeau et, du coup, c’est Indulius qui a organisé notre Gant, selon une méthode traditionnelle de sa Maison.

Les cadavres, en plus de nous ralentir, permettaient à nos parentes de posséder un lien mystique avec nous, et donc de nous surveiller discrètement. Tous sont unanimes pour dire que nous nous en sommes très bien sortis, y compris Indulius, beau joueur bien qu’il ait perdu son pari (et la bourse remplie de vis qui était en jeu). Mais avec tout ça, songe Oriane, il n’y a même pas eu d’épreuve de Théorie de la magie.

Après une célébration méritée de notre brillante réussite (et un repas digne de ce nom, avec de la viande ! Miam !), nous finissons la saison à Durenmar. Nos parentes en profitent pour parachever notre formation en nous enseignant les dernières clefs du rituel qui va nous permettre de porter officiellement le titre de Mages d’Hermès : nous voici enfin capables de déployer notre Parma Magica !

Printemps 1221 : Les Guildes

On profite également de notre séjour pour se renseigner sur les guildes, puisque, traditionnellement, les nouveaux mages choisissent d’en rejoindre une juste après leur prestation de serment. Les représentants du Frêne, du Chêne et du Tilleul sont des mages de Durenmar, mais les deux premiers étant des archimages, mieux vaut éviter d’aller leur poser des questions sur leur guilde si l’on n’est pas franchement intéressé pour y adhérer.

On commence par interroger nos parentes et l’on apprend qu’ils appartiennent tous à une guilde, même s’ils n’y sont guère actifs : Scipion est membre du Sureau (du Sureau Féerique, précise-t-il ; ajoutant que, selon lui, Tiliann devrait elle aussi rejoindre le Sureau), Gwidion appartient au Chêne (mais il est en disgrâce depuis des années), Concientia et Lothar sont membres du Tilleul, et Julia, Gladez et Cymena font partie de la Guilde du Pommier.

Ceci étant, quelque que soit la guilde, les membres sont censés votent dans le sens de la guilde. Il y a également une clause tacite d’assistance entre membres d’une même guilde et les membres peuvent s’attendre à avoir accès au chef de leur faction. Par ailleurs, les guildes interdissent les guerres de magiciens entre membres. Et si l’un des membres de la guilde est victime d’une guerre de magiciens, il arrive souvent qu’un autre membre essaie de venger son collègue vaincu.

Par contre, changer de guilde est vu d’un mauvais œil, et le transfuge est considéré comme peu fiable. De ce fait, un mage quittant une guilde est rarement accepté dans une nouvelle guilde. Enfin, historiquement, tous les mages ont intégré une guilde dans les sept années qui ont suivi leur Gant. Ceux qui ne l’ont pas fait sont les quelques rares mages du Tribunal qui ne font partie d’aucune guilde.

Le Tilleul

Oriane discute du Tilleul avec Conscientia et apprend que le chef de la guilde est Occultes, le magister fort sympathique qui a été le mentor de Finley pendant sa saison d’études à Durenmar.

Les membres du Tilleul, explique Conscientia, sont les diplomates du Tribunal : ils arrondissent les angles entre les mages. Leur but est de faire disparaître les crimes hermétiques et les guerres de magiciens. Ce sont les altruistes du Tribunal, et ils n’ont pas d’agenda politique. De ce fait, ils ne sont pas considérés comme dangereux par les autres mages, contrairement aux gens du Pommier. En nombre de membres, le Tilleul est la quatrième guilde du Tribunal, juste devant l’Aubépine et le Sureau.

Le Pommier

Oriane et Finley (qui accompagne Oriane, bien qu’il ait la ferme intention de rejoindre l’Aubépine) vont rencontrer Xavier de Mercere, afin qu’il leur présente plus en détail la Guilde du Pommier.

Xavier, la cinquantaine apparente, est chargé de la gestion du Dépôt Mercere de l’alliance, un dépôt plus important que celui de Drachenfels car il y a toujours des Mercere à Durenmar. De plus, Xavier est le seul Mercere du Tribunal à posséder le Don.

Oriane lui expose ce qu’elle sait sur la guilde, puis Xavier complète les informations de la jeune mage.

Au Pommier, nous prônons une véritable entente avec les vulgaires. En fait, les mages ont souvent des rapports privilégiés avec certains vulgaires, mais il s’agît essentiellement de décideurs (nobles, etc.) car révéler ce que nous sommes à des paysans, par exemple, ne bénéficierait pas à l’Ordre sans le mettre inutilement en danger. Ceci étant, les membres du Pommier essaient de vivre en étant proches de la société humaine vulgaire. C’est évidemment plus facile pour ceux qui ont un Don de Velours (ce qui n’est pas le cas de Xavier)…

La guilde est dirigée par un triumvirat de trois Consuls. Henri de Tours de Jerbiton est mage d’Oculus Septentrionalis ; il réside à Lübeck et est intégré dans la société vulgaire. Daria la Grise exerce une autorité féodale et dissimule son Don derrière sa suzeraineté ; elle gère son fief comme le ferait un noble vulgaire (en plus des problématiques propres à l’Ordre d’Hermès), et les gens alentour dépendent de ses décisions politiques. Le troisième consul, Wilhelm Weiss de Jerbiton, est mage de l’alliance de Fengheld, mais il réside à Cologne, dans le Chapitre de Rheingasse.

La Guilde du Pommier est la troisième en nombre de membres, derrière les guildes du Chêne et du Frêne. Toutefois, à l’inverse des deux premières, c’est une guilde à la structure hiérarchique assez informelle. Le travail des mages du Pommier est souvent plutôt individuel, les membres essayant de changer les choses petit à petit.

Naturellement, le Frêne et le Chêne concentrent l’essentiel des pouvoirs dans le Tribunal du Rhin. Murion de Bonisagus, par exemple, est chef de la Guilde du Frêne, Prima de la Maison Bonisagus, Prima de l’alliance de Durenmar, et Praeco du Tribunal (ce qui est une exception locale : dans les autres Tribunaux, le Praeco est traditionnellement le mage le plus ancien).

Tant qu’elle est là, Oriane en profite pour interroger Xavier sur les mages de la Maison Mercere, en particulier ceux pourvus du Don…
En fait, répond Xavier, les Mercere qui ont le Don sont tous des descendants directs de Mercere, c’est-à-dire qu’il est leur ancêtre généalogique. Mercere a eu des élèves qu’il a donnés à Bonisagus ; les seuls à qui il a lui-même enseigné la magie étaient ses deux fils. Par la suite, Mercere a perdu le Don : il travaillait avec Bonisagus et, à la suite d’un accident de laboratoire, son Don a été détruit. Certains disent que c’est parce que sa parma était imparfaite ; d’autres estiment que Mercere a abandonné son Don volontairement pour découvrir de nouveaux mystères ; d’autres enfin affirment que Bonisagus a tenté de restaurer le Don de Mercere, mais en vain. Quoiqu’il en soit, lorsque ce dernier a perdu le Don, il a pris sous son aile des gens qui étaient eux-mêmes dépourvus du Don. Ceux que l’on nomme les Toques Rouges ne sont donc pas de véritables descendants de Mercere.

Le Sureau

Tiliann se renseigne sur la guilde du Sureau auprès de Scipion. C’est assez simple puisque l’objectif de la guilde est de s’assurer de la bonne entente entre les fées (toutes les fées, Ombre et Lumière) et les magi : les 13 membres actuels de la guilde sont tous des Merinita, à l’exception notable de Schadrit Ex-Miscellanea. Le chef de la guilde est le jeune magister Iacob de Merinita, filius d’Handri (donc le fils du Primus d’Irencillia). A l’inverse, d’ailleurs, il ne doit y avoir qu’un ou deux Merinita qui ne font pas partie du Sureau dans le Tribunal.

Printemps 1221 : Préparatifs

Enfin, Oriane et Finley mettent au point un itinéraire de compagnonnage dûment optimisé, qui comprend la visite de deux petites nouvelles alliances, très légèrement hors du Tribunal, certes, mais tellement sur notre route qu’on dirait qu’elles ont été placées là rien que pour nous. Bref, deux étapes incontournables, qui vont en plus nous faire gagner du temps. Du pur génie.

Mais avant ce compagnonnage étendu, comme le veut la tradition, les apprentis devraient organiser une fête et offrir un cadeau à leur parens.

Finalement, on se retrouve tous à Durenmar au printemps, et on en profite pour fabriquer ou faire fabriquer nos sceaux de vote.

Alors que nous lui racontons comment s’est passé notre Gant à la mode Flambeau, Sigurd nous explique que le sien a été beaucoup plus calme : il a consisté en la création d’un objet, puis en l’enchantement de cet objet pour obtenir un chef d’œuvre magique, dans la plus pure tradition Rustica.

Eté 1221 : Le Tribunal

Le Serment d’Hermès

Nous sommes accueillis dans le forum d’Hermès et présentés par nos parentes devant le tribunal. Larinda est venue de Dankmar, et elle est présentée par sa mater, Jiphella. Nous prêtons alors tous les sept le serment de l’Ordre.

On choisit nos noms de mages (Oriane garde le sien ; il a été choisi par Conscientia, il est hors de question d’en changer), on nous remet nos sceaux de vote et nos parentes nous délivrent officiellement de nos obligations d’apprentis (qui, reconnaissons-le, n’ont guère été contraignantes durant notre formation).

Sceaux de vote :
Scipion : baguette de bois rouge au bout sculpté en forme de renard.
Conscientia : pendentif sur lequel sont gravées cinq lignes courbes formant un curieux pentagramme (Oui, ça ressemble bien à ce à quoi vous pensez ).
Julia : pièce de vêtement finement brodée.
Gwidion : image d’un arbre gigantesque gravée sur bois.
Lothar : noisette dorée.
Gladez : médaillon avec triskel.
Herodius : pendentif représentant une plume sculptée dans du bois.
Oriane : anneau sigillaire avec un dragon ouroboros sur le chaton.
Finley : pendentif en bois de pommier.

Le tribunal se poursuit sur des nouvelles du monde vulgaire des sept dernières années :
1215 : Frédéric II est couronné Roi de Germanie à Aix-la-Chapelle par l’Archevêque de Mayence.
1217 : Début de la cinquième croisade.
1218 : Mort d’Otto IV.
1219 : Nuremberg devient une cité libre impériale.
1220 : Frédéric II se rend à Rome, promet une nouvelle croisade et est couronné Empereur par le Pape Honorius III.

Les mages discutent ensuite des affaires courantes. La conversation porte sur divers sujets peu passionnants, qui consistent pour la plupart en une longue liste de diverses récriminations et vexations.

Heorot

Vient ensuite le vote concernant une nouvelle alliance.

En 1215, trois magi ont fondé l’alliance d’Heorot sur une île au nord de Rügen :
- Signum Irruptus de Criamon, la quarantaine apparente, n’a plus que son bras droit. C’est un magister, membre de la Guilde du Frêne, et primus de l’alliance.
- Theodoric d’Augsburg de Jerbiton, compagnon, âgé de 30 à 40 ans, est un ancien membre d’Oculus Septentrionalis appartenant à la Guilde du pommier.
- Pancrestis, filius d’Occultes de Bonisagus, a moins de 30 ans et fait partie de la Guilde du Chêne.

Naturellement, pour intégrer l’Ordre d’Hermès, une nouvelle alliance doit être présentée devant un tribunal et officiellement acceptée. Dans le tribunal du Rhin, elle doit recevoir l’accord de la totalité des alliances du tribunal (même si avoir l’accord de toutes les alliances sauf une suffit généralement, car politiquement, il est stigmatisant pour une alliance d’être la seule à refuser). La création d’une alliance est donc avant tout une affaire politique, et les trois mages d’Heorot ont dû passer les dernières années à négocier âprement avec leurs confrères. De plus, les alliances déjà établies font traditionnellement un don conséquent, sous forme de vis ou de livres, à la nouvelle alliance.

On assiste à plusieurs jours de discussion avant le vote proprement dit. Une controverse porte sur la localisation de l’alliance, à la limite des frontières géographiques du Tribunal, mais il apparaît que les trois mages ont fondé Heorot dans le but d’étudier l’Ordre d’Odin. Manifestement, le plus difficile semble être de faire avaler la pilule à Crintera, dont les mages ne semblent guère ravis d’avoir de nouveaux voisins.

Finalement, Heorot devient la quatorzième alliance du Tribunal du Rhin. Nous participons au vote en tant que pérégrins, vu qu’on ne fait partie d’aucune alliance (on n’a pas prêté le serment d’une alliance ni signé de charte).

Au cours des discussions, on aperçoit Murion de Bonisagus, la soixantaine, vêtu d’un manteau de plumes blanches de divers oiseaux.

Urgen de Bjornaer est présent lui aussi. La soixantaine, de grande taille et arborant une barbe grisonnante bien fournie, c’est un archimage et le chef de la Guilde de l’Aubépine. Il se tient à part et peu de gens vont lui parler. Herodius nous explique que c’est aussi l’ancien primus de la maison Bjornaer, et qu’il a été remplacé vers 1200 par Falke, la quarantaine, une jeune mage bien plus conciliante.

La Maison Bjornaer

Avant d’aller rencontrer des membres de l’Aubépine, Herodius tente d’initier Oriane et Finley aux méandres organisationnels et traditionnels de sa Maison. La Maison Bjornaer est dirigée par un Conseil de cinq membres, chacun un clan différent, plus le primus de la Maison qui fait office de porte-parole.

En fait, il existe six clans (Ilfetu, Wilkis, Arelie, Midusulf, Maruhs, Sirnas) qui correspondent aux six apprentis du fondateur de la maison Bjornaer. En effet, quand ce dernier est parti, il a laissé six instructions pour ses six apprentis. Ces clans correspondent symboliquement à des animaux : le clan Arelie à l’Aigle ; le clan Wilkis au Loup ; le clan Ilfetu au Cygne ; le clan Midusulf à l’Ours ; le clan Maruhs au Cheval ; et le clan Sirnas au Cerf.

Il y a donc six sièges au conseil : Aigle, Cerf, Cheval, Cygne, Loup et Ours. Plus éventuellement le Renard, mais cela n’arrive que lorsque le primus (qui est toujours sensé occuper le siège du Loup) a un animal de cœur qui est l’ours ; dans ce cas précis, le siège de l’Ours devant toujours être occupé par un ours (et un membre du clan Midusulf), on rajoute le siège du Renard à la place du siège du Loup.

A l’exception de l’Ours, les sièges ne correspondent pas forcément aux animaux de cœur des mages qui s’y assoient. En ce moment, par exemple, c’est un héron qui occupe le siège du Cygne.

Les clans ont tous un de leurs membres au conseil, sauf le clan Wilkis, qui est représenté par le primus, même si ce dernier n’est pas membre du clan Wilkis.

Le chef du clan Ilfetu est toujours un héron. Et comme il n’y avait pas de héron pour remplacer Ardea, la chef du clan actuelle, en charge des traditions, les Bjornaer commençaient à s’inquiéter sérieusement. Sachant cela, Gwidion aurait dû présenter Herodius plus tôt à sa Maison, mais le jeune héron aurait alors été confisqué à Gwidion et serait devenu le filius d’Ardea. Gwidion a préféré temporiser pour garder son apprenti, mais du coup, il semble quelque peu en délicatesse avec sa Maison (Après s’être mis à dos sa guilde ; il a vraiment le chic pour se faire des amis, songe Oriane, même si elle comprend qu’il ait préféré élever lui-même son filius).

La Guilde de l’Aubépine

Herodius va ensuite rencontrer Phyllia, de l’alliance de Crintera, une magistra membre de l’Aubépine. Finley, franchement intéressé par cette guilde, et Oriane, toujours curieuse de tout, l’accompagnent.

Phyllia de Bjornaer, la quarantaine, est la représentante du siège de l’Aigle. Son animal de cœur est le furet, c’est une Harmoniste, elle est plutôt sociable, voire bavarde, et a la réputation d’avoir du mal à garder des secrets. Son rôle consiste à garder le Conseil informé de ce qui se passe dans le reste du monde. Sur les six membres du Conseil, il y a actuellement quatre Aubépines et deux Tilleuls. La prima, Falke, fait partie du Tilleul.
Phyllia nous apprend qu’à Crintera, il n’y a que des mages de la Maison Bjornaer ! Et par tradition, il ne peut y avoir que six mages !! Pas question donc de tous nous installer là-bas. Herodius lui-même ne pourra pas devenir membre de Crintera, sauf pour remplacer Ardea, après son décès. C’est d’ailleurs ce qui est prévu, même si ça n’a pas l’air d’enthousiasmer notre ami outre mesure.

Oriane se renseigne sur l’alliance de Leczyca, sise dans le Tribunal de Novgorod. D’après Phyllia, Leczyca est une puissante alliance d’automne qui, du fait de quelques problèmes de frontières, n’a pas de très bonnes relations avec le Tribunal du Rhin. Phyllia connaît cette alliance car elle abrite une Bjornaer nommée Sania Tianovitch.

Enfin, Phyllia nous parle de la Guilde de l’Aubépine. C’est une des plus vieilles guildes du Tribunal, mais aussi la plus petite (De très peu d’ailleurs, vu qu’il y actuellement 13 membres dans l’Aubépine contre 14 dans la Guilde du Tilleul). Son but est de protéger des vulgaires les lieux et créatures sauvages de la région (animaux et forêts, magiques ou non).

Le chef de la guilde est Urgen de Bjornaer. La guilde comprend surtout des Bjornaer (actuellement 10 Bjornaer pour 2 Criamon et 1 Merinita), beaucoup de Sauvages et peu d’Harmonistes, et elle a donc un côté guerrier et radical qu’on ne retrouve guère qu’au Frêne.

La guilde agit en vertu de la loi des Gardiens de la Forêt, qui date de 1053. C’est une part du code périphérique qui n’a pas de façon claire d’être respectée, nous explique Phyllia, et elle se trouve donc largement soumise à interprétation. Dans la pratique, ce sont souvent les membres de l’Aubépine qui se chargent de mettre en application cette loi.

Choix de guildes

Finley, qui n’a finalement pas été convaincu par la Guilde de l’Aubépine, choisit plutôt de rejoindre le Tilleul, dont il devient le quinzième membre. Tiliann décide sans hésiter d’adhérer à la Guilde du Sureau. Larinda rejoint également le Sureau, qui est la guilde de sa grand-mère (Grrmmm). Herodius prend un délai de réflexion et réserve sa décision pour le moment.

Oriane rejoint la guilde du pommier (dont elle est la dix-neuvième adhérente). Xavier de Mercere la présente aux trois Consuls de la Guilde :
- Daria la Grise (que nous avons déjà rencontrée à Triamore).
- Wilhelm Weiss de Jerbiton, entre 40 et 50 ans, réside à Cologne et possède un Don de Velours. Il a un air jovial et une allure de marchand.
- Henri de Tours, primus d’Oculus Septentrionalis, a lui aussi l’air d’avoir entre 40 et 50 ans, et a également un Don de Velours. Il semble plus calme et posé que Wilhelm, et il est vêtu comme un riche bourgeois (il mène une existence de marchand à Lübeck). Henri pense que le fait d’avoir un Don Tapageur est signe d’un Don puissant. Dans certains Tribunaux et Maisons, c’est même bien vu, car cela suppose une grande puissance. Au fil de la conversation, il évoque le fait que certains vulgaires ont peut-être une résistance magique latente, ce qui expliquerait qu’ils réagissent différemment au Don.

La Bibliothèque

Oriane profite de son nouveau statut de mage pour visiter les étages de la bibliothèque de Durenmar :
- 1er étage : On y trouve, au sein d’un beau fouillis, des textes de laboratoires de sorts et des tractatus liés à la maîtrise de chaque sortilège, ainsi que des textes de laboratoires d’enchantement d’objets.
- 2e étage : Ici sont stockés des centaines de tomes de tractatus et de summae. Comme les étages supérieurs, l’intérieur est plus grand que l’extérieur. Sur un lutrin, sous cloche, on peut admirer un texte ancien, le fameux Principia Magica, Une Théorie pour Unifier la Magie, de Bonisagus lui-même !
- 3e et 4e étages : Ils ne sont accessibles qu’aux mages qui travaillent à partir des textes de laboratoires de la bibliothèque. En effet, aucun livre ne sort jamais de la bibliothèque (à l’exception des textes de laboratoire qui sont prêtés aux mages de Durenmar, qui peuvent par dérogation les étudier dans leur propre laboratoire).
- 5e et 6e étage : Ils abritent les appartements et le sanctum du bibliothécaire.
- Sous-sol : Derrière une lourde porte en fer sont conservés les originaux des ouvrages qui sont au-dessus. En effet, en ce qui concerne les ouvrages les plus précieux, seules des copies sont offertes à la consultation. Il y a également au sous-sol les réserves de vis de l’alliance et des objets enchantés, y compris des objets ayant appartenu aux fondateurs.

Au fil des mois, Oriane a mûri un projet de compagnonnage littéraire : il s’agît de copier un livre de la bibliothèque de Drachenfels, d’offrir la copie à l’alliance suivante (Dankmar), d’y copier un ouvrage qu’on offrira à notre prochaine étape, et ainsi de suite jusqu’à notre retour à Drachenfels. Au final, au terme de notre compagnonnage, toutes les alliances du Tribunal devraient avoir un livre supplémentaire dans leur bibliothèque.

La jeune Bonisagus expose son projet à son guide et lui demande sous quelles conditions on peut copier des livres à Durenmar. On lui explique que les textes de laboratoire peuvent être copiés librement ; par contre, les tractatus et summae ne peuvent être copiés sans une permission explicite du bibliothécaire, et en échange d’un ouvrage d’un intérêt similaire.

Par ailleurs, on peut demander des copies de livres à distance moyennant un paiement en vis. Les copies sont envoyées par Toque Rouge, moyennant un supplément de vis. Toutefois, il ne faut pas être pressé car ces demandes sont traitées en dernier.

Pour un échange à Durenmar, il vaut mieux ne pas choisir un summa sur les arts, ni un ouvrage de théorie de la magie, car l’alliance en a déjà beaucoup. Et vu qu’on va passer à Dankmar juste avant de venir à Durenmar, il vaut mieux ne pas dire à Jiphella et à sa mère quelle est notre prochaine étape, car les deux sorcières, a priori hostiles à la Maison Bonisagus, risquent de nous donner à copier un ouvrage sans intérêt (si tant est qu’elles nous laissent copier quoi que ce soit).

Pendant ce temps, au rez-de-chaussée, Herodius cherche dans les minutes des tribunaux à quelle alliance appartenait Hérisson de Bjornaer. Après investigation, Herodius pense que Hérisson a fait partie de l’alliance de Rethra (en Pologne), puis de celle de Grande Silésie (en Pologne aussi) lorsqu’elle a été formée.

Le tribunal se termine enfin. Le suivant aura lieu en 1227, puisque le prochain Grand Tribunal se tiendra en 1228. Lors d’un Grand Tribunal, chaque Tribunal envoie trois représentants, et chaque Maison envoie son primus.

On quitte donc Durenmar et on est de retour à Drachenfels à la fin de l’été.

Automne 1221

Préparation du compagnonnage

Oriane expose son itinéraire de compagnonnage qui, partant de Drachenfels, passerait, notamment et dans cet ordre, par Pfalz (pour dire bonjour aux trois sorcières), Dankmar (pour tenter de convaincre Jiphella de laisser Larinda effectuer son compagnonnage avec nous), Durenmar, Wachterburg, Soteria, Fengheld, Irencillia, Roznov, Laniena (une alliance du Tribunal Transylvanien située en Hongrie, non loin de Roznov), Leczyca (une alliance du Tribunal de Novgorod sise en Pologne, quasiment sur notre chemin), Crintera (où Herodius semble douter qu’on nous accorde l’hospitalité plus d’une saison), Heorot, Oculus Septentrionalis, les marais de Teufelsmoor (à la recherche d’un éventuel dragon), Wadensee (l’alliance des pirates, comme dirait Wolfgang), Triamore, Colles Leonis (et ses regiones magiques et féeriques), Drachenfels (retour à la maison, enfin) et Oakdell (on devrait être un peu plus expérimentés et aguerris après ce long compagnonnage, et prêt à affronter les faunes et les sortilèges protégeant l’alliance).

En ce qui concerne les participants, il y aurait Herodius, Oriane, Finley, Tiliann, Sigurd, Wolfgang, Arthur, Katrin, Othmar, Theodor, Swanahilde, Hilda, Philipp, Lenz, Gretchen, le Prince Aedh, Rivannon, Isabelle, Elsa, Amelle, Brigit, Drewall, deux charretiers célibataires à déterminer, et éventuellement Larinda.

Et pour transporter tout ce monde, nous aurions trois chevaux de monte (pour le Prince, Wolfgang et Drewall) et trois chariots, chacun tiré par un cheval de trait. Quant au financement de départ, nos parentes nous offrent 10 livres pour chacun d’entre nous, soit 60 livres. Un bon début, mais il faudra gagner de l’argent en chemin.

Les cadeaux

Conformément à la tradition, nous préparons des cadeaux pour nos parentes, que nous leur offrirons l’an prochain, lors de notre fête de départ.

Finley s’installe dans un laboratoire pour y créer un objet magique : un miroir d’argent qui, lorsqu’on le touche, montre une image animée de toute sa famille. Excellente idée !

Tiliann prépare également un cadeau pour Scipion : une petite boite en bois qui, lorsqu’on l’ouvre, émet un air printanier et entrainant jusqu’à ce qu’on la referme (et cela jusqu’à 6 fois/jour).

Oriane rédige un ouvrage pour Conscientia, rapportant sous forme de pièces de conversation et d’anecdotes les souvenirs des moments drôles ou agréables qu’elle a partagés avec sa mater au cours des 21 dernières années, et en guise de dédicace :
Avec toute ma reconnaissance et mon amour,
ta fille,
Oriane.

Une fois relié, le livre sera enveloppé dans de la soie qui est impénétrable (mais qui ne le restera pas longtemps, durée du sortilège oblige…) et le paquet sera noué avec une longue mèche de cheveux d’Oriane que la jeune Bonisagus tresse magiquement (ces cheveux constitueront un lien mystique qui devrait rester actif jusqu’à la fin de notre compagnonnage, ce qui permettra à Conscientia de contacter sa filia le cas échéant).

Herodius vole jusqu’à Durenmar pour discuter avec Ricardus. Il se met à son service pour une saison en échange d’une plante exotique, qu’il pourra offrir à Gwidion le moment venu.

Gwidion offre à Herodius un morceau de parchemin qui aurait été écrit par un des habitants d’Oakdell, à destination d’éventuels survivants, afin qu’ils puissent retrouver le chemin de l’alliance. On peut y déchiffrer les mots suivants : Il vous faut d’abord traverser le Voile. Pour cela, il vous faut trouver la Dryade qui vit sur la colline. Les douze guides vous conduiront à elle si vous les suivez dans le bon ordre. Le voleur vêtu de rouge est le premier, suivi de la créature qui sillonne les airs, puis…

Scipion offre à Tiliann un bracelet en bronze assez épais. Ce cadeau ne provient pas de lui mais de la mère féérique de Tiliann. Le bracelet est baigné de vis féérique (l’effet n’est pas magique) et il change de couleur lorsque il se trouve dans une aura féérique : on dirait que le bronze devient de l’argent pur. Il facilite la perception des auras et régiones féériques, ainsi que le lancement de sorts rituels et cérémoniels dans ces regiones (et ce d’autant plus que la connaissance féérique du porteur est étendue).

Tiliann est naturellement ravie de ce cadeau, mais cette référence inattendue à sa mère féérique l’amène à soumettre Scipion à un feu roulant de questions : Que sais-tu sur ma mère ? Comment elle s’appelle ? Comment elle va ? Pourquoi je ne me souviens pas d’elle ? Pourquoi j’ai dû quitter la Cour de Printemps ? Y a-t-il des choses que je dois savoir avant de retourner à la Cour ? Ai-je été chassée comme certains le sous entendent ? Scipion regarde Tiliann pensivement et l’amène un peu à l’écart avant de lui répondre. Tiliann semble d’abord stupéfaite par ce qu’elle entend, puis elle se plonge dans ses pensées, le regard dans le vague, l’air triste, les ailes pendantes. Mais le caractère optimiste de la fée reprend très vite le dessus, et c’est d’un air décidé qu’elle s’éloigne de Scipion en marmonnant. Seules ses dernières paroles sont compréhensibles : …Prince Alder !

Conscientia offre à Oriane une copie du Codex Draconum qu’elle a recopié elle-même ! Et elle complète son présent par un échantillon de chacune de ses potions :
- Une Flasque de Pneuma : une potion verdâtre qui permet, lorsqu’on ouvre la flasque devant quelqu’un, de capturer son souffle (il faut vite refermer la flasque, et ne pas tarder à fixer le lien mystique en laboratoire).
- Un Elixir des Pensées du Lendemain, qui élimine toute gueule de bois.
- Une pincée d’Épice Magique, qui permet d’assaisonner un plat et de le rendre délicieux à celui qui le mange (A la demande d’Oriane, Conscientia précise qu’il s’agît d’une épice d’imaginem. Inutile donc de l’utiliser sur les fées, songe la jeune mage).
- De l’Encre du Cercle Invisible : Quand on trace un sortilège de portée cercle, tout le monde voit le cercle. L’avantage de cette encre est qu’elle fait disparaitre les species représentant ledit cercle !
- Une Potion de l’Apaisement de Vulcain, qui permet d’éteindre une flamme active, jusqu’à la taille d’une maison en flammes !
- Une Potion du Cauchemar Eveillé : un liquide bleu nuit qui, si on l’ingère, empêche le corps de dormir pendant une lune. Le manque de sommeil commence à rendre fou, la fatigue s’accumule et la victime peut même en mourir. Oriane envisage aussitôt de combiner l’effet avec le sortilège Don de Vigueur : dans ce cas, la victime ne serait pas fatiguée, mais elle pourrait devenir folle, fait remarquer Conscientia (la Potion du Cauchemar Eveillé est un sort mentem).
Note d’Oriane pour plus tard : On pourrait créer un sort mentem pour contrer cet effet de la potion (et éviter de devenir fou) tout en en conservant les avantages. A étudier…
- Une Porte en Bouteille : si on brise la fiole sur un mur, cela dissout le mur, formant de facto une porte, enfin, une ouverture.

Par ailleurs, nos parentes nous donnent à chacun deux pions de vis, plus cinq pions pour Finley, Tiliann et Oriane, en contrepartie du pari avec Indulius (qui avait parié 30 pions sur notre faiblesse).

Hiver 1221

Dans le cadre de son projet de compagnonnage littéraire, Oriane recopie soigneusement le Vera Medicina.

Herodius poursuit sa lecture du De Silvae Mysteriis. Tiliann complète ses connaissances en animal, terram et surtout rego avec Scipion.

Quant à Finley, après avoir annoncé, au grand amusement d’Oriane, qu’il faudrait reculer d’un an ou deux le compagnonnage, il part en voyage avec sa mater. Ils se rendent dans le Harz, à Teufelküsche (la Cuisine du Diable), dans la forêt de Haldensleben, pour y trouver un cercle de pierre entourant un autel dédié à Woden.

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LE MARIAGE - ARTHUR - SEJOURS ET RECHERCHES A DURENMAR
Année 1220

Printemps 1220 : Arthur

Le petit Arthur, fils de Tiliann et Finley, naît au début du printemps : le bébé et la maman se portent bien. Gladez, ravie et émue, pratique les rites pour présenter l’enfant à Arduina. Puis vient la cérémonie de mariage entre Finley et Tiliann, qui se termine (comme il se doit) par une grande fête.

Au cours du printemps, Tiliann s’occupe de son fils à plein temps, avec l’aide de Finley.

Ce dernier trouve tout de même le temps d’apprendre quelques sorts. Il va aussi méditer dans la Westerwald. Il en apprend davantage sur l’alliance d’Oakdell, en entrant en communion avec l’esprit du lieu : des mages extérieurs sont venus et ont attaqué l’alliance, mais sans succès ; à la fin de la guerre, les mages d’Oakdell ont déclenché un effet magique qui a totalement camouflé l’alliance ; des mages sont venus peu après mais ils n’ont rien trouvé.

Par ailleurs, Finley apprend que, pour survivre, l’Esprit de la Forêt a pris possession du Roi de l’Hiver. Ce dernier se rebelle contre cette possession et dirige la Westerwald d’une main de fer. Le genius loci est désormais dans la Cour d’Hiver. Ainsi, presque paradoxalement, la forêt magique survit parce qu’elle est enfermée dans sa prison féerique…

Pendant ce temps, Herodius lit l’interminable De Silvae Mysteriis.

Printemps 1220 : Les minutes des tribunaux (suite)

C’est (déjà !?) au tour d’Oriane d’aller passer une saison à Durenmar. En réponse à la demande de la jeune mage, Caecilius de Bonisagus accepte de la prendre sous son aile. Le vieux quaesitor est impressionné par les connaissances d’Oriane en arts libéraux et en philosophie, mais beaucoup moins par ses connaissances dans les arts magiques. Pour tenter de combler ces lacunes, il lui enseigne les mystères (les bases, en fait) d’intellego.

Oriane apprend incidemment que Caecilius est la référence actuelle de l’ordre dans cet Art ; il a d’ailleurs contribué à créer ou améliorer nombre de sortilèges d’investigation des Guernicus. Quoique quaesitor, il estime toutefois que l’esprit de la loi est plus important que sa lettre. Il en profite également pour lui parler brièvement de la guilde du chêne, dont il fait partie.

Oriane profite des siestes de son professeur pour aller farfouiller dans les minutes des tribunaux autour de l’année 1168, date de l’invasion de l’île de Rügen par les troupes danoises de Valdemar Ier.

Il y a bien eu un tribunal en 1172, mais les minutes ne mentionnent pas l’invasion danoise. Par contre, lors du tribunal de 1179, le Primus Urgen de Bjornaer accuse les mages d’Oculus Septentrionalis d’avoir aidé l’invasion, et il déclare une guerre des magiciens contre Prudentius de Jerbiton, Primus d’Oculus Septentrionalis.

Au cours du tribunal de 1186, Crintera demande la permission de chasser les Danois de l’ile de Rügen, faisant valoir la règle des Gardiens de la Forêt (les mages du Tribunal doivent protéger les forêts, qui sont actuellement menacées par les Danois), mais les Bjornaer sont déboutés par le tribunal.

Lors du tribunal de 1194 (qui aurait d’ailleurs dû avoir lieu en 1193, remarque Oriane), Falke de Bjornaer demande au tribunal d’aider Crintera à se défendre, mais sa motion est rejetée. En 1195 se tient un Grand tribunal, mais il n’y est pas fait mention de la situation de Crintera.

En pleine réflexion conspirationniste, Oriane décide de se plonger dans les tribunaux antérieurs à l’invasion danoise, à la recherche de prémisses à l’invasion de Rügen (tout comme il y avait eu des prémisses à la Guerre du Schisme). Dans les minutes du Tribunal de 1165 sont mentionnées la création de l’alliance de Terschelling, et l’installation de l’alliance d’Oculus Septentrionalis (créée antérieurement) à Lübeck.

Note d’Oriane pour plus tard : Discuter de tout cela avec Herodius (notamment) et continuer ces recherches passionnantes (création d’Oculus Septentrionalis et de Terschelling, minutes des procès de 1179) à mon prochain passage à Durenmar !

Eté 1220 : Finley à Durenmar

Oriane revient à Drachenfels et passe l’été à étudier… la médecine.

Finley part à son tour pour Durenmar. C’est Occultes de Bonisagus (la cinquantaine apparente, barbe poivre et sel, cheveux longs, air de chercheur perdu dans ses parchemins) qui s’occupe de lui. C’est un spécialiste de l’Ordre d’Hermès et en particulier des diverses maisons de l’ordre, et il permet à Finley d’améliorer ses connaissances sur le sujet. Il est très intéressé par la tradition pharmacopienne de Finley et regrette que les Ex-Miscellanea n’essaient pas davantage d’intégrer leurs traditions à la théorie hermétique.

Tiliann passe la saison estivale à pouponner, et cherche une nourrisse pour s’occuper d’Arthur au cours des mois à venir : c’est une servante de l’alliance, Katrin (23 ans, mariée avec le scribe Othmar et mère du petit Theodor), qui sera la nourrice d’Arthur.

Quant à Herodius, il entame sa migration estivale et retourne étudier le gothique à Crintera.

Automne 1220 : Tiliann à Durenmar

Tiliann passe une saison à Durenmar, avec Maitresse Tandaline, qui accepte de lui enseigner des sorts formels (Essentiellement des sortilèges d’auram. Youpi !).

Oriane apprend également des sorts de guérison ave Lothar, histoire de pouvoir soigner Finley le cas échéant. Ce dernier apprend le métier de scribe auprès d’Othmar (ce qui lui permet de faire davantage connaissance avec le mari de la nourrice). Quant à Herodius, il consacre l’automne à étudier l’art mentem.

Hiver 1220 : Dernière saison d’Etudes

Oriane lit l’Ειδωλον, summa (en latin !) consacré à l’art imaginem, Tiliann apprend des sorts avec Lothar, Finley approfondit ses connaissances en Creo avec Gladez, et Herodius étudie l’art imaginem.

Oriane interroge Conscientia sur la date du Gant, mais cette dernière répond, de manière curieusement évasive, que l’organisation est encore en cours.

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BACHOTTAGE ET SEJOURS A DURENMAR
Année 1219

Printemps 1219 : Swanahilde

Oriane, affolée par l’approche du Gant, s’empresse… d’aller voir l’ermite pour discuter avec lui d’Isabelle et de sa malédiction. Ce dernier ne peut pas lui en apprendre davantage, car ce n’est pas lui qui a conseillé aux parents d’Isabelle d’envoyer leur fille à Drachenfels.

La conversation dérive ensuite sur les découvertes que nous avons effectuées au village de Pfalz. En effet, Sigurd n’étant pas venu s’entretenir avec l’ermite depuis notre retour, Oriane s’impatiente et lui raconte en détails nos mésaventures et nos découvertes : le village qui n’a pas été rasé, le prêtre mort en tombant de sa chaire, le père de Sigurd assassiné, sa mère violentée et qui a disparu avec ses deux enfants, le sentiment diffus mais persistant d’une influence infernale chez certains habitants, la visite de l’église condamnée, la créature de la crypte et la découverte du Διαβολοψυχη.

En évoquant le fait que la mère de Sigurd, ainsi que son frère jumeau, sont toujours en vie, Oriane en vient à parler de Gertrud, de Bastogne et de Swanahilde. En apprenant l’existence de la petite fille, l’ermite s’étonne quelque peu que Sigurd ne soit pas venu lui parler de tout cela, et semble regretter le manque de compassion du jeune homme envers sa nièce. En guise de conclusion, l’ermite estime qu’il est possible que Sigurd soit marqué par le démon, surtout s’il a contemplé le Mal dans les yeux à Pfalz, mais si c’est le cas, lui seul peut décider d’emprunter la voie de la rédemption… ou celle de la damnation (même si nous pouvons l’aider à aller dans la bonne direction).

En ce qui concerne le Διαβολοψυχη, il n’est pas impossible, selon l’ermite, que l’ouvrage ait la capacité d’influencer et de corrompre ses lecteurs, particulièrement s’il a été rédigé par un Démon. A méditer.

Pour finir, l’ermite continue à enseigner à Oriane… l’art d’enseigner.

Quant à nos deux tourtereaux, après être allé ramasser les violettes ensemble (Hihihi), Tiliann étudie l’art terram auprès de Scipion, pendant que Finley se perfectionne dans le métier d’apothicaire.

Nous apprenons également qu’Herodius a été envoyé à Durenmar pour sa saison d’apprentissage : comme les mages n’acceptent de recevoir qu’un seul apprenti à la fois, nous devrons y aller les uns après les autres avant de passer notre Gant.

Herodius se rend donc à Durenmar et va frapper à la porte de Ricardus Caespuus de Bonisagus, qui accepte de le recevoir dans sa maison de verre et de lui consacrer quelques minutes. Herodius lui explique qu’il a été élevé dans la forêt par des animaux et que la forêt le passionne. En grommelant, le Bonisagus consent à le prendre comme élève et lui enseigne l’art Herbam. Les travaux qu’il mène sont la continuation des travaux d’Hérisson de Bjornaer. Ce dernier a travaillé sur la production de vis à travers les plantes et aurait laissé un jardin magique qui déborderait de vis non récolté. En côtoyant Ricardus, Herodius se rend compte qu’il a un côté artiste, et qu’il aime que son jardin soit esthétiquement agencé. Par contre, en réponse aux questions du Héron, Ricardus lui avoue ne sait pas de quelle alliance Hérisson faisait partie.

Oriane et Tiliann vont voir la petite Swanahilde, qui a fêté ses cinq ans, histoire de prendre de ses nouvelles : elle a l’air très timide, mais elle semble vivre une vie normale avec sa sœur (Gretchen, six ans) et son frère (Lenz, quatre ans) de lait. Amelle et Isabelle, constatant que Sigurd rend rarement visite à sa fi… nièce, viennent la voir quasiment toutes les semaines, et s’assurent que la famille ne manque de rien.

Hilda est inquiète et se pose cependant des questions quant à l’avenir : comme nous allons devoir partir en compagnonnage dans quelques années (dans trois ans, confirme Oriane en grommelant), la jeune femme se demande ce que va devenir Swanahilde : Sigurd va-t-il prendre en charge son éducation ? Swanahilde va-t-elle suivre son oncle dans ses pérégrinations, ou bien va-t-elle être laissée à Drachenfels ? Hilda suppose que Sigurd va vouloir emmener sa nièce avec lui, mais elle voudrait bien savoir si elle va devoir elle aussi quitter l’alliance et participer au compagnonnage avec toute sa famille.
Seul Sigurd peut apporter des réponses à ces questions… Et ce serait bien qu’il ait déjà une idée de ce qu’il veut faire afin que Philipp et Hilda commencent à s’organiser en conséquence. On promet à Hilda de parler de tout ça au jeune Ex-Miscellanea, et de lui demander de prendre une décision rapidement.

En attendant, Oriane et Tiliann décident désormais de venir voir Swanahilde régulièrement, et elles accompagnent Amelle et Isabelle lors de leurs visites hebdomadaires. Oriane amène parfois sa harpe pour tenter d’amadouer la petite (Un dragon musicien, ça ne fait presque pas peur, non ?).

Nous discutons également avec Elsa, qui essaie de s’habituer à la vie dans l’alliance. Mais avec son pouvoir, ce n’est pas si simple, et cela lui demande une attention de tous les instants pour éviter de toucher par mégarde (et congeler aussitôt) des résidents. A cet effet, Julia lui a confectionné des gants et des vêtements en soie, et il n’y a guère que son visage qui ne soit pas couvert. Selon Scipion (mais comment le sait-il ?), seul un contact lèvres à lèvres pourrait permettre d’éviter d’être transformé en statue de glace. Oriane se dit qu’il faudrait vérifier un de ces jours, pour l’expérience (De toute manière il faudra que je me fasse congeler un de ces hivers, pour essayer de rejoindre le Palais du Dragon, songe la jeune Bonisagus). Quant à Finley, Tiliann ne semble pas vouloir le laisser pratiquer ce genre d’expérience pour le moment.

Eté 1219 : Une heureuse nouvelle

L’expérience des violettes a porté ses fruits, et Tiliann est enceinte ! L’heureux événement devrait arriver en fin d’hiver ou au début de printemps prochain. En attendant, la fée étudie le De Hermetico Ordine pour en apprendre davantage sur l’Ordre d’Hermès. Finley, quant à lui, apprend des sorts qui pourraient servir dans quelques mois.

Oriane retourne discuter avec l’ermite, et étudie la musique à ses côtés. Enfin, c’est au tour de Sigurd d’aller étudier à Durenmar cette saison. Quant à Herodius, il se rend à nouveau à Crintera pour étudier le gothique.

Partant de réflexions sur la théorie platonicienne des Idées, Oriane interroge Elsa au sujet des fées (afin de déterminer s’il existe des Idées de fées) : il n’est pas si simple de faire naitre de nouvelles fées, car il faut qu’elles aient un rôle à jouer. Certaines fées naissent et meurent avant de renaître, parce que cela fait partie de leur rôle. D’autres peuvent venir des Royaumes Féériques pour s’incarner, comme Frostie lorsqu’il a été créé par Elsa. Si une fée est détruite, elle pourra se réincarner en une autre fée, dont le rôle pourra être différent ; par contre, la seule chose qui ne peut pas changer (a priori) est son appartenance au côté lumineux ou sombre de la Féérie. Enfin, les fées peuvent parfois prendre du recul avec leur rôle mais cela n’est pas forcément lié à leur puissance : le Roi de l’Hiver, par exemple, quoique puissant, ne peut pas sortir de son rôle de roi tyrannique, glacial et cruel.

Automne 1219 : Isabelle

Le Gant se rapprochant dangereusement, Oriane se décide enfin à bachoter sérieusement en se replongeant dans le A Bonisago Ad Giulettam. Sa grossesse n’empêche pas Tiliann d’étudier le Somnium Quendalonis et Finley poursuit sa lecture du De Silvae Mysteriis.

Wolfgang se rend à son tour à Durenmar pour sa saison d’études. Herodius lit l’Hortus Miraculorum.

Nous sommes tous soulagés quand Isabelle reçoit un courrier de son frère Gobert, qui s’est finalement résolu à ne pas la marier. Encore une bonne nouvelle !

Hiver 1219 : Etudes Hivernales

Frostie est de retour parmi nous. Même si, durant le reste de l’année, il ne restait de lui que la carotte qui lui sert de nez, il n’a pas été détruit pour autant.

Finley et Tiliann décident de s’unir devant Arduina : la cérémonie aura lieu au printemps prochain. Isabelle fait remarquer que ce serait mieux de se marier devant le Seigneur, et de faire baptiser leur enfant. Mais ses arguments ont du mal à convaincre Finley et Tiliann, même si cela ouvre à Oriane de nouvelles pistes de réflexions (Après la mort de fidèles de divinités païennes, leurs âmes vont-elles dans le Royaume de leur divinité ?).

Tiliann continue de lire le Somnium Quendalonis, Oriane s’attaque au Dixitque Magus, et Finley poursuit inlassablement la lecture du De Silvae Mysteriis. Herodius, de son côté, étudie l’art perdo.

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FELICIA DE BONISAGUS - ISABELLE D'APREMONT - LE RETOUR D'ELSA
Année 1218

Printemps 1218 : La Cour de Printemps

De retour à Drachenfels, nous décidons de prendre contact avec la Cour de Printemps (dans l’Odenwald, un peu plus au sud), pour voir si Elsa ne pourrait pas y trouver refuge. Scipion nous met en contact avec Vinella pour avoir un premier avis. Mais cette dernière ne pouvant s’engager, elle retourne à la Cour pour poser la question.

Deux semaines passent avant l’arrivée d’une émissaire de la Cour de Printemps, une grande jeune femme aux yeux entièrement bleus et habillée d’une robe de fleur, entourée de deux autres elfes à la forte prestance portant des armures de bois. Nous expliquons la situation à l’émissaire, qui retourne en parler au Prince Alder. Quelques jours après, le trio revient : le Prince Alder accepte de recevoir Elsa et de voir ce qu’il peut faire pour l’aider. Tous les quatre quittent Drachenfels et disparaissent rapidement dans les bois.

Sigurd pousse un soupir de soulagement en voyant partir Elsa : il n’a manifestement aucune envie de perdre une saison de plus à protéger de la jeune fée.

Quant à Frostie, il n’a pas supporté le réchauffement printanier, et il ne reste guère de lui que la carotte qui lui servait de nez.

Baliana profite des beaux jours pour quitter l’alliance et reprendre son compagnonnage.

Le reste de la saison est passé en études : lecture du De Dono Prometheos pour Tiliann, apprentissage d’ignem également pour Sigurd (auprès de Julia), lecture du Dixitque Magus : De Creationis Arte Hermetica pour Herodius. Pendant ce temps, Wolfgang affine sa vigilance. Quant à Oriane, perturbée par nos décisions communes et déçue par l’attitude de Sigurd et de Wolfgang, elle va se confesser auprès de l’ermite et discuter éthique avec le vieil homme.

Eté 1218 : Felicia de Bonisagus

Au début de l’été, une jeune mage vient frapper aux portes de Drachenfels. Il s’agît de Felicia de Bonisagus, filia de Dorana, de l’alliance de Fengheld, que nous avions rencontrée à Durenmar. Depuis, elle a relevé son Gant et entrepris son compagnonnage.

La jeune femme voyage seule, et elle profite de son apparence quelque peu hommasse pour se faire passer pour un homme.

Elle est moins bavarde et ouverte que Baliana, mais on discute tout de même avec elle. Elle a rejoint la Guilde du Tilleul et estime qu’il est nécessaire d’améliorer l’éducation des vulgaires afin que les mages puissent travailler avec eux…

Felicia étant une Maga Trianomae, Oriane l’interroge sur la légende de Trianoma et du Dragon. La jeune mage a entendu parler de cette histoire, même si elle ignorait que ledit dragon vivait dans les Hespérides : Trianoma aurait en effet réveillé un des Dragons primordiaux qui, en lui indiquant la grotte où elle a rencontré Bonisagus, aurait ainsi été à l’origine de la création de l’Ordre.

Trianoma est née en Thessalie, d’une lignée de sorcières (parmi lesquelles on compte Circé et Médée !). Trianoma avait une sœur jumelle, Viea. Elles auraient longtemps voyagé ensemble, et c’est d’ailleurs ensemble qu’elles auraient réveillé le Dragon. Par la suite, toutefois, Viea serait devenue une ennemie de l’Ordre.
Note pour plus tard : faire des recherches là-dessus à Durenmar !

Pendant ce temps, Sigurd, moins attiré par Felicia que par Baliana, se consacre à l’étude la connaissance de la magie. Wolfgang, quant à lui, se plonge dans la lecture d’un tractatus sur les Bjornaer. Oriane, enfin, retourne voir l’ermite pour approfondir ses connaissances dans les arts libéraux.

Automne 1218 : Une Nouvelle Alliance

En discutant avec Felicia de Bonisagus, on apprend que, d’après ce qu’elle a entendu dire, des mages du Tribunal ont fondé une nouvelle alliance dans le nord, sur une île au nord d’Oculus Septentrionalis et de Crintera. L’alliance demandera probablement une reconnaissance officielle lors du prochain tribunal. Une étape de plus pour notre futur compagnonnage !

Sigurd et Oriane apprennent des sorts formels, le premier avec sa mater, la seconde avec Scipion. Finley, quant à lui, consacre l’automne à la lecture du Splendor Fulguris.

Automne-Hiver 1218 : Isabelle d’Apremont

Gobert d’Apremont

L’alliance reçoit la visite d’un chevalier accompagné d’une demi-douzaine d’hommes d’armes. Le plus jeune a la trentaine, et tous sont équipés pour la guerre (cotte de mailles, boucliers, épées et arbalètes).

Il s’agit du seigneur Gobert d’Apremont, qui demande, dans un latin correct, à rencontrer le recteur de l’école. Il est reçu par Erwin (l’intendant) et Reinhard, un professeur. Les visiteurs ne parlent pas le germanique, mais ils trouvent sans encombre le chemin des cuisines.

A l’occasion du repas, Oriane, Finley et Sigurd s’approchent de la table où Sire Gobert est installé en compagnie de Scipion, Erwin, Reinhard et… Isabelle. Le chevalier, vêtu d’un pourpoint quelque peu usé par le temps, est un homme d’une quarantaine d’années, aux cheveux noirs coupés court et aux yeux bleu clair. Scipion nous présente comme des élèves, roturiers bénéficiaires d’une bourse, qui ont été formés aux arts libéraux, au latin, à la théologie, voire, pour les plus assidus, à la philosophie.

Le seigneur demande à Sigurd, Oriane et Finley ce qu’ils ont appris et ce qu’ils envisagent pour l’avenir, puis il se tourne vers Isabelle :
- Et vous, avez-vous beaucoup appris ?
- Énormément, Monsieur mon frère, répond Isabelle, à la surprise des trois jeunes mages. J’ai beaucoup appris des éminents professeurs de l’école, mais également auprès des autres élèves.
Sigurd, incrédule, se fait confirmer par le chevalier qu’Isabelle est bien sa sœur.
A la fin du repas, le chevalier gagne ses quartiers pour la nuit, nous laissant seuls avec Isabelle.
Ce sont mes parents qui m’ont fait venir ici, nous explique-t-elle, mais c’est désormais mon frère aîné qui s’occupe du domaine, mes parents étant assez âgés. Je suis la benjamine de ma famille, et j’ai sept frères et sœurs. Lorsque j’étais petite, continue notre amie, il s’est passé des choses bizarres : j’ai été enlevée alors que j’avais trois ou quatre ans, et il m’est arrivé autre chose aussi, mais je ne m’en souviens pas. Après ça, mes parents ont demandé conseil à un vieux sage qui leur a suggéré de m’envoyer étudier à Drachenfels. Je pense que mon frère a un peu oublié cette histoire, car il est venu pour faire un portrait de moi afin de le montrer à des prétendants. Mais avec tout ce qui m’arrive, j’ai peur que ça se passe mal…

Au fil de la conversation, on apprend que le frère d’Isabelle revient d’une croisade dans le sud de la France. Peut-être la guerre qu’évoquait De Rostre lors de notre séjour à Pfalz, suppose Oriane. Sur le chemin du retour, Sire Gobert s’est arrêté à Drachenfels pour voir sa sœur car, cette dernière ayant seize ans, il envisage de la marier.

De son côté, Isabelle est convaincue qu’elle attire les ennuis et, de ce fait, elle craint de causer des problèmes à sa belle-famille. Cela ne me dérange pas de me marier ; après tout, je dois obéir à mon frère aîné. Mais si, par exemple, j’ai des problèmes avec des fées après mon mariage, personne ne pourra peut-être m’aider si vous, ou d’autres mages, n’êtes pas là, conclut-elle d’un air inquiet.

Il est vrai qu’au cours des dernières années, Isabelle a été enlevée successivement par une Princesse de la Cour d’Hiver, par un Drake de Feu et par des Géants. Tandis qu’Oriane et Finley pensent que les craintes de la jeune fille sont probablement justifiées, Sigurd, pour sa part, estime que ce qui est arrivé à Isabelle à Drachenfels est de notre fait: si nous ne l’avions pas emmenée avec nous dans des aventures dangereuses, il ne lui serait certainement rien arrivé…

Peu convaincue par ce sophisme, Oriane interroge Isabelle pour tenter de clarifier les intentions de la jeune fille :
- Indépendamment de ces problèmes éventuels, si tu avais le choix, qu’est-ce que tu voudrais faire dans les années à venir ?
- Je voudrais continuer à étudier et à me rapprocher du Seigneur, répond Isabelle. Je ne désespère pas d’avoir un jour une vie normale, mais pour le moment, ça me semble difficile…
Par contre, elle n’envisage pas de rentrer dans les ordres.

Tant qu’on y est, Finley vérifie qu’Isabelle n’est pas victime d’un effet magique en lançant sur elle un sort intellego vim.

Oriane va ensuite exposer la situation à sa mater. Selon Conscientia, Isabelle est peut-être victime d’une malédiction, ou de quelque chose de similaire. Si la malédiction a été lancée par quelqu’un, cela peut se voir, mais si c’est lié à des ancêtres (en cas de malédiction frappant une lignée) ou à la naissance d’Isabelle, c’est plus difficile à déterminer magiquement. Certains mages s’intéressent probablement à la trame de la destinée, mais Conscientia n’en connaît pas. Par ailleurs, il faudrait des sorts vim particulièrement puissants pour percevoir ce genre de choses. La conversation glisse alors vers la divination. Il existe des pratiques divinatoires hermétiques, mais chacune est un art à part entière qu’il faut étudier séparément. On rencontre surtout ces pratiques dans des maisons liées à des Mystères (Verditius, Criamon, Merinita ou Bjornaer) ou, bien sûr, dans la maison Ex-Miscellanea. Par ailleurs, il existe évidemment des techniques de divination non hermétiques, auxquelles doivent s’intéresser des mages parallèles. Bref, il y autant de traditions divinatoires que de types de divination possibles : il y a même des mages qui lisent l’avenir dans la cuisson des œufs, conclut Conscientia.

Pendant ce temps, Finley va interroger sa mère sur le même sujet. Selon Gladez, il n’est pas impossible que, dans la famille d’Isabelle, des éléments extérieurs au monde profane soient intervenus et qu’elle ait été maudite, même si le terme est peut-être un peu fort. De la même façon que Tiliann a du sang féerique et qu’Oriane a du sang… pas humain, il est possible qu’il y ait dans sa famille quelque événement qui explique cela. Quoi qu’il en soit, il est probable qu’il s’agît de l’œuvre d’une créature issue d’une des quatre dimensions. Cela pourrait être un sort ou un rituel qui a affecté sa famille sur plusieurs générations, mais ce sont-là des choses difficiles à détecter. Même si, de manière générale, il est encore plus difficile de détecter les bénédictions, il est tout de même délicat de faire la part des choses entre une personne qui est effectivement maudite et une personne qui déprime en se croyant maudite. Le plus simple est encore de faire la synthèse de ce qui est arrivé à Isabelle pour voir si une malédiction paraît probable ou non.

Malgré ces discussions avec nos parentes, nous ne sommes guère plus avancés…

Le lendemain, afin de glaner des informations complémentaires, on décide d’envoyer Sigurd interroger Sire Gobert. Avant cela, on discute avec Isabelle histoire d’en apprendre le plus possible. Le domaine de sa famille se trouve à Apremont, en Champagne, du côté de la Lorraine. Les seigneurs d’Apremont font remonter leur lignée à avant Charlemagne. En ce qui concerne leurs armoiries, ils portent d’argent à trois corbeaux de sable. Le père d’Isabelle est Geoffroy Ier d’Apremont, seigneur d’Apremont et de Dun. Sa mère est Elisabeth d’Apremont, fille de Guillaume Ier de Dampierre. Ils ont eu huit enfants : Gobert (le fils aîné, actuellement en charge du domaine) ; Jean (qui a été chanoine mais qui est, depuis l’an dernier, évêque de Verdun) ; Elisabeth (qui a épousé un certain Simon de Passavant) ; Guy ; Dreux ; Ermengarde (qui a épousé Robert II von Esch) ; Henri (qui est né en 1197) ; et Isabelle.

Avant l’entretien avec Sire Gobert, Finley lance un sort muto corpus pour transformer le corps de Sigurd et lui donner l’apparence d’un vieux professeur : le jeune Ex-Miscellanea a désormais des cheveux bruns grisonnants et un certain embonpoint, et il semble désormais avoir la cinquantaine, mais il est tout de même avenant, bien rasé et il ne boîte plus…

Il va aussitôt rencontrer le chevalier et se présente comme Heinrich Stern, professeur de latin d’Isabelle. Après un instant de surprise de Sire Gobert, qui pensait que c’était Reinhard qui enseignait le latin à sa sœur, les deux hommes discutent autour d’une bière :
- Où est donc votre domaine, messire ?
- Dans les Ardennes, non loin d’ici.
- Pourquoi Isabelle est-elle venue dans le Saint Empire pour étudier ?
- C’était la dernière fille et mes parents ont choisi à l’époque de l’éloigner. Mais nous ne sommes pas bien loin, et ma famille a des connaissances dans l’Empire…
La conversation s’oriente ensuite vers le futur mariage. Le chevalier envisageait déjà quelques époux potentiels pour Isabelle, mais agréablement surpris par la beauté de sa sœur, il va probablement revoir quelque peu la liste des prétendants.
Enfin, Sigurd évoque la récente croisade en Occitanie.
- Il y a eu là-bas des problèmes avec des gens qui avaient une vision déplacée du dogme. Les nobles n’ont pas à réfléchir à ce genre de chose. Il suffit d’écouter et d’appliquer les enseignements de l’église.
- Il est vrai que le peuple… intervient Sigurd
- Le peuple n’a pas à réfléchir du tout, tranche Sire Gobert.

Sigurd prend congé et on file aussitôt voir Scipion pour lui présenter Herr Heinrich Stern, au cas où le chevalier lui pose des questions à son sujet. On explique également à Scipion qu’on a l’intention de se rendre à Apremont et d’interroger les parents d’Isabelle à propos des mésaventures de leur fille dans sa petite enfance, et on peaufine notre plan. Scipion en profite pour nous prévenir, à toutes fins utiles, qu’Apremont se situe probablement dans le Tribunal de Normandie.


h4. Triamore

Quelques jours après le départ du chevalier, par un matin d’automne déjà frais, Oriane, Finley et Sigurd, accompagnés par le Prince O’Connor (parfaitement remis de sa blessure au bras), Amelle (toujours partante, notamment pour aider une amie) et Philipp (notre charretier attitré), quittent l’alliance en chariot, accompagnés par les remerciements émus, chaleureux et anticipés d’Isabelle.

Après une semaine de voyage, nous arrivons à Cologne ; nous faisons étape à Aix-la-Chapelle une semaine plus tard ; puis, après encore sept jours de voyage, nous arrivons à Liège, une importante ville marchande située à un gros carrefour commerçant et dirigée par un Prince-Evêque. L’hiver se rapprochant, on ne prend malheureusement pas le temps de visiter la cathédrale Saint-Lambert, érigée sur la tombe dudit saint.

Suivant les indications de Scipion, on longe la Meuse jusqu’à Dinan, où on emprunte la route du Luxembourg ; là, on demande notre chemin pour Bois de Haillot, un gros village sis à l’extrémité sud du Duché de Brabant et à la limite de la forêt des Ardennes. Non loin de là, sur une colline, se dresse un château fort, impressionnant par la taille, mais manifestement (on remarque que certaines tours n’ont pas de toit) endommagé… ou inachevé.

Alors que nous arrivons devant les portes du château, l’un des deux gardes nous interpelle dans la langue locale, dont on ne comprend guère que le mot Halte ! Heureusement, le prince parle un peu la langue et nous présente, expliquant qu’on vient voir Rémi de Museau. On pénètre dans une vaste cour, longue d’une cinquantaine de mètres, abritant quelques bâtiments (les étables notamment) et protégée par plusieurs tours qui se dressent au-dessus des remparts endommagés. On remarque également une porte donnant sur la cour intérieure et le château proprement dit.

Un bel homme d’une vingtaine d’années, grand et costaud, arborant des cicatrices sur les bras et la joue, s’adresse au Prince. Oriane essaie bien de lui parler en germanique et en latin, mais le jeune homme ne connaît que le français ; il ajoute également quelques mots en arabe pour nous prouver qu’il connaît lui aussi des langues étranges… Au bout d’une bonne dizaine de minutes, la porte s’ouvre et on pénètre dans la cour intérieure, où l’on peut constater que le deuxième étage du château semble inachevé.

On patiente à nouveau jusqu’à l’arrivée d’un homme proche de la quarantaine, vêtu assez richement, arborant un nez en bec d’aigle et un visage sévère. Il se présente comme Maurice, l’intendant général de Bois de Haillot. Oriane demande à s’entretenir avec Rémi de Museau, et l’intendant repart en lançant à la jeune Bonisagus un dernier regard soupçonneux.

Au bout d’un quart d’heure arrive enfin Rémi de Museau de Jerbiton : la quarantaine apparente, de taille moyenne mais bronzé et plutôt musclé pour un mage, assez bel homme, avenant (rien de menaçant pour un mage ; manifestement un don de velours), un visage un peu carré mais agréable, des cheveux bruns coupés courts et des yeux bleus.

Quoique quelque peu surpris, Rémi de Museau nous accueille chaleureusement et emmène nous restaurer et nous reposer un peu dans le donjon. On pénètre dans une grande pièce octogonale, éclairée par un lourd lustre en fer orné de huit grosses bougies ; le sol dallé est poli au point que la lumière se reflète dedans. Trois côtés de l’octogone donnent vers trois autres passages, alors que dans les quatre autres faces s’ouvrent des alcôves où pendent des tapisseries que l’on observe quelques instants : la première représente un prêtre en robe, avec une lentille en verre dans une main et une pierre fixée au bout d’un fil dans l’autre ; la seconde, un vieil homme et une jeune femme se donnant une poignée de main ; la troisième, un homme en robe sombre regardant un paysage avec des villages et des châteaux en flammes ; et la dernière, un jeune homme en robe qui échange une couronne avec un monarque.

On continue bientôt vers une vaste salle rectangulaire chauffée par une immense cheminée de près de six pas de large, et on s’installe dans des fauteuils, au coin du feu. Un homme d’une trentaine d’années, bien habillé, entre dans la pièce par l’une des portes, et Rémi l’envoie prévenir Dame Daria et nous préparer une collation.

Au cours de la conversation, on apprend avec stupeur que, traditionnellement, les mages lèvent leur Gant et prêtent serment au cours d’un même tribunal. En effet, les nouveaux mages doivent forcément être présentés devant leurs pairs réunis en tribunal ; c’est pourquoi il est d’usage de concilier les deux événements. Il existe certes des exceptions (comme Baliana et Felicia, songe Oriane) mais dans notre cas, vu que nous sommes six apprentis, nous passeront certainement l’épreuve du Gant lors du prochain tribunal, qui aura lieu… en 1221 ! Dans deux ans !!! En effet, le suivant étant prévu pour 1228, il sera un peu trop tard car on aurait alors passé plus de quinze ans en apprentissage ! Arrghhh !!!

Etouffant une bouffée de panique (et se demandant incidemment si certains apprentis malchanceux lèvent leur Gant au bout de dix petites années d’études seulement – avec ce système ridicule, il ne faut pas s’étonner que les jeunes mages soient insuffisamment formés et ne connaissent même pas le grec ! Grrmmm…), Oriane expose en détail à Rémi de Museau les motifs de notre visite, et conclut en lui demandant si le vieux sage qui a suggéré au seigneur d’Apremont d’envoyer sa fille à Drachenfels ne serait pas un mage de Triamore. Selon notre hôte, cela paraît toutefois peu probable.

Sur ces entrefaites arrive, par les escaliers de bois descendant de l’étage, une femme de grande taille, d’une quarantaine d’années, au port noble et assuré, vêtue de superbes robes, aux traits fins et aux longs cheveux serrés dans une résille aux mailles d’argent ornée de perles. Rémi nous présente à Daria la Grise de Tremere, citant nos noms, Maisons et parentes. Sigurd ajoute qu’il fait partie de la Tradition Rustica, et prend plutôt mal la remarque (pourtant bien innocente ou interrogative, selon l’interprétation d’Oriane et de Finley) de Dame Daria à ce sujet (Sigurd a plutôt l’air de penser qu’elle a envers lui une attitude hautaine et dénigrante).

Oriane explique à nouveau les raisons de notre visite tandis qu’Edith, une jeune servante plutôt mignonne arborant un sourire timide, nous apporte une collation. Finalement, Dame Daria ne pense pas qu’Isabelle ait bénéficié de l’aide d’un des membres de l’alliance douze ou treize ans auparavant. En effet, même si certains magi de Triamore sont aujourd’hui décédés, il semble peu probable qu’un des mages ait suggéré d’envoyer la jeune Isabelle dans une autre alliance, alors qu’elle aurait pu être recueillie ici même.

La conversation s’oriente alors vers notre propre éducation, que Dame Daria (tout comme Baliana l’année précédente) suppose quelque peu chaotique.
- Mais bon, conclut-elle, les mages de Drachenfels sont tous un peu…
- Hors-normes… termine Rémi avec un sourire entendu.

Daria la Grise nous interroge ensuite sur ce qu’on envisage pour l’avenir.

Oriane expose sans ambages son intérêt pour les dragons, et évoque la légende de Trianoma et du Dragon primordial (que connaît d’ailleurs Dame Daria).
- Un sujet d’études dangereux, commente Rémi.
- Je suppose que beaucoup de sujets intéressants deviennent dangereux si on les pousse à leur terme, fait remarquer Oriane, en songeant aux risques que présentent les projets de Finley et d’Herodius.
- Certes, mais tous les sujets d’études ne vous mangent pas, conclut Rémi en souriant.
Oriane demande naturellement s’il y a des histoires de dragon dans la région, et Dame Daria lui répond qu’il y aurait en effet, selon la légende, un dragon dans la forêt des Ardennes. (Hum… Avec un peu de chance, c’est ce dragon qui a enlevé Isabelle, imagine la jeune Bonisagus).

Finley, pour sa part, explique qu’il s’intéresse particulièrement aux soins. Un domaine d’étude toujours utile et fort apprécié, commente Rémi.

Quant à Sigurd, qui n’a toujours pas digéré l’attitude de Dame Daria, il ne fait guère assaut de courtoisie. Il répond simplement qu’il veut étudier les interactions entre l’esprit et la matière, mais qu’il n’a pas encore de connaissances suffisantes pour savoir où ses recherches le mèneront. Rémi, devinant avec perspicacité que le jeune Ex-Miscellanea essaie d’éluder le sujet, pose des questions jusqu’à ce que Sigurd avoue qu’il souhaite animer des objets, créer des objets intelligents, et projeter son esprit dans la matière. (Tout un programme, songe Oriane, qui n’avait pas la moindre idée des projets ambitieux – et passionnants – de son compagnon).

Rémi, de son côté, n’a pas de sujet d’études bien arrêté. Il préfère, nous dit-il, découvrir le monde, voyager, partir à l’aventure. Outre le Tribunal du Rhin, il a déjà visité la France, l’Espagne et l’Italie. (Voilà quelqu’un qui, malgré un sujet d’études potentiellement affamé, serait peut-être partant pour aller visiter les Hespérides, songe Oriane).

Quant à Daria, elle semble très investie dans la Guilde du Pommier, dont elle partage la direction collégiale avec deux confrères d’Oculus Septentrionalis et de Fengheld. Elle nous explique que Triamore est une sorte d’expérience, un microcosme de l’idéal de la guilde. Ici, pour les habitants, nous sommes leurs suzerains dans un cadre féodal. Nous avons des relations très étroites avec les vulgaires, ceux dont nous avons la responsabilité comme ceux dont nous sommes les vassaux, à savoir le Duché de Brabant. Mais évidemment, nous ne pouvons pas briser les règles de l’Ordre, et donc pas mettre en avant notre position de mage. En réponse aux interrogations d’Oriane, Daria finit par reconnaitre qu’il est donc quelque peu difficile de gérer la situation : dans l’idéal, il faudrait, dans un premier temps, révéler notre statut de mages à ceux qui gouvernent, et le cacher à ceux qui sont gouvernés.

Daria nous explique que beaucoup de mages du Tribunal font partie de guildes conservatrices, comme le Chêne ou le Frêne. C’est lors de la saison d’apprentissage à Durenmar que les apprentis rencontrent des représentants de chaque guilde ; et après le Gant, les jeunes magi peuvent présenter leur candidature à une guilde, même s’il s’agît souvent de celle de leurs parentes.

En réponse à une question de Daria la Grise, Oriane tente d’expliquer que nos parentes ne sont pas très impliqués dans le système des guildes, ce que Rémi traduit aussitôt par : en fait, ils n’en ont rien à faire ; ce qui est la plus stricte vérité… Et lorsque Dame Daria nous demande notre propre opinion, Oriane répond qu’elle est surtout attirée par les guildes du Tilleul et du Pommier (Ah, une jeune Pomme ! commente Rémi en souriant). Sigurd a un avis similaire, semblant hésiter lui aussi entre ces deux guildes. Quant à Finley, il penche sans surprise pour la guilde de l’Aubépine (Il n’y a pas beaucoup de gens à soigner, dans les forêts, commente Rémi. Et dans l’Aubépine, il y a essentiellement des mages de la Maison Bjornaer).

Par la suite, la conversation digresse sur la fragmentation de l’esprit des forêts (sujet que semble connaître un peu Rémi de Museau), le développement des villes, l’influence croissante et inquiétante de la Chrétienté et des auras divines, les approches philosophiques différentes des Païens et des Chrétiens (les premiers appréhendant le temps de manière cyclique, les seconds de façon linéaire), le recul des dimensions magiques et féeriques, le rôle de l’Ordre d’Hermès pour limiter les dégâts, voire même, hypothèse quelque peu osée avancée par Sigurd, de l’existence d’autres ordres magiques (et donc d’autres façons non hermétiques de concevoir la magie) dans les terres au-delà de l’Indus. Comme le fait remarquer Rémi avec prudence, on atteint là des théories qui pourraient être mal interprétées par des Quaesitores. Un peu plus tard, quelque peu irrité, Sigurd met brusquement un terme à la conversation et annonce sans guère de tact qu’il souhaite aller se coucher.

On nous conduit donc à nos chambres, situées dans une tour ronde. Oriane et Amelle s’installent dans une chambre, le Prince prend la deuxième et Sigurd et Finley se partagent la plus grande chambre.
Discussions houleuses

Histoire de se reposer un peu, on passe la journée du lendemain à Triamore. Oriane, Sigurd, Finley, le Prince et Amelle commencent par évoquer la discussion de la veille. Sigurd fait part à ses compagnons de son opinion concernant Daria la Grise : selon lui, elle s’est montrée supérieure, hautaine et dédaigneuse envers lui parce qu’il fait partie de la Maison Ex-Miscellanea. Oriane et Finley n’ont toutefois rien remarqué de tel ; selon eux, Daria n’a pas forcément compris à quoi Sigurd faisait allusion en parlant de Rustica. Tout le monde ne doit pas connaître les différentes traditions Ex-Miscellanea. Sigurd, pas convaincu pour deux sous, demande incidemment à Finley à quelle tradition il appartient.
- Pharmacopien, répond Finley.
- Hein ? s’étonne Sigurd.
- Pharmacopien. Pharmacien, confirme Finley.
- Tu vois ? demande Oriane après avoir éclaté de rire. Tout le monde ne connaît pas les différentes traditions Ex-Miscellanea…

La conversation s’oriente ensuite sur le compagnonnage et devient rapidement plus vive. Oriane (qui s’est remise pendant la nuit de l’avancée insensée de la date du Gant !) défend l’idée d’un compagnonnage exhaustif : elle a la ferme intention de visiter l’ensemble des alliances du Tribunal. Après tout, comment choisir l’alliance où l’on va s’installer si on ne les connaît pas toutes. Par ailleurs, c’est aussi l’occasion rêvée de rencontrer l’ensemble des mages du Tribunal, de discuter des projets et sujets d’études de chacun, et de découvrir ainsi de nouvelles idées, passions ou inspirations. Ainsi, avec treize alliances à visiter, il est peu probable que le voyage dure moins d’une bonne dizaine d’années, en étant optimiste… Sigurd, de son côté, semble pressé de terminer son compagnonnage et de s’installer quelque part. Il milite pour un tour rapide du Tribunal, en évitant de s’arrêter longuement dans chaque alliance et en n’hésitant pas, au contraire, à abréger le voyage en sautant allègrement (une expression d’Oriane qui semble amuser Amelle) quelques alliances. Le jeune Ex-Miscellanea, par exemple, ne manifeste aucune intention de se rendre à Crintera, arguant qu’il n’a rien à faire là-bas ! Oriane s’insurge, évoquant la possibilité de rencontrer des Esprits Animaux (sans parler du fait que l’alliance, installée dans un regio, doit être vraiment passionnante à visiter). Sigurd, en colère, met brutalement fin à la conversation en affirmant qu’Oriane ne comprend pas le problème parce qu’elle est un dragon, qu’elle ne va pas vieillir et qu’elle vivra probablement plus de mille ans ! Et le jeune Ex-Miscellanea de partir grommeler dans un coin.

Oriane, surprise par cette sortie inattendue, comprend alors que Sigurd a un projet à long terme (probablement la projection de l’esprit dans des objets mobiles dont on parlait la veille, ce qui pourrait être une forme d’immortalité) et qu’il semble avoir peur de vieillir et de mourir avant d’avoir achevé son œuvre. Bon, en fait, il semble avoir peur de vieillir et de mourir tout court. Et de la part d’un jeune homme d’à peine dix-huit printemps, ça me paraît tout de même étrange, voire inquiétant, songe Oriane. Il doit y avoir anguille sous roche. En tout cas, cette crainte pourrait expliquer pourquoi il était si ennuyé de perdre une saison avec Elsa à Aix-la-Chapelle, ou pourquoi il ne s’occupe pas de sa fille adoptive. Hum… Il serait peut-être bon d’en discuter tranquillement un de ces jours…

Geoffroy d’Apremont

Le lendemain matin, on quitte Triamore pour Apremont. On descend plein sud à travers les Ardennes, efficacement guidés par Finley. Ce dernier médite dans la forêt d’Arduinna, mais il ne sent pas d’esprit qui habite les bois. Par contre, il perçoit la présence de nombreux loups, contre lesquels Rémi de Museau nous a mis en garde avant de partir.

Au bout d’une semaine de voyage difficile, au cours duquel on trace chaque soir des cercles de protections contre les animaux (Abundans cautela non nocet – Excès de prudence ne nuit pas), on arrive en vue du village d’Apremont. Le lendemain matin, Finley métamorphose Sigurd en un Heinrich Stern qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Drachenfels et on se présente au village. Là, on apprend que le château du seigneur est en fait sis à Commercy, un village situé à quelques jours de cheval vers le sud. Grrmmm…

Après cinq jours de voyage dans la neige, on arrive enfin à Commercy. Le château est récent, bien plus petit que celui de Triamore, mais on y compte davantage d’hommes d’armes. Après un muto corpus efficace qui nous permet de retrouver Heinrich Stern, le Prince explique la situation et on parvient à rencontrer l’intendant qui, inquiet pour Isabelle, nous conduit rapidement auprès de son seigneur.

Geoffroy Ier d’Apremont, seigneur d’Apremont et de Dun est un homme âgé de 50 à 60 ans, de grande taille et assez massif. Il nous reçoit avec son épouse, Elisabeth, et tous les deux semblent fort inquiets pour leur fille. Sigurd/Heinrich explique qu’il est professeur à Drachenfels et qu’il est venu les voir pour les informer qu’Isabelle a été tout récemment enlevée par une fée, mais que l’incident est désormais clos.

Sire Geoffroy, qui ne parle pas très bien le latin, laisse son intendant se charger de la traduction et explique les mésaventures passées de notre amie. Il y a de cela seize ans, alors qu’Isabelle était dans son berceau, une créature a essayé de l’enlever. Lorsque notre fille est née, nous recevions des pauvres pour célébrer la naissance du Christ. Une créature a alors tenté de subtiliser la petite dans son berceau. Heureusement, parmi les pauvres hères présents, il y avait un vieil ermite qui nous a expliqué ce qui se passait. La créature avait laissé une… autre créature pour remplacer notre fille. Nos soldats ont pu rattraper le coupable et récupérer l’enfant, et dans le berceau, on n’a retrouvé qu’une branche d’arbre. Après avoir remercié le Seigneur, nous avons baptisé la petite.

Sire Geoffroy poursuit son récit et nous explique que, un été, alors qu’Isabelle avait trois ans, le seigneur et son épouse ont reçu la visite d’un nobliau de la région qui est tombé amoureux de la petite et a demandé sa main à son père. Sire Geoffroy croyait alors à une curieuse forme d’éloges ou de courtoisie, mais le nobliau étant manifestement sérieux, le père d’Isabelle s’est fâché. Le soir même, le chevalier a enlevé la petite. Heureusement, il a été rattrapé (et pendu haut et court) et Isabelle a pu être sauvée. L’intendant lui-même a participé à la chasse. Pour Noël, cette même année, le vieil ermite est repassé à Commercy. Il a expliqué aux parents qu’il ne fallait pas laisser la petite Isabelle dans le monde normal car elle serait toujours poursuivie ; seul des gens hors-norme, vivants dans des endroits particuliers pourraient la protéger. Sire Geoffroy a choisi de privilégier la sécurité de sa fille et a demandé à l’ermite s’il connaissait de tels endroits particuliers avec de tels gens hors-normes. L’ermite a alors cité, parmi d’autres lieux, l’école de Drachenfels. Le seigneur et sa dame n’ont jamais revu cet ermite depuis lors. Quant à Sire Gobert, il n’était pas là au moment des événements, et il n’est donc pas au fait de la situation.

Sigurd/Heinrich précise bien aux parents qu’il n’est rien arrivé à Isabelle pendant tout son séjour à Drachenfels, et qu’elle a été enlevée la seule fois où elle était sortie de l’école. Sire Geoffroy espérait que sa fille serait guérie, avec le temps, mais Sigurd lui confirme que, malheureusement, seule la protection de Drachenfels peut assurer la sécurité d’Isabelle.

On prend rapidement congé de Sire Geoffroy et on rentre à Drachenfels où l’on raconte notre périple à Isabelle. On est venu, on a vu, on a convaincu ; du moins, espérons-le. Il n’y a plus qu’à prier pour que Sire Geoffroy et son épouse expliquent clairement la situation à Gobert.

Si tout se passe bien, Isabelle ne sera pas obligée de se marier tout de suite. D’ailleurs, si elle cherche un mari, l’idéal serait qu’elle épouse un résident d’une alliance ; ainsi, elle pourrait vivre protégée par un aegis. Evidemment, le fait qu’elle veuille épouser un noble ne simplifie pas la tâche, mais Oriane estime qu’Isabelle devrait nous accompagner pendant notre compagnonnage. Cela lui permettrait de visiter toutes les alliances (n’en déplaise à Sigurd) et d’éventuellement rencontrer un soupirant : un compagnonnage matrimonial en quelque sorte.

Hiver 1218 : Le Retour d’Elsa

Un soir, Scipion et Gwidion reviennent avec une jeune femme qu’ils ont trouvée dans la forêt. C’est Elsa : elle est nue et sa peau pâle semble bleue de froid. Ils appellent aussitôt Lothar et Gladez à la rescousse.

Assaillis par nos questions, Scipion et Gwidion nous expliquent qu’ils sont allés récupérer Elsa. En fait, Gwidion surveillait la forêt et il a senti que la jeune fée était revenue cet hiver. Les deux mages l’ont trouvée aux portes de la Cour d’Hiver, transformée en statue de glace par un pouvoir similaire au sien, mais bien plus intense. Scipion et Gwidion ont dégelé notre amie mais le sort était tellement puissant que son cœur a commencé à geler.

Gladez utilise du vis pour soigner Elsa. Elle improvise un sortilège creo corpus complément ignem afin de soigner le cœur de la jeune fille tout en faisant fondre la glace qui y a pénétré.

Lorsqu’Elsa reprend ses esprits, elle est transie de froid, et il lui faut de longues journées pour récupérer. Pendant sa convalescence, elle nous explique que l’émissaire l’a conduite à la Cour de Printemps. Elle y a rencontré le Prince, un Elfe très gentil. Je lui ai bien expliqué la situation. Il m’a dit qu’il compatissait, mais qu’il n’y avait pas grand-chose à faire. Après, il m’a proposé une solution exigeant un grand sacrifice. Il m’a demandé de lui donner ma fertilité et m’a dit que c’était à cette unique condition qu’il pourrait m’aider. Alors, je la lui ai donné de mon plein gré : il m’a touché le cœur et le ventre et m’a dit que, en hiver, je pourrai retourner chez moi pour que la Cour réalise que je ne lui étais plus d’aucune utilité. Alors, je suis allée à la Cour d’Hiver, et ils ont vérifié ce que je disais. Ma mère était folle de rage. Et puis le Roi de l’Hiver m’a chassé de la Cour, et il m’a dit qu’il ne voulait plus jamais me revoir. Et puis, tout s’est éteint, et il y a eu un grand noir, et puis je me suis réveillée ici, termine Elsa.

Pendant qu’Oriane serre les dents de colère contenue, Scipion ajoute : Tout cela ne m’étonne pas. Le Prince du Printemps avait prévu que cela se passerait comme ça. D’ailleurs, Vinella m’avait prévenu de chercher des traces de la présence d’Elsa en hiver. Bref, grâce au Prince du Printemps, votre plan s’est finalement très bien passé. C’est vraiment un type bien, ce Prince…

Bref, Elsa va désormais habiter avec nous, et il faudra éviter qu’elle croise la route du Roi de l’Hiver. Par contre, Oriane trouve qu’elle pourrait se joindre à nous pour le compagnonnage, qui s’approche vraiment à grand pas : au printemps 1221, nous nous rendons à Durenmar pour notre saison d’étude avec des magi locaux, et dès l’été, nous affrontons l’épreuve du Gant avant d’être présentés devant le tribunal. Plus que huit saisons d’étude à Drachenfels, si tout va bien. Si tout va bien…

Sur ces réflexions, Oriane consacre la fin de l’hiver à bachoter la théorie de la magie. Pendant ce temps, Sigurd étudie l’auram avec Julia, et Finley apprend l’art délicat de la tromperie avec sa mater.

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BALIANA DE BONISAGUS - ELSA
Année 1217

Printemps 1217 : ΔΙΑΒΟΛΟΨΥΧΗ

Scipion a emmené Tiliann dans un regio féérique pour lui apprendre la magie féérique, ce qui lui permet d’utiliser de nouvelles portées, de nouvelles durées et de nouvelles cibles pour ses sorts… Revers de la médaille, Tiliann se rend également compte que le fer, c’est vraiment très mauvais : désormais, tous ses sorts seront dissipés s’ils rentrent en contact avec du fer…

Wolfgang apprend l’art du marchandage avec sa mater. Finley s’initie à la médecine.

L’ouvrage ramené par Oriane, Herodius et Sigurd est intitulé Διαβολοψυχη (Diabolopsyché, L’Ame du Diable), il a été écrit par Tharene de Tyr. Est-ce une bonne idée de le lire ? Selon Oriane, cela permettrait peut-être de découvrir un moyen de se débarrasser de la créature (on retrouve dans le livre un dessin du pentacle tracé sur le sol de l’église de Pfalz). Lothar confirme que ce pentagramme fait partie d’un rituel de consécration. Dans le doute, nous mettons le bouquin de côté pour l’instant : on verra avec Sigurd s’il veut en faire quelque chose. Mais s’il y met le même entrain que pour s’occuper de sa fil… nièce, ça ne sera pas pour tout de suite : Swanahilde est pour l’instant élevée par Hilda, la femme de Philipp le charretier.

Eté 1217 : Baliana De Bonisagus

Nous recevons la visite d’une jeune femme qui vient demander l’hospitalité de l’alliance : âgée d’une vingtaine d’années, il s’agît de Baliana de Bonisagus, une maga que nous avions rencontrée à Durenmar alors qu’elle n’était qu’apprentie et qui commence son compagnonnage. Elle est plutôt belle, assez fine, de taille moyenne, avec des cheveux châtains bouclés lui arrivant aux épaules et des yeux bleus qui arborent des reflets pourpres au coucher du soleil.

Elle a été élevée à Colles Leonis, une alliance proche de chez nous, et elle n’a pas encore beaucoup voyagé dans le Tribunal puisqu’elle a décidé de commencer son compagnonnage par Drachenfels. Elle voyage avec trois personnes : deux hommes d’armes d’une vingtaine d’années, dirigés par un certain Paul, qui a l’air d’avoir la trentaine.

A part sa mater (Fera de Bonisagus, archimage, maitresse en mentem et en nécromancie), la population de Colles Leonis est plutôt jeune : Tiberius de Flambeau, Julia de Tremere et Freki de Bjonaer. Colles Leonis est une alliance assez ancienne qui a connu un cycle des saisons complet et d’autres générations de mages : il y reste quatre laboratoires libres (dont deux réservés aux magi de passage et deux autres inutilisés depuis un siècle).

Baliana s’intéresse à la magie nordique et à ce que les mages d’Hermès nomment l’Ordre d’Odin, et elle a décidé d’en faire son domaine d’études. Elle compte d’ailleurs terminer son compagnonnage par le nord du Tribunal, avant de rentrer à Colles Leonis pour y présenter sa candidature. Elle s’intéresse au sujet car, autour de son alliance, apparaissent des portails non contrôlés qui libèrent de temps en temps des créatures nordiques sorties de regiones magiques ou féériques. Deux de ces regiones ont été explorés par des mages de l’alliance : un regio magique (qui a été nommé Jötunheim) et un regio féerique (qui a été baptisé Midgard).

Baliana s’étonne également de la réussite de notre éducation : en général, lorsqu’il y a plusieurs apprentis au même endroit, ça se termine mal. Selon elle, si tout s’est bien passé, c’est parce que nos parentes ont dû s’investir énormément dans notre éducation, bien plus en tout cas que ne le font les mages habituellement.

En dehors de cette visiteuse inattendue, nos activités respectives restent assez classiques. Oriane va discuter avec l’ermite, elle lui parle brièvement du voyage à Pfalz et du fait que la mère de Sigurd n’est pas décédée il y a treize ans, mais elle laisse au jeune Ex-Miscellanea le soin de raconter en détail nos découvertes au vieil homme. Ils échangent également sur les arts libéraux, ce qui permet à Oriane de progresser dans ce domaine. Tiliann apprend quelques sorts formels avec Scipion, Wolfgang lit le Brevis Historia Regum Dacie (il en profite pour discuter avec Baliana, qui elle aussi était intéressée par cet ouvrage). Herodius fait l’aller-retour jusqu’à Crintera sous forme de héron pour étudier avec son nouveau mentor la connaissance de la magie, les mystères de l’animal de cœur et la philosophie.

Quant à Sigurd, après avoir essayé (sans succès) de se rapprocher de Baliana, il retourne à Remagen pour se consoler auprès de la fille de l’ébéniste (et accessoirement affiner sa maîtrise de la sculpture sur bois). De retour à l’alliance, il nous fait une petite démonstration de sa tradition magique en fabriquant en seulement quelques jours un couteau en bois permettant, d’un simple contact, de réduire en poussière un objet en bois (Tu ne peux pas faire la même chose avec des objets en fer ? demande une Tiliann pleine d’espoir). Ainsi, Sigurd peut placer dans un objet un sortilège qu’il connaît de manière formelle (Pourrissement du bois, au cas particulier), et qui peut être lancé même par un vulgaire (Oriane propose qu’on en fasse l’expérience en confiant le couteau, dûment rechargé, à Amelle, qui s’amuse à réduire en poussière le tabouret sur lequel est assise la jeune Bonisagus). L’objet peut contenir un certain nombre de charges ou, moyennant une dépense de vis, avoir un effet permanent. Excellent !

Automne 1217 : Une saison calme

Une saison calme (avant la tempête ?), où Tiliann lit le De Nuptiis Nerei Doridisque, Sigurd apprend l’art imaginem avec Julia, Herodius lit le De Silvae Mysteriis, et Wolfgang le De Natura Rerum Supernaturalium. Quant à Oriane, elle réquisitionne chaque matin de la nourriture à la cuisine et disparaît pour la journée, allant partager son repas avec l’ermite et apprendre la musique (surtout religieuse) avec le vieil homme. Lorsque ce dernier, à l’approche de l’hiver, se prépare à partir pour Cologne afin de passer en ville la mauvaise saison, Oriane lui donne les deux pions de vis qu’elle possède (un pion de vis terram et un pion de vis animal) : en cas de besoin, il pourra les échanger contre des services en contactant les mages du chapitre de Fengheld installés à Cologne.

Hiver 1217 : La Fuite d’Elsa

Dès les premières chutes de neige, on toque à la porte de l’alliance : Elsa vient nous rejoindre, suivie de son bonhomme de neige. Toute affolée, elle nous explique qu’elle s’est enfuie de la cour d’hiver car Frostie a entendu la Princesse de la Cour d’Hiver dire qu’elle offrirait sa fille en cadeau au Roi, qui pensait ensuite jeter Elsa en pâture à ses chevaliers pour donner naissance à une armée dotée de pouvoirs surnaturels (le Roi semble espérer que les enfants d’Elsa auront les mêmes capacités que leur mère, notamment celle de congeler les gens d’un simple toucher).

Scipion nous demande de réfléchir à une solution, pendant qu’il s’empresse d’aller renforcer les défenses magiques de l’alliance avec ses collègues.

Nous réfléchissons, mais ne voyons pas bien ce que nous pourrions proposer au Roi de l’Hiver en échange d’Elsa. Le lendemain, la température est largement descendue, et nous retournons voir Scipion pour discuter de la situation. Il faudrait soit trouver un substitut qui ait autant de valeur qu’Elsa, soit la mettre hors de portée du Roi en la mettant sous la protection (éventuellement via un mariage) d’une créature féérique ou magique puissante. Reste à trouver un passage pour aller dans un regio, puis trouver un candidat crédible (et acceptable).

Tout d’abord, nous décidons de cacher Elsa en l’amenant dans une aura divine pour y passer l’hiver (et nous laisser le temps de la réflexion). Nous décidons de descendre en bateau jusqu’à Cologne, puis nous cheminons jusqu’à Aix-la-Chapelle. Nous emmenons avec nous Amelle (toujours partante pour une aventure), Philipp (pour conduire le chariot), Jarvis (le meilleur chasseur de l’alliance), Meinard le batelier, Isabelle (malgré la désapprobation de Sigurd) et Moustache, en plus d’Elsa et de Frostie.

Arrivés à Cologne, Herodius jette des sorts d’imaginem pour rendre les filles présentables (les sorts de Tiliann n’étant plus suffisamment fiables), puis Wolfgang nous trouve un chariot et nous prenons la route d’Aix. Nous arrivons à Aix-la-Chapelle sans embûche. Oriane, Tiliann et Herodius campent en dehors de la ville pendant que le reste du groupe s’installe dans une auberge.

Plusieurs semaines passent sans que nous ne sachions vraiment quoi faire. La possibilité de renvoyer Elsa à la Cour d’Hiver est évoquée, à l’indignation d’Oriane et de Tiliann. A défaut, Wolfgang et Herodius proposent de laisser Elsa dans un monastère le temps que l’hiver passe, mais Oriane et Tiliann ne sont là encore pas d’accord : si Elsa touche malencontreusement une moniale, elle va la transformer en statue de glace, et il est probable que notre amie soit ensuite envoyée sur le bûcher. Herodius vole jusqu’à Drachenfels pour voir ce qu’il en est, mais l’alliance est inaccessible (pour un héron) car assaillie par un furieux blizzard.

Plusieurs semaines passent encore, pendant lesquelles nous n’arrivons toujours pas à nous décider sur la marche à suivre. Finalement, le siège de Drachenfels est levé, et Herodius apprend que l’alliance a convaincu la Cour d’Hiver qu’Elsa n’était pas chez eux. Du coup, les chevaliers féériques vont poursuivre leurs recherches ailleurs.

Nous louons une petite maison à Aix, ce qui nous permet de tous nous installer dans l’aura divine. Dès le début du printemps, Herodius va s’assurer que la voie vers l’alliance est dégagée, puis rentrons à Drachenfels.

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LES MYSTERES DE PFALZ
Printemps 1217

Printemps 1217 : Herodius de Bjornaer

Wolfgang repart sur les routes avec Cymena. Finley et Tillian sont occupés avec leurs parentes, et souvent sans leurs parentes ; c’est (encore) la saison des Violettes. Herodius et Gwidion reviennent à l’alliance après deux ans d’absence.

Herodius explique à Oriane et à Sigurd qu’il s’est rendu à Crintera, la Domus Magna de la Maison Bjornaer. Pour leur montrer ce qu’il a appris, Herodius se métamorphose en héron. En réponse aux questions d’Oriane, il nous explique qu’en fait, il ne se transforme pas en héron mais qu’il est un héron, et qu’il peut adopter à volonté sa forme humaine ou sa forme de héron.

Selon lui, chacun possède un animal de cœur. Théoriquement, tout le monde pourrait apprendre à adopter la forme de son animal de cœur, que ce soit des mages ou des vulgaires. Toutefois, en pratique, les Bjornaer n’initient à ce Mystère que des gens qui possèdent le Don (a priori, essentiellement pour des raisons politiques) ; et vu que cette initiation nécessite d’avoir une forte affinité avec la nature, aucun mage d’une autre Maison n’a été initié récemment.

Herodius reprend ensuite le fil en racontant son voyage jusqu’à Crintera. Gwidion et lui étaient partis à l’automne 1214. Après avoir quitté la Franconie en suivant les chemins forestiers, ils arrivèrent en Thuringe. Près de Gensmar, Gwidion les guida jusqu’à une clairière anciennement dédiée à Thor et ses avatars. Au centre de celle-ci se tient un chêne représentant le pouvoir de la forêt originelle, d’autres chênes autour symbolisent la séparation de l’esprit originel de la forêt ; les branches de ces chênes contiennent du vis creo. Dans cette clairière, Herodius explique avoir ressenti une sensation de paix intense, il arrivait à approcher les animaux sauvages. D’après Gwidion ce lieu est très difficile à trouver sans entrer en communion avec la forêt.

Ils sont ensuite passés en Saxe et sont montés dans la chaîne du Harz. Au sommet du Brocken, ils ont visité l’autel de sorcières qui se trouve sur le plat en granite ; Gwidion a déconseillé à Herodius de passer là la nuit de Walpurgis, il ne lui serait de toute façon pas venu à l’idée de revenir ici quel que soit le jour vu l’aura féérique du lieu. Non loin de là, le mage a également indiqué à son filius la présence d’une fontaine magique donnant des visions ; de Rumaquelle une source magique ; ainsi que de la cuisine du diable (Teufelsküche), un autel et un cercle de pierres (ancien lieu de culte à Woden) où souvent un sacrifice était fait et les parties vitales étaient brûlées (d’ailleurs il ne faut pas venir là en hiver car, selon la légende, la Chasse sauvage partirait d’ici).

L’arrivée à l’alliance de Crintera sur le l’île de Rügen fait comprendre à Herodius qu’elle est sise dans un regio magique comportant plusieurs niveaux. En effet, Gwidion et lui traversent d’abord une forêt très dense qui paraît plus vivante au fur et à mesure de leur avancée, des traits animaux commençant à apparaître sur eux. Le cœur du regio n’est pas très vaste, c’est une clairière avec des cahutes en bois, on peut toutefois y rencontrer toutes les Puissances Animales, qui y apparaissent sous forme de statues en pierre. L’initié avance vers ces statues, mais la seule dont il peut approcher est celle de son animal de cœur. C’est là qu’Herodius a rencontré la Puissance du Héron, qui semble être l’essence de l’animal.

Pour les Bjornaer, cette épreuve est déterminante. Lorsqu’on est initié à ce mystère, on est de facto un mage de la Maison Bjornaer. Quant au Gant, il ne constitue pas une épreuve particulière : cela marque la fin de l’apprentissage et le mage reçoit tout simplement son Sceau.

Selon Oriane, ces Puissances Animales évoquent clairement les Idées de la théorie de Platon, et elle aimerait bien les rencontrer et s’entretenir avec eux. La jeune Bonisagus voudrait également connaître son animal tutélaire, mais Herodius lui explique que, pour ce qu’il en sait, les animaux de cœur sont toujours des animaux vulgaires (pas de dragon, donc). Grmmm.

Il risque toutefois d’être difficile d’avoir accès au cœur du regio de Crintera sans être mage de la Maison Bjornaer (même si ça ne coûte rien de demander ! conclut Oriane, optimiste). Cependant, en théorie, rien n’interdit d’invoquer les Puissances Animales en dehors du regio, et Herodius propose à une Oriane enthousiaste d’essayer ça, d’ici quelques années, afin qu’elle puisse connaître son animal de cœur.

En effet, Herodius a rencontré à Crintera l’Archimage en charge des Mystères, une dame fort érudite et pédagogue qui est devenue son mentor (même si Gwidion reste le parens d’Herodius). Le responsable des Mystère est traditionnellement un Héron, et Herodius va être formé pour devenir son successeur. Impressionnant !

Par ailleurs, Herodius nous explique que, en 1168, l’île où est bâtie l’alliance de Crintera a été envahie par les Danois, qui voulaient évangéliser la région. Les mages ont demandé l’aide des autres Maisons mais, lors d’un Grand Tribunal, l’Ordre a refusé de prêter assistance à Crintera, arguant que l’alliance elle-même, à l’abri dans son regio, n’était pas en danger.

Or, s’il est vrai que l’alliance est effectivement à l’abri, il n’en est pas de même des auras magiques locales, qui seraient probablement bouleversées par l’apparition d’auras divines consécutives à l’évangélisation. Les Bjornaer, en violation du Code, ont donc décidé de lutter activement contre l’invasion danoise.

Note pour plus tard : Oriane, qui commence à voir des complots hermétiques partout, se propose, lors de son prochain passage à Durenmar, d’étudier les minutes de ce Grand Tribunal, ainsi que des Tribunaux précédents, histoire de voir s’il n’y aurait pas anguille sous roche.

Printemps 1217 : Les mystères de Pfalz

En route vers Pfalz

Sigurd ayant décidé de retourner dans son village natal afin d’y trouver des réponses, Oriane, Herodius, le Prince O’Connor et Amelle décident de l’accompagner. Le village de Pfalz se trouve sur le Rhin à environ 50 kilomètres au sud de l’alliance.

On demande à Philipp, qui nous avait accompagné à Remagen en 1211, de s’occuper du chariot (car personne ne sait conduire ce type de véhicule). Philipp, désormais âgé de 26 ans, s’est marié avec Hilda, et ils ont eu deux enfants, Gretchen (née en 1213) et Lenz (né en 1215). Après discussion, il serait possible qu’Hilda s’occupe de Swanahilde, au grand soulagement de Sigurd, qui ne montre pas la moindre envie de se charger de l’éducation de sa… nièce (C’est déjà bien que je l’ai recueillie à l’Alliance, fait-il remarquer). Oriane grommelle devant cette indifférence paternelle : même s’il est vrai que l’éducation des enfants par l’Etat est préconisée dans la République de Platon, cela ne semble pas une raison pour se débarrasser ainsi de la fillette. Sigurd met un terme à la discussion ; la jeune Bonisagus n’en dit donc pas plus mais n’en pense pas moins pour autant.

Après deux jours de voyage, on arrive à Koblenz. Avant de pénétrer dans la cité, Herodius modifie l’apparence des yeux Amelle avec un sort muto imaginem. En ville, Sigurd pénètre dans une auberge, négocie une chambrée pour une nuit, paye pour deux nuits (conformément à la technique éprouvée de Conscientia), mais à la vue d’Herodius et (surtout) d’Oriane, le visage de l’aubergiste se ferme et l’homme refuse de nous héberger (Excusez-moi, je me suis trompé, je n’ai plus de chambre de libre). On fait une autre tentative dans une deuxième auberge, avec un résultat similaire… Le groupe dort donc à la belle étoile, comme la nuit précédente, ce qui ne semble pas du tout déranger Herodius, bien au contraire.

Nous reprenons la route au matin et nous arrivons à Kaub, qui est situé tout près de Pfalz. C’est un petit bourg prospère avec un château en construction sur une motte attenante. Sigurd réussit à louer une chambre et, après un repas passable (agrémenté, moyennant un supplément conséquent, d’une viande bouillie d’origine indéterminée), les voyageurs montent dans la chambre. Deux heures plus tard, quelqu’un tambourine à la porte : le bailli, dûment escorté, vient nous poser des questions sur notre présence dans le bourg. Les explications de Sigurd (Je suis originaire de Pfalz, je retourne dans mon village natal) ne paraissent pas le convaincre. Le bailli nous interroge sur des brigands qui sévissent dans la région (et qui seraient installés sur une île proche de Pfalz), puis semble nous prendre pour des espions venus surveiller la construction du château. L’argumentation de Sigurd n’y peut rien : nous sommes louches (enfin, surtout Oriane et Herodius) et manifestement animés de mauvaises intentions, même si le bailli ne sait pas exactement de quoi nous accuser. Sans un mot (afin de ne pas aggraver notre cas), nous nous empressons de rassembler nos affaires et nous passons la nuit à la belle étoile après avoir été raccompagnés manu militari aux portes du bourg. Pour le compagnonnage, il va falloir s’habituer à coucher dehors…

Enquête à Pfalz

Nous arrivons à Pflaz le lendemain. Le village est constitué d’une quinzaine de maisons ; l’église et le terrain attenant sont entourés par une palissade de bois de deux bons mètres de haut, et il y a une chapelle à l’autre bout du village.

Un homme (Alphons) nous regarde arriver. Il est un peu vague quand Sigurd lui pose des questions sur l’attaque qui a eu lieu il y a treize ans, et nous suggère de nous adresser à Sire Tamitha. Il s’agît d’un chevalier qui a participé à deux croisades et s’est installé à Pfalz à son retour de Constantinople, il y a une douzaine d’années, avec trois hommes d’armes. Sigurd apprend alors que sa mère n’est pas morte mais seulement portée disparue…

Sur les conseils du Chevalier, on se rend chez le vieux Rostagnus, l’ancien du village. Willa, une femme d’une quarantaine d’années nous accueille et, après avoir essayé de nous dissuader d’en savoir davantage (Il vaut mieux laisser le passé là où il est) entreprend, mal à l’aise, de nous expliquer ce qui s’est passé il y a treize ans. Elle évoque des événements, sans entrer dans les détails, mais on finit toutefois par apprendre qu’un certain Heinrich aurait tué Jürgen, le père de Sigurd. Greta (la mère de Sigurd) aurait fui le village le même jour, avec ses deux enfants (Gunther et Sigurd), du moins le suppose Willa.

La femme éludant manifestement les raisons du départ de Greta, on interroge le vieux Rostagnus lui-même, qui s’avère sourd comme un pot. En insistant un peu, on apprend à demi-mot que deux villageois, Gerhart et Raymond, ont violenté la mère de Sigurd. Le même jour, Heinrich a tué Jürgen, et Greta et ses enfants ont disparu (les villageois ont pensé qu’elle avait quitté le village avec ses fils, honteuse de ce qui lui était arrivé). Tout cela est bien mystérieux, d’autant que Jürgen et son épouse étaient amis avec Heinrich, Gerhart et Raymond ; Jürgen avait bâti les maisons des trois hommes (avec la sienne, ce sont les seules maisons de pierre du village). De plus, le nuit précédant le drame, le Père Tanchus, l’ancien prêtre du village, a trouvé la mort en tombant de sa chaire (sic). A la suite de ces événements, l’église a été condamnée, le terrain alentour (dont l’ancien cimetière) entouré d’une palissade de bois et l’accès aux lieux est désormais interdit. Le Père Durand, le nouveau prêtre de la paroisse, a fait bâtir une petite chapelle dans la partie nord du village. Pour finir, on apprend que des sorcières habitent dans les bois au sud de Pfalz.

Après avoir pris congé, on se rend à la chapelle pour interroger le Père Durand. Sigurd raconte son histoire, du moins ce dont il se souvient, à savoir que son père a été attaqué par des démons, qu’il a lui-même été sauvé par un être de lumière (Oriane se fait confirme que c’est à lui que Sigurd faisait référence lors de la visite de la coupe de bois, l’hiver précédent), puis qu’il a été trouvé dans la forêt par un vieil ermite qui l’a confié à Julia. On apprend par le prêtre que, à la suite des fameux événements, l’évêque est venu au village et, après enquête, a fait interdire l’accès à l’église et au cimetière. Heinrich, Gerhart et Raymond ont été condamnés à mort et ont péri sur le bûcher. Le Père Durant a été nommé ici peu après, et Sire Tamitha est venu s’installer à Plafz à son tour.

Pendant que Sigurd s’entretient avec des villageois, Oriane va faire un tour au nouveau cimetière. Il ne comporte que cinq tombes, dont une très récente. En interrogeant le Père Durand, elle apprend qu’il a trois semaines, un jeune homme du nom de Peter a été emporté en quelques jours par une fièvre foudroyante. Matheus, l’herboriste du village n’a rien pu pour lui. Deux autres jeunes gens ont également été frappés par la fièvre : Béranger, qui s’est remis de la maladie ; et Caruga, actuellement toujours alité.

Après un bref pique-nique, on se dirige vers le sud pour rendre visite aux sorcières. On rencontre d’abord une jolie jeune fille de 19 printemps prénommée Hillia, quelque peu méfiante devant ce groupe d’étrangers, puis sa mère, Laura, une femme d’une quarantaine d’années d’une grande beauté. Laura connaît Sigurd depuis sa naissance puisqu’elle a assisté sa propre mère quand cette dernière a aidé Greta à accoucher de Sigurd et de Gunther. Au cours de la conversation, on apprend qu’un certain Nollis, l’acolyte du Père Tanchus, a lui aussi disparu le jour des événements. Quant au prêtre, il aurait été soupçonné d’hérésie. De plus, la mère de Laura a été engeôlée pendant l’enquête épiscopale, et elle est décédée en prison. Pour finir, on fait la connaissance de Jussinia, 14 ans, la demi-sœur d’Hillia.

De retour au village, on se rend chez Matheus, l’herboriste. Il ignore quelle est l’origine de la fièvre qui a emporté Peter, et est impuissant à soigner Caruga. Il s’est occupé de Béranger, mais estime que ce sont les soins attentionnés et l’amour de sa fiancée, Dominica, qui ont permis au jeune homme de se remettre.

La mère de Caruga, préoccupée par l’état de santé de son fils, accepte, de désespoir, de nous laisser l’ausculter. Le jeune garçon est alité et atteint d’une forte fièvre. Herodius, d’un sort d’Œil du médecin (InCo 5) lancé sans geste ni parole, remarque une infection au bas ventre plutôt suspecte.

Soupçonnant que les trois jeunes gens ont contracté la maladie dans les mêmes circonstances, on va parler à Béranger, qui travaille avec son père, Breitmar, dans le champ attenant à leur maison. Tandis qu’Oriane et Sigurd interrogent le père, un homme un peu fat qui se croit plus perspicace que ses concitoyens, Herodius questionne Béranger sur l’origine de la maladie. Le jeune homme, manifestement bouleversé par les insinuations d’Herodius concernant une aventure avec une fille, affirme que tout va bien, qu’il est guéri et que Caruga guérira certainement très bientôt. Il ne semble toutefois se préoccuper davantage de son secret que de son ami, et il s’empresse de mettre fin à la conversation et de retourner travailler.

Gottfried et Alba

Peu après, Amelle remarque un petit garçon qui nous observe. Il se nomme Constant et est envoyé par son père, Gottfried, qui nous invite à souper chez lui. L’homme, âgé d’une quarantaine d’années, chaleureux et particulièrement obèse, nous offre un repas réellement pantagruélique (Oriane, pourtant dotée d’un bon appétit, n’avait jamais mangé autant de toute sa vie), qui nous est servi par Garcinda, une servante quelque peu simple d’esprit. On fait la connaissance d’Alba, l’épouse de Gottfried, une superbe femme brune aux yeux bleus de moins de trente ans, qui fait des avances à Sigurd (mais aussi, quoique de manière moins insistante, au Prince O’Connor et à Herodius) pendant tout le repas. En mangeant, Gottfried nous explique qu’il est originaire d’ici, qu’il a participé à la quatrième croisade et à la prise de Constantinople, où il a rencontré Sire Tamitha. C’est d’ailleurs là-bas qu’il a été blessé et qu’il a perdu une jambe. Finalement, il est revenu à Pfalz avec un butin qui lui permet de vivre avec aisance (Il organise d’ailleurs de temps à autre un festin pour l’ensemble du village). En rentrant, il a épousé Alba, à qui il était fiancé avant son départ. Constatant les avances faites par Alba aux trois garçons, Oriane commence à soupçonner fortement que c’est elle qui a eu une aventure avec Peter, Caruga et Béranger ; l’imagination aidant, la jeune Bonisagus s’interroge sur la gloutonnerie de Gottfried (un péché capital) et se demande si Alba ne serait pas un démon…

Après le repas, on va s’installer chez Alphons qui accepte de nous héberger. Alors que les quatre autres s’endorment du sommeil du juste, Sigurd prétexte une promenade digestive et part retrouver Alba. Après lui avoir fait part de sa solitude, cette dernière se blottit dans les bras du jeune mage et, après un baiser fougueux, ils passent une nuit torride dans les champs.

Au matin, Oriane, Herodius et un Sigurd fatigué décident de rendre visite à Dominica afin d’en savoir davantage sur le mal de Bérenger. La jeune fille nous dit qu’elle a trouvé dans les draps de son fiancé malade un étrange morceau de tissu qu’elle conservé. Le tissu gris (il a été teint) et maculé de gouttes brunâtres, comporte, tracé à la cire rouge, le dessin d’un croissant dans un carré ; par ailleurs, une plante a été entrelacée dans la trame. Selon Oriane, la lune symbolise le changement et la femme, ce type de plante est utilisé pour des maléfices, et le gouttes brunes sont manifestement du sang. Cela pourrait être de la simple sorcellerie, mais les démons sont capables de détourner les symboles et la magie à leur profit. Herodius précise que la plante en question possède une mauvaise influence sur les hommes. Le tissu a été enchanté, mais sa magie n’est plus active : le charme a déjà fait effet. Il est toutefois probable que Dominica a sauvé la vie de son fiancé en retirant le tissu de sa couche. On retourne rapidement chez Caruga où Sigurd trouve un charme similaire dans le lit du jeune homme.

Les sorcières

Oriane et Amelle retournent voir les sorcières. Laura leur explique qu’elle a connaissance de la fièvre, et que Matheus est plus ou moins venu les consulter ; mais comme à son habitude, il n’a pas voulu demander clairement leur aide, aussi est-il reparti sans en apprendre davantage. Au fil de la conversation, Oriane montre aux sorcières les deux bouts de tissu et expose son hypothèse, à savoir qu’il s’agît d’un maléfice démoniaque, peut-être en rapport avec les événements d’il y a treize ans.
- Mais pourquoi est-ce que vous vous intéressez à cette histoire de fièvre ? finit par demander Laura.
- Et bien, parce que je suis là, répond Oriane, surprise par la question. J’ai entendu parler de cette maladie, et je ne peux tout de même pas laisser mourir ces jeunes gens comme ça, surtout s’il y a une influence démoniaque à l’œuvre.
Lorsque Laura, mal à l’aise, affirme qu’il n’y a aucune influence démoniaque dans les sortilèges contenus dans les bouts de tissu, Oriane comprend enfin de quoi il retourne.
C’est vous qui avez tissé ces charmes ? demande tout de go la jeune Bonisagus. Ecoutez, si c’est le cas, vous aviez probablement de bonnes raisons. Je ne suis pas d’ici et je ne suis pas là pour juger, mais j’aimerais savoir ce qu’il en est. Car si ce n’est pas vous, vu que vous m’avez dit que personne au village ne sait faire ce genre de chose, cela signifie qu’un des villageois n’est pas ce qu’il paraît être. Et peut-être un démon est-il à l’œuvre, comme il y a treize ans…
Finalement, Laura reconnaît à demi-mot que c’est elle qui a tissé cette malédiction : une femme du village a été violentée par trois jeunes gens, il y a un mois environ (Exactement au moment où Sigurd a décidé d’effectuer ce voyage. Etrange coïncidence, si tant est que les coïncidences existent, songe Oriane), et la victime est venue voir les sorcières pour leur demander leur aide.
Selon Laura, si Peter est mort de manière aussi foudroyante, c’est parce qu’il était le plus coupable. Les autres auraient peut-être fini par décéder aussi mais l’intervention de Dominica, et la nôtre, leur ont probablement sauvé la vie. Toutefois, le charme aura tout de même été efficace : les deux jeunes gens sont certainement devenus infertiles…

Le mystère de la fièvre ayant été élucidé, la conversation s’oriente sur les diverses activités des sorcières. Outre leur rôle de sages-femmes (les villageois font appel à Laura pour les accouchements difficiles), elles connaissent des pratiques magiques transmises de mère en fille depuis des générations. Leurs charmes concernent essentiellement les soins et l’apaisement de la douleur, la dissimulation dans la nature (dans une moindre mesure) et les malédictions touchant les hommes. Par ailleurs, elles sont très versées en herboristerie et leurs pratiques semblent s’apparenter à l’herbalisme mystique de Gladez et Finley. Enfin, elles sont dotées d’un sens de l’empathie exceptionnel ; Laura, la plus diserte des trois, ressent probablement la bienveillance d’Oriane et d’Amelle à leur égard, et une amitié commence à se nouer au fil de la discussion. Oriane comprend que les sorcières possèdent probablement un Don de velours, ce qui leur permet d’exercer sans avoir de problèmes avec l’Ordre d’Hermès. La jeune Bonisagus leur explique qu’elle-même fait partie de l’Ordre (elles en ont entendu parler, et savent qu’il vaut mieux éviter les mages hermétiques).

Les trois sorcières n’aiment guère les hommes, dont l’utilité, selon elles, se limite à la reproduction. Amelle est bien sûr plus nuancée : les hommes sont souvent idiots, certes, mais il ne faut pas négliger le plaisir qu’on peut retirer de leur compagnie… Oriane, pour sa part, demeure prudemment circonspecte. Heureusement que Sigurd et le Prince ne sont pas là.

Après un dîner en agréable compagnie, passé à discuter boutique et féminisme, Amelle et Oriane rejoignent leurs compagnons dans l’après-midi.

Alba satiata

Pendant ce temps, Sigurd rend visite à Gottfried afin de parler à Alba. Apprenant qu’elle est partie laver le linge avec sa servante, le jeune Ex-Miscellanea et le Prince O’Connor partent à leur recherche le long de la rivière. Laissant Garcinda s’occuper du linge, Alba entraîne Sigurd à l’écart dans les bois et ils roulent dans l’herbe sous le regard malicieux du Prince. Puis, sur un signe d’invite de la part d’Alba, véritablement insatiable, O’Connor se joint aux deux amants, ouvrant à Sigurd de nouvelles perspectives…

Après leurs ébats, Alba rejoint Garcinda, Sigurd et le Prince retournent au village et y retrouvent Amelle et Oriane.

A la recherche de la victime

Pour occuper l’après-midi, on décide de faire le tour des maisons du village. Cela permettra à Sigurd de se présenter et nous pourrons ainsi déterminer qui est la victime de Peter, Béranger et Caruga.

On rencontre ainsi Isarn, qui vit en compagnie de Jarl et Renan. Isarn est un homme assez jeune, pas très propre, peu accueillant et peu causant. Ses deux compères sont absents pour le moment.

Ensuite, une femme nommée Helena, très ronde, entre 35 et 40 ans, nous ouvre sa porte. Elle a deux filles : Alesta (17 ans) et Martina (9 ans). Plus tard, on aperçoit la petite Martina courant dans le village, mais Alesta semble ne guère sortir de chez elle ces temps-ci…

Nous rencontrons également Francesca la mère du jeune Peter, accablée de chagrin, ainsi qu’Arnold, qui vit seul.

On fait également la connaissance d’un certain De Rostre, un troubadour originaire de Provence, qui a quitté l’Occitanie il y quelques années pour échapper au conflit religieux et politique (insiste-t-il) qui embrase la région. Souriant et charmeur, il convie les demoiselles à profiter de son hospitalité si elles le désirent. On décline poliment son invitation, mais Amelle semble fort intéressée lors qu’Oriane lui explique la signification du mot rostre.

Ayant achevé notre visite du village, il semble bien qu’Alesta soit la victime de Peter et de ses acolytes. Toutefois, on n’a guère d’usage de cette information pour le moment. Cela servira peut-être plus tard…

L’église Saint-Lazare

Après un peu de repos (Sigurd et le Prince sont vraiment épuisés par leur matinée), on décide d’aller visiter l’ancienne église… Sigurd passe la palissade avec grande difficulté, mais on parvient tout de même à pénétrer dans la zone interdite. A l’intérieur, le jeune Ex-Miscellanea commence à ressentir un mal de tête. Est-ce dû aux excès de la journée ou à une manifestation démoniaque ? Oriane, quant à elle, perçoit une aura non magique qui semble s’intensifier avec la nuit. Voilà qui n’est pas de bon augure…

Après avoir jeté un rapide coup d’œil dans une petite bâtisse qui devait constituer la demeure de Nollis, contourné l’église (dont les portes sont dûment condamnées de l’extérieur) et visité le cimetière, on s’approche d’une petite porte donnant probablement sur le logement du prêtre… Oriane lance un sort de pourrissement du bois (PeHe 5) sur les planches qui condamnent la porte, et le Prince force la porte.

Du lieu de vie de feu le Père Tanchus, on pénètre dans l’église proprement dite. Elle semble intacte, quoi qu’abandonnée et envahie par la poussière. Dans le chœur, Oriane, éclairée par sa Paume de flammes odorantes, repère un escalier qui doit descendre dans une crypte.

Dans le transept, la jeune Bonisagus remarque, enfouies sous la poussière, les traces d’un pentacle qu’elle s’emploie à mettre à jour. Tracé à la craie, le pentagramme est irrégulier, les pointes orientées vers la chaire, le chœur et des statues de saints (dont Saint Lazare, le patron de l’église), et il comporte des inscriptions en grec. Grmmm…

On descend dans la crypte, qui contient un tombeau en pierre surmonté d’un gisant, et quatre armoires, dont une est entrouverte. L’aura est nettement plus intense, presque aussi forte que celle de Drachenfels. Les deux premières armoires contiennent des aubes, des cierges, et des bocaux remplis de poudres colorées. Quand Oriane ouvre la troisième armoire, un squelette se jette sur elle. La jeune Bonisagus pousse un hurlement, intercepte la créature des deux mains, ce qui met fin au sortilège de paume de flammes et replonge la crypte dans les ténèbres. Quelques instants d’angoisse et un sortilège de lumière plus tard, on se rend compte que le squelette n’est pas magiquement animé et qu’il est simplement tombé sur Oriane quand elle a ouvert la porte. Il est maculé de terre et tient un livre à la main. Malheureusement, l’ouvrage est rédigé en grec. Re-Grmmm. La quatrième armoire contient elle aussi un squelette, qui tombe au sol lorsqu’Oriane, désormais plus prudente, entrouvre la porte. Il est vêtu d’une cotte annelée et un glaive rouillé. Peut-être est-ce le propriétaire du tombeau qui se trouve dans la crypte… Mais alors, qui est dans le tombeau ?

Sans hésiter, le Prince, Sigurd et Herodius ouvrent le tombeau, toujours éclairés par Oriane. A l’intérieur gît un homme d’une quarantaine d’années quelque peu momifié… Soudain, l’homme ouvre des yeux de braise, se redresse et sort du tombeau. O’Connor frappe la créature mais cela ne semble pas l’arrêter ; elle riposte et attaque le Prince, lui-brisant le bras et quelques côtes d’un coup de poing… Fuyez ! lance O’Connor. Oriane s’avance et incante Forger le domaine (PeTe 20) en hurlant et en faisant de grands gestes : un puits apparaît sous les pieds du mort-vivant mais ce dernier parvient à se rattraper au rebord ; O’Connor manque de tomber mais Amelle parvient à le retenir et à le tirer vers l’escalier. La créature commence à se hisser ; Oriane tente de vainement de lui trancher les doigts à coup de dague ; Sigurd essaie également avec la hache du Prince, sans davantage de succès. Oriane incante à nouveau Forger le domaine, mais le sortilège est étouffé par l’aura infernale des lieux. Avant de s’enfuir, Oriane se penche au-dessus puits, au risque d’y tomber, et tend la main pour s’emparer de l’ouvrage en grec ! Hors de question de le laisser ici !

On grimpe l’escalier quatre à quatre et on sort de l’église au pas de course. Nous sommes à peine arrivés à la palissade lorsque la créature débouche de l’église et s’élance vers nous. Herodius, Oriane et Amelle propulsent Sigurd qui se reçoit sans dommage de l’autre côté. Amelle, qui commence à paniquer, peine à passer la palissade, mais Oriane et Herodius parviennent à la lancer à son tour. Les mages ont davantage de mal avec le Prince, bien plus lourd et dont le bras est inutilisable, mais ils lui font franchir la clôture tant bien que mal, et il se retombe douloureusement de l’autre côté. Oriane grimpe elle aussi et s’arrête au sommet pour tendre la main à Herodius. Mais la créature est déjà sur lui ! Pour éviter d’être attrapé par la jambe, le jeune Bjornaer adopte sa forme de héron et s’envole dans les airs.

La créature s’arrête au pied de la clôture. La palissade, ou plutôt la zone d’aura infernale qu’elle enclave, semble être la limite de son champ d’action.

Retour à Drachenfels

On retourne chez Alphons pour soigner le Prince ; Oriane se félicite d’avoir lu le Chirurgumena completa.

Le lendemain matin, après un peu de repos agité, on décide de quitter le village. Avant de partir, Oriane va saluer les trois sorcières et les informer de notre expédition nocturne. Gefahr erkannt, gefahr gebannt, comme on dit chez nous (Danger reconnu, danger conjuré) : autant que les magiciennes locales sachent ce qui rôde à l’intérieur de l’église.

Pour notre part, il nous faut apprendre le grec et nous plonger dans la lecture du mystérieux grimoire avant d’envisager d’affronter la créature. De toute manière, nous avons bien l’intention de revenir à Pfalz : Sigurd pour retrouver Alba et Oriane pour revoir les sorcières. En attendant, la créature n’a qu’à bien se tenir.

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